ATHENA21.ORG

Géopolitique et développement durable

logo athena

Aujourd'hui, quand on veut aller sur la lune, il ne suffit plus d'être poète, il faut être astronome.

FRANCE-qui-se-chercheQuelle vision de la défense pour 2025 ? En nous écartant de la thèse selon laquelle la guerre est un régulateur à la crise, on pourrait se demander comment le désarmement peut s'inscrire dans une politique progressiste.

"Je te tiens, tu me tiens par la barbichette"

Pendant longtemps, on a dit et répété 'ne désarmons pas tant que l'impérialisme yankee ne désarme pas. 'On veut bien désarmer mais les conditions (objectives) ne sont pas réunies pour ... 'On voudrait bien mais...' Car il y a toujours un 'mais' qui s'appelle rapport de force(s), qui s'appelle opportunité....Comme dirait JL Mélenchon ..."on ne va entrer dans un processus de désarmement ....à partir du moment où ...' Je n'invente rien. Je cite un  entretien accordé au magazine 'Planète Paix' avant les présidentielles, Mélenchon déclare : Notre programme se prononce pour un désarmement nucléaire multilatéral. Au fur et à mesure de la réduction des arsenaux, notamment des Etats-Unis et de la Russie, la France réduira le nombre de têtes nucléaires, en conformité avec le principe de la réciprocité (à souligner) qui guidera notre action. En l'état actuel, il ne serait pas raisonné d'entamer un désarmement unilatéral, et la dissuasion demeurera donc un élément essentiel de la stratégie de protection de la France (*).

Des initiatives unilatérales, çà existe ? 

 

Oui, cela se pratique, dans certaines circonstances et quel que soit le régime, quelle que soit la couleur politique de l'adepte momentané de l'unilatéralisme. L'histoire du désarmement, même de l'arms control (maîtrise de l'armement du temps de la Guerre Froide, diplomatie atomique menée en tandem par les deux poids lourds du Conseil de l'Insécurité) est séquencée par des initiatives unilatérales. Prenons Gorbatchev : le retrait d'armes nucléaires tactiques en Europe de l'Est, c'est lui et sans contrepartie d'ailleurs.

Prenons la France :

 

C'est de façon unilatérale que le président Chirac a décidé de mettre la clef sous la porte du plateau d'Albion, de faire démonter les missiles SSBS qui y avaient été enterrés...et sans attendre un geste de réciprocité de qui que ce soit. Pareil pour les missiles Hadès : sans contrepartie ; si ce n'est celui de se faire remercier par les Allemands qui ne voulaient pas se les prendre sur la figure.

Concernant les essais nucléaires, Chirac a décidé un beau matin de fermer les sites, ce qu'il n'était pas obligé de faire puisque les autres puissances nucléaires ne l'ont pas fait. Aujourd'hui, ce geste u-ni-la-té-ral est critiqué et certains se plaignent ou se sont plaints que l'initiative ne soit pas réversible puisque les Chinois n'ont pas fermé Lop Nor, Washington n'a pas fermé son site du Nevada et les Russes disposent de Novaya Zemlya.

On peut déplorer qu'un stratège ne sache pas monnayer son désarmement, mais bon, tels sont les faits.

 

2) Une autre vision de l'économie

- Passer d'une économie militarisée à autre chose ne sera pas un long fleuve tranquille. Il s'agirait de sortir d'un certain modèle de développement, ce qu'on appelle outre-Atlantique le Keynesianisme militaire. On arrêterait le productivisme militaire, on arrêterait de concevoir des nouvelles générations de missiles. Imaginer autre chose que la guerre comme recours à notre portée pour réduire la disproportion entre la croissance démographique et les limites des ressources disponibles. Pour l'instant, le remède, on le connaît, on l'a vu à l'œuvre, disons, avec les recettes un peu classiques : faire de la place, vider les stocks, épurer les arsenaux, mettre les travailleurs au pas et puis après avoir pratiqué la destruction à grande échelle, faire remarcher la planche à billets, nourrir les survivants, tendre vers la croissance, une croissance qui sera nécessaire, à défaut d'être 'glorieuse' comme durant les trente années de l'après-guerre (39-45). Signe des temps : le Livre Blanc évoque le concept de 'guerres obligatoires' ....

LIVRE BLANC

 

3. Perception nouvelle 

La bombe est en quelque sorte l'illusion de la puissance. La bombe n'est plus un atout, la bombe est un fardeau. Une puissance moyenne comme la France – qui a de la peine à se hisser à la hauteur de ses ambitions stratégiques, et bien, elle s'épuise. Les écolos parlent beaucoup de l'épuisement des ressources. Ici, il s'agit de l'épuisement de la puissance France. A partir d'une autre perception, il sera possible de voir qu'il n'y a aucune faiblesse dans le fait de se priver d'un atout qui n'en est pas un. 


1. Tout d'abord, et quoi qu'en pense mon ami Jacques Fath, les armes nucléaires en veille produisent des victimes. Ironie de l'histoire, les principales victimes se comptent dans son propre camp et non dans le camp adverse. La bombe A ou H, arme de destruction de masse, (ADM) ou (plutôt) arme de destruction sociale, (ADS), fait plus de torts et de dégâts au sein de l'Etat qui la détient qu'au terrifiant ennemi qui est destiné à être puni et décapité pour avoir osé porter atteinte aux intérêts vitaux du premier. Faut reconnaître que pour une arme, c'est moins attractif quand on sait qu'elle provoque le contraire de ce qu'elle est supposée provoquer. Que la force de frappe ...frappe ailleurs, et que le frappeur est pris à son propre piège destructeur ! C'est le tampon de l'absurde, c'est la marque de l'impuissance. Comme dirait la SNCF 'un train peut en cacher un autre '...

2 - Prenons un exemple pour illustrer combien la bombe non seulement nous encombre, mais nous plombe : Israël. Une puissance nucléaire. Plus exactement : une caricature de puissance nucléaire de notre époque. Israël dispose de missiles (Jéricho grâce à la compassion de socialistes de la IVème République), on en compterait 200, des sous-marins lanceurs de toutes sortes d'engins...Israël consacré à son budget militaire plus de 6 % du PNB. Mais c'est aussi un Etat incapable de faire face à une petite menace comme un incendie de forêt car il n'a pas prévu de se doter de Canadairs et ne dispose que de 1200 pompiers, les autres militaires étant mobilisés pour mater du Palestinien !

 

estivales-GRENOBLE

Voilà. Je voudrais finir en disant qu'il y a du pain sur la planche...pour faire avancer ces idées, pour démystifier la bombe. Les travaillistes britanniques – ce ne sont pas des gauchistes – ont entrepris une partie de ce travail dès les années 80. Une étude sur le thème comment la Grande-Bretagne pourrait se défendre sans la bombe a été menée. Elle a été publiée avec des scenarios, des estimations chiffrées, des considérations politiques par rapport à l'OTAN, etc.
Nous, Yes we can, on peut le faire aussi. On devrait le faire. Pour que tout le monde s'approprie ce débat, évidemment. Pour qu'on puisse débattre, donc au préalable apprécier, évaluer les coûts et les désavantages de l'arsenal français et de ses retombées.
Pour effectuer un travail de la sorte, rien ne devrait nous interdire de disposer d'un think tank – excusez l'anglicisme ! - enfin une boîte à idées, un réservoir de cerveaux ....un centre de réflexion pour faire de la prospective, pour 'déplacer les curseurs', comme on dit en langage informatique, pour montrer ou démontrer jusqu'à quel point la bombe est une illusion de puissance.

 

B.C. Intervention du 24 août 2013, Grenoble – Estivales FG


(*) Non, Mélenchon n'a pas le monopole de cette posture. Eva Joly déclarait le 30 juin 2011 sur les ondes de France Inter : 'Pas de sortie unilatérale de la dissuasion nucléaire'.





 

1141400348v0a069Une période de clashs à la fois social et environnemental coïncide avec une période de réflexion sur la sécurité. Les dimensions militaire et policière de la sécurité ; les mesures sociales qui représentent un facteur de sécurité, au sens large.
Chercher à la fois à diviser par deux le chômage en cinq ans et les émissions de gaz à effet serre en dix ans est louable. Mais quoi qu'on projette comme programme, on ne peut faire abstraction des conflits qui rôdent. La question des armes, une question occultée durant les trente glorieuses, est à l'ordre du jour. On peut difficilement parler de sécurité sans se référer aux conflits, à la guerre. D'ailleurs, les économistes s'y mettent, à leur manière. Christian Saint-Etienne évoquait récemment (dans 'Les Echos') un choc stratégique total équivalent à un effort de guerre en expliquant pourquoi les entreprises seraient bien inspirées d'allouer 40 % des budgets de formation aux plus de 40 ans.

Lire la suite : ADS, les Armes de Destruction Sociale

globalzeroAu lendemain de l'accord Start II signé par les présidents Obama et Medvedev, la France a fait mine d'applaudir. Mais le cœur n'y est pas. Même si nous sommes à la veille de la conférence d'examen du Traité de non-prolifération (TNP). Même si le traité est en sursis.

Dans un monde aussi "dangereux", le président Nicolas Sarkozy ne veut pas rêver (Le Monde du 12 avril 2010) à un monde sans armes nucléaires. 

La tribune d'octobre 2009 rédigée par "la bande des quatre" ("Pour un désarmement nucléaire mondial...", par Alain Juppé, Michel Rocard, le général Norlain et Alain Richard, dans Le Monde du 15 octobre 2009) et l'appel d'une centaine de personnalités, dont une dizaine d'eurodéputés, relayé par L'Humanité du 26 janvier et Politis, n'ont pas ébranlé quelques certitudes, ni au Quai d'Orsay, ni à l'Elysée.

Lire la suite : La France face à l'option zéro

NUKESWEAPONS

Quand un juge, un avocat ou un policier dit à un accusé : ‘Ça va vous coûter cher’, il ne parle pas vraiment de prix mais de la valeur négative (en privation de liberté) que la loi attribue au crime ou au délit. Il parle donc en termes de valeur de la liberté. Comme on sait, celle-ci n’a pas de prix. L’arme nucléaire est supposée assurer la survie des Etats et, si elle coûte cher financièrement, ce serait un prix tolérable pour une valeur infinie, l’existence de la nation. C’est cette assertion que Ben Cramer démonte dans son petit ouvrage publié en anglais.( via l’International Peace Bureau).
Le coût de l’arme nucléaire est à estimer dans des domaines non chiffrables en euros, mais qui sont néanmoins physiques et moraux, et même politiques et sociaux, et donc évaluables positivement ou négativement. Cramer décrit le dommage causé à l’environnement, à la démocratie, à la santé des citoyens — y compris à leur santé mentale —, à la coopération internationale et finalement à nos valeurs fondamentales. Dans le contexte actuel de crise, l’arsenal nucléaire, qui date de la guerre froide, doit également être réexaminé du point de vue stratégique. Le cycle de la ‘dissuasion’ comme garantie paradoxale de la paix est terminé depuis la fin de l’Union soviétique. Il a peut-être évité la troisième guerre mondiale, mais à présent cet arsenal fait peser sur les Etats les plus faibles, sans le fair-play de la réciprocité, une menace à la fois grotesque et tragique.
Grotesque parce qu’une salve nucléaire comporte des retombées non maîtrisables sur l’environnement et que le ciblage précis ne supprime pas la balade imprécise du nuage atomique. Tragique, car on reparle d’’emploi en premier’ de cette arme de destruction massive.

cash money dollar in bag thumbLa maintenance des forces nucléaires dans le monde coûtait encore 145 millions de dollars par jour en 2007-2008, aux Etats-Unis ; 18 millions en Russie ; 12,4 millions en Chine ; 12,3 en France ; 8,4 en Inde ; 4,2 en Israël. Tout plaide, selon l’auteur, pour leur remise en cause et leur démantèlement, quel qu’en soit le prix.


Alain Joxe
Monde Diplomatique, avril 2010

 

BUREAUde VOTELes chiffres des dépenses militaires nous illusionnent autant que les sondages d'opinion. Le coût réel du porte-avions à propulsion nucléaire (PAN) Charles de Gaulle fut le double de ce qui était annoncé. Et s'il faut se méfier des chiffres, il faut aussi se méfier des promesses électorales surtout de la part de ceux qui disent par exemple "J'entends maintenir à son niveau actuel l'effort de défense". On peut s'efforcer de rationaliser nos exportations avec le maintien de commissions pour mieux écouler des frégates. On peut aussi s'efforcer de maintenir la professionnalisation qui gruge le budget avec la masse salariale. (Ca coûte tellement cher que même Pierre Messmer n'en voulait pas !). Dans l'optique de conserver tous les gadgets de la DGA (Délégation Générale à l'Armement)  ou d'EADS (bientôt Airbus), on peut poursuivre le recrutement de mercenaires parmi les taulards – ce qui se fait déjà – en vue de faire quelques économies. Si économiser est le maître-mot, poursuivons les privatisations et, en attendant de privatiser l'armée, ne nous plaignons pas que la surveillance de nos installations militaires soit confiée à des boîtes privées qui embauchent des vigiles-barbouzes payés au lance-pierres. Faire des dégâts au moindre coût peut nous entraîner dans de drôles de logiques ; après tout, les munitions à uranium appauvri ne coûtent pas cher puisqu'elles proviennent des déchets de nos centrales !
Vanter haut et fort la "Réduction du budget militaire de la France" est séduisant. Bien sûr. Mais est-ce en harmonie avec des exigences de sécurité ?

Lire la suite : Electeurs, attention aux chiffres et promesses !