ATHENA21.ORG

Géopolitique et développement durable

icone mail

 

conflits vertsIl y a 25 ans, le GRIP publiait ‘Les Conflits Verts – La dégradation de l’environnement, source de tensions majeures’.
Bien qu’il n’ait aucune prétention particulière, ce livre va marquer les esprits et influencer tous ceux et celles qui se rendent compte alors de l’utilité de se mobiliser en faveur d’une certaine écologie, bien avant que ne se développe un verdissement de la peace research, avant même que la notion de sécurité environnementale ait reçu ses lettres de noblesse, avant que le PNUD ne fasse apparaître le concept de sécurité humaine dans son rapport sur le Développement Humain ; dix ans avant que ne soit prononcée la fameuse phrase de Jacques Chirac ‘La maison brûle et nous regardons ailleurs’, inspirée par Nicolas Hulot et/ou Jean-Paul Deléage lors du sommet du Développement Durable à Johannesburg. 


Au sommaire
1. Les conflits pour les ressources
Amérique centrale, une terre tant convoitée - Stéphane Rillaerts
Le pétrole, un enjeu écostratégique - Eric Remacle
2. l'environnement malmené
La détérioration de l'environnement : à qui la faute ? - Marc Schmitz
Les surexploitations des ressources naturelles - René Dumont
3. Les conflits verts
L'eau au Proche-Orient : une situation explosive - Jean-Paul Collette
Pollution en Méditerranée : le Nord contre le Sud ? - Bernard Ravenel
Ex-URSS : une nouvelle "zone des tempêtes" - Jean-Marie Chauvier
L'exploitation de l'Amazonie, source de nouveaux conflits - Jean-Marie Fardeau
L'environnement, victime des réfugiés, les réfugiés, victimes de l'environnement - Colette Braeckman
4. Les militaires et l'environnement
La manipulation de l'environnement à des fins militaires - Arthur Westing, président de la Westing Associates in Environment, Security and Education, auteur (aussi) de Global Resources and International Conflict, SIPRI ;
Environnement et Guerre du Golfe : l'heure du bilan - Jean-Pascal van Ypersele de Strihou, climatologue à l’institut d’Astronomie et de géophysique G. Lemaître, Université Catholique de Louvain-la-Neuve ; 
5. Quels remèdes ? Quelles perspectives ?
La montée des Verts - Jean-Paul Marthoz ; 
Réchauffement du climat : quels remèdes et quelles stratégies ? - André Berger, professeur en sciences de l’atmosphère à l’université catholique de Louvain-la-Neuve ; président de la commission internationale du climat ; 
Pour éco-sécurité commune et globale - Eric Remacle
Prévenir les conflits verts grâce à une réelle politique de développement - Eric Remacle, Walter Leal Filho, Alain Daems
Les Sandinistes et la réforme agraire - Jaime Wheelock Roman
Déforestation, dette et explosion démographique - René Dumont
Sauver l'environnement oui, mais d'abord des rapports Nord/Sud plus justes - Kofi Anwoonor
Ex-URSS : du communisme fictif au capitalisme réel - Jean-Marie Chauvier
Conflits de l'environnement et droit international - Olivier Paye
Le goulag du guiligili - Jacques-Yves Cousteau
Les Nations unies face au défi démographique - Mohammed Mazouz

La notion de conflits verts

banner2unep‘Le répertoire de la haine semble illimité. Et en cette fin du 20ème siècle vient s’ajouter un problème nouveau, celui de l’environnement’. La notion de conflit vert couvre en fait toutes ces situations explosives qui peuvent aller de l'émeute locale jusqu'au conflit international en passant par l'insurrection ou la guerre civile et qui ont comme particularité d'être directement liées à la rareté des ressources et à l'environnement malmené. Certes, les seuls problèmes écologiques ne mettent pas nécessairement le feu aux poudres ; ils viennent plutôt s'ajouter à d'autres étincelles, d'ordre politique, social, national, ethnique, religieux... Mais à mesure que la santé de notre planète se détériore, le rôle joué par l’’étincelle verte’ s'avère de plus en plus déterminant.

Cette mondialisation accélère l'évolution de nombreux conflits en reliant toutes les causes possibles de guerres aux chaudières environnementales, sociales, religieuses et ethniques. Ce qui pouvait se dissocier auparavant, avec le temps et la dispersion, problèmes écologiques, conflits, parfois anciens, ethniques ou/et religieux, rivalités politiques, calculs tactiques ou stratégiques de puissances régionales, appétits financiers et économiques locaux, nationaux ou internationaux, inégalités socio-économiques se conjugue pour donner des situations explosives qui se traduisent de plus en plus souvent par des conflits à expression souvent armée. Ce sont ces situations-là qui dessinent les contours des "conflits verts".

Jacques Decornoy écrit dans le Monde Diplomatique : ‘L’ouvrage du GRIP ‘enrichit la notion de sécurité internationale et représente un guide pour l’action’. Selon le mensuel parisien ‘Alternatives Economiques’ : ‘C’est à un tour d’horizon impressionnant que nous invitent les auteurs de cet excellent dossier, à la tonalité pourtant bien pessimiste : "Les défenseurs de l’environnement ne sont-ils pas comme les passagers les plus courageux d’un Titanic qui se saisissent des cuillères à café et, devant la montée des flots, commencent à vider, vider, vider... ? Même s’il y a un point d’interrogation, l’accumulation de faits et de problèmes est telle qu’on ressort de cette lecture - sur papier recyclé - le moral ébranlé. Comme la planète ?"

25 ans plus tard

GRIP LOGOLe GRIP peut s’honorer de disposer depuis 2015 d’un nouvel espace de recherche sur les relations entre environnement, changement climatique et sécurité internationale.
Pour réfléchir sur les façons de réduire l’empreinte écologique des activités militaires, une question qui fait ‘carburer’ le Pentagone, premier consommateur d’énergies fossiles aux États-Unis. Pour réfléchir aux conditions d’une conversion stratégique à l’instar de la transition énergétique, et à un système de défense de plus faible empreinte écologique.


Ben C.

 

 


PNUEDès le mois de juin 1980, l’équipe du GRIP publiait un document sur les effets des activités militaires sur l’environnement. Il est issu d’un rapport de Mostafa Kamal Tolba, directeur exécutif du PNUE.
37 ans plus tard – à l’heure où les recherches sur la sécurité environnementale et la sécurité climatique ont le vent en poupe, un extrait de ce rapport nous enseigne ou nous rappelle combien nos environnements sont victimes des conflits armés et activités militaires
‘A – Faits et chiffres
Centre trente (130) guerres civiles et régionales ont eu lieu de 1945 à 1979, auxquelles ont participé 81 pays appartenant pour la plupart au tiers monde. (...) Il a été procédé à 1.165 explosions nucléaires de 1945 à 1978, la plupart desquelles visaient à mettre des armes à l’essai ; 667 de ces explosions ont eu lieu après que les essais dans l’atmosphère aient été interdits aux termes du Traité d’interdiction partielles des essais de 1963 (PTBT). 
Quelques 595 dispositifs explosifs nucléaires ont été essayés dans 5 grands déserts, au moins, don 130 à l’air libre. (...) La militarisation des océans et des espaces se poursuit également. (...) le nombre de sous-marins nucléaires a augmenté, nettement, plus de 200 de ces submersibles (1) se trouvant actuellement en service selon les estimations du SIPRI.
Les activités militaires absorbent un volume énorme des ressources humaines et naturelles. Selon l’une des estimations dont on dispose, la consommation militaire annuelle de pétrole à l’échelon mondial serait égale au double de celle de tous les pays d’Afrique. (cf rapport ONU sur les conséquences sociales et économiques de la course aux armements).
Il convient de rappeler que les guerres du passé ont eu des effets directs et indirects sur l’environnement en modifiant l’agriculture en déplaçant les marges des déserts et en détruisant l’équilibre des écosystèmes. (...) La Deuxième Guerre mondiale a provoqué une réduction à court terme de 38 % de la productivité agricole de 10 pays, qui a été rétablie au rythme de 8,3 % environ, par an. (...)

La convention ENMOD

BLACK MORTIMER METEORESLa possibilité de causer des dommages économiques ou autres à la population d’un ennemi grâce à des techniques de modification de l’environnement a fait l’objet de bien des spéculations (cf. Westing, Barnaby, Golblat). Les préoccupations que suscitent les méthodes de modification du temps (météo) actuellement mises au point à des fins pacifiques ne sont pas seulement liées aux dommages accidentels que les exploitants pourraient causer aux Etats voisins, mais aussi aux applications hostiles que pourraient avoir ces techniques. On notera à titre d’exemple, que la couverture nuageuse et le régime des précipitations pourraient être délibérément modifiés dans une zone afin de provoquer la sécheresse et des dommages agricoles dans une autre. Des opérations de ce type pourraient être secrètement entreprises et seraient extrêmement difficiles à découvrir et à neutraliser. Etant donné qu’il serait difficile de déterminer si une inondation, une période de sécheresse ou de mauvaise récolte étaient dues à des causes naturelles ou à l’intervention d’un ennemi, la possibilité même de tels actes pourraient envenimer les relations internationales (...)

Restes explosifs de guerre

Quarante quatre (44) gouvernements ont répondu à une enquête du PNUE concernant les effets des restes de guerre sur l’environnement (rapport PNUE, ref. : UNEP/GC/103, A/32/137). Le volume de munitions abandonnées sur certains de leurs territoires lors de la Deuxième Guerre mondiale est stupéfiant. L’un des gouvernements a indiqué qu’il s’était débarrassé de 14.469.600 mines terrestres, et que l’on continuait de découvrir 300.000 à 400.000 mines sur le territoire national chaque année.
Il avait également fallu s’occuper de milliers d’obus, de bombes et d’autres munitions dans divers pays. Le gouvernement du pays le plus gravement touché a signalé que les ‘restes de guerres’ avaient causé le décès de 3.834 personnes, dont une majorité d’enfants et blessé 8384 autres victimes, dont 6.783 enfants (...).

Le problème

Le montant des dépenses militaires mondiales est plus de 20 fois supérieur à celui de l’aide publique au développement (APD) que les pays développés fournissent aux pays en développement. Le montant des dépenses militaires des pays du Tiers monde est 4 fois supérieur à celui de l’aide publique au développement dont ils bénéficient. (...) Le seul moyen politiquement réaliste dont disposent les pays riches désireux d’apporter une assistance accrue aux pays pauvres consiste en une réduction des dépenses militaires, étant donné que les ressources nécessaires à cet effet ne peuvent être prélevées sur d’autres éléments des budgets nationaux. (2)(...)L’un des principaux moyens d’alléger les menaces que les activités militaires font peser sur l’environnement réside dans la négociation d’accords internationaux concernant l’utilisation de certaines armes.

Au nombre des accords relatifs à l’environnement figurent les instruments suivants :
La Convention de 1977 sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou à toutes autres fins hostiles (3) ;
Le Traité sur l’Antarctique du premier décembre 1959 qui stipule que le continent ne doit être utilisé qu’à des fins pacifiques ;
Le Protocole 1 additionnel aux Conventions de Genève de 49 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, ouvert à la signature en 1977 ;
Le Traité sur les principes régissant les activités des Etats membres en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes. (...)

Conclusions

APPRENTIS SORCIERSLe développement ne peut certes pas être assuré, au rythme voulu, ni la salubrité de l’environnement garantie, alors que la course aux armements ne cesse de s’accélérer.
On notera qu’il suffirait de réduire le montant des dépenses militaires annuelles de 20 %, et de verser les ressources ainsi économisées à un fonds international d’appui aux projets de développement viables, pour que les pays en développement soient mieux à même d’atteindre leurs objectifs socio-économiques.
Dans le domaine de l’environnement, il conviendrait de commencer par mettre au point des moyens permettant de prédire les pressions que les différents systèmes d’armement feront peser sur les écosystèmes, avant d’améliorer les méthodes de remise en valeur des terres dévastées par la guerre. Il importe en outre que l’on améliore les connaissances relatives aux perturbations écologiques que pourrait entraîner l’emploi de tous les moyens d’agression (...) et qu’une attention particulière soit prêtée à l’utilisation militaire possible des techniques de modification du temps (...) »

Le GRIP peut s’honorer d’avoir décidé dès 2015 de mener /poursuivre l’axe de recherche sur les relations entre environnement, changement climatique et sécurité internationale. Une affaire à suivre. 

Ben C.

Notes :
(1) Depuis la fin de la guerre froide, 42 marines militaires se sont équipées de sous-marins opérationnels. Pourtant, paradoxalement, cette prolifération des acteurs s'est accompagnée (alors) d'une diminution du nombre de bâtiments, le parc mondial de sous-marins d'attaque étant passé de 800 à 400 unités. Les sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) demeurent toutefois l'apanage d'un cercle réduit de nations : États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Inde.
(2) La problématique peut être transposée dans la quête de ressources pour un financement durable du Fonds vert et pour aider/soutenir les pays du Sud à lutter contre le dérèglement climatique si l’on cherche à dégager des options relatives au financement des engagements en matière de lutte contre le changement climatique ; en rappelant que les 100 milliards de dollars nécessaires à la dotation du Fonds vert pour le climat représentent moins de 6 % des 1.676 milliards de dollars de dépenses militaires dans le monde en 2015.
(3) non signé, non ratifié par la France, ni en 1980, ni en 2016.

 

asteroides ceinture sRappelons que ces gros cailloux, plus petits qu’une planète mais ayant parfois 30 mètres de diamètre, ne doivent pas être pris à la légère. Leur présence dans le cosmos, et l’intérêt qu’on leur porte vont nous faire changer d’époque. Ce ne sera pas la fin du monde, mais la fin d’un monde ; ce monde dans lequel tout corps céleste et ses richesses étaient destinés à bénéficier à tout un chacun d’entre nous puisqu’il n’appartenait à personne.

Lire la suite : S’il te plait, dessine-moi un astéroïde. 

horloge de l apocalypse 73096 w460 1Depuis soixante ans, des bombes atomiques ont été perdues, sont tombées par accident ou se sont détruites lors de choc. Le pire a été évité. Mais des milliers d’ogives sont toujours dans les arsenaux des Grandes Puissances
“D’avoir déclenché la puissance de l’atome a
tout changé en nous sauf notre façon de penser, et c’est ainsi que nous dérivons vers la catastrophe absolue”, écrivait Einstein en 1946. Le demi-siècle suivant lui donna mille fois raison. Bref bilan ci-dessous. Et une question : qu’est-ce qui a changé ?
Comme souvent, Einstein disait l’essentiel. Les rapports de l’homme avec l’atome sont marqués par la persévérance dans l’absurde et la course à la mort.
Il y a l’absurde tragique, la “cohérence” d’une guerre froide qui a fabriqué au total quelques 70.000 armes nucléaires plus destructrices que celle d’Hiroshima – l’équivalent de plusieurs dizaines de tonnes de TNT par habitant de cette planète.
Il y a aussi l’absurde façon Père Ubu, si révélateur, où la bêtise réitérée sonde la capacité du hasard à éviter le cataclysme. Reporterre, après The Guardian, en a mentionné un exemple cité par Eric Schlosser dans un livre paraissant ces jours-ci : deux bombes H (environ 100 fois Hiroshima) larguées dans un jardin de Caroline du Nord en 1961 par un bombardier disloqué en vol, et l’une d’elles a failli exploser - 20 millions d’irradiés potentiels, la catastrophe humaine absolue.
Un accident semblable s’était déjà produit en Caroline du Sud en 1958.

Lire la suite : Les Dr. Folamour de l’âge nucléaire

goya desastres guerre 3b36fLes artisans des armements nucléaires n’ont pas fait dans la dentelle au cours des 70 années qui nous séparent du projet Manhattan. Ces armes-là – en laissant de côté Hiroshima et Nagasaki – ont fait de dégâts irréparables sur des milliers de km2 et beaucoup de victimes. Oui, des blessés et des morts.  Pas dans leur utilisation, mais au cours de leur mise au point, de leur fabrication, dont le développement et les essais.
Quand on dresse l’inventaire des sous-marins (surtout soviétiques) qui ont sombré avec leurs équipages, la quarantaine d’accidents répertoriés, les bombes nucléaires (surtout américaines) égarées au fond des mers à cause de fausses manips, les victimes de plus de 2000 essais nucléaires (que le ministère français de la défense a tant de peine à reconnaître, ou à indemniser), on se dit parfois que le pire a été évité de justesse. Et pourtant, qu’un avion militaire se crashe tous les 8 mois n’empêche personne de dormir. Qu’un sous-marin britannique heurte un sous-marin français comme en février 2009, ceci relève du fait divers ; même si le ministère de la défense à Londres rapporte (ensuite) que la marine de Sa Majesté a connu 14 collisions depuis 1988 ; ou le tir raté d’un missile au large de Pen’march ; même si ce genre d’exercices a fait plus de 200 morts parmi les militaires et les techniciens.

Lire la suite : Le Livre Noir du nucléaire militaire