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Géopolitique et développement durable

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WHAT HAVE THEY DONE'À nos risques et périls : l’évaluation du risque par le Département de la Défense dans un monde post-suprématie'. C’est le titre d’un rapport émanant de l’institut d’Etudes Stratégiques du U.S. Army War College paru en juin. Du lourd. Un condensé de recettes-choc destiné aux élites à Washington. Objectif : ralentir et limiter la casse autour de l’effondrement inéluctable du ‘siècle américain’, s’il en est encore temps.
Au pays de Trump, il y a péril en la demeure. L’Amérique va mal. Que Steve Bannon, l’un des ex-conseillers du président, qui pariait sur l'avènement prochain de l'Apocalypse, ait été congédié n’y change rien. Comme dirait le catastrophiste éclairé, Paul Virilio, un conducteur de train doit anticiper le déraillement, un pilote de ligne doit penser au crash, un capitaine de navire prévoir le naufrage...Et un empire en pleine déconfiture ?
Selon nos experts en prospective, qui gravitent autour du monde du renseignement et du Pentagone, le déclin est inévitable car les Etats-Unis ne vont plus jouir du statut de forteresse imprenable face à des Etats rivaux ; ils ne peuvent plus compter sur la position de domination, de suprématie ou de prééminence dont ils ont joui pendant plus de vingt ans, à la suite de la chute de l’URSS. L’Amérique qui a dicté les termes de la sécurité internationale pendant 7 décennies risque d’être dépassée. L’Amérique qui  a dicté les termes de la sécurité internationale  pendant 7 décennies ne peut plus fanfaronner. Le rapport cite les prédictions de l’ex-patron de la CIA David Petraeus pour qui l’"ordre international actuel ne peut être perçu comme acquis une fois pour toutes et si nous arrêtons de le soutenir, il va s’effilocher et éventuellement s’effondrer". Bref, il faut s’attendre à une redistribution des cartes au niveau international ; et cette redistribution ne sera pas un long fleuve tranquille.
ILES de PAQUESLes stratèges qui se penchent depuis juillet 2016 sur le cas étatsunien sont formels : l’Amérique doit prendre en compte les nouveaux rapports de forces et ce n’est plus la peine de scander que ‘le soleil ne se couche jamais’ là où s’implantent le drapeau étoilé et le dollar. En attendant de trébucher et de rejoindre d’autres sociétés qui sont passées à la trappe comme les habitants de l’île de Pâques, il est conseillé de ne pas se laisser aller. Reconnaître que nous vivons dans un monde post-impérial n’est pas une approche défaîtiste, c’est une façon de tirer la sonnette d’alarme'. Même si, comme l’écrit ledit rapport, les événements mondiaux vont plus vite que le Département de la défense n’est capable de les traiter pour le moment . En tout cas, il va falloir s’accrocher. Comment ? Primo, miser sur l’aventurisme militaire, car la doctrine militaire U.S. doit éviter les objectifs ou les buts qui, à la fin, se révèlent n’être que des victoires à la Pyrrhus'. Secundo, renforcer la surveillance car la dissémination de ‘faits’ qui mettent en cause la légitimité de l’empire américain est l’un des principaux moteurs de son déclin. Tertio : accroître la ‘manipulation stratégique de la perception’, en clair, la propagande. Bref, une expansion du complexe militaro-industriel est recommandée mais pas n’importe comment. Il faut zapper le mythe de l’America First, enterrer le projet néo-conservateur du siècle américain et se concentrer sur l’accès mondial aux ressources. Un lecteur averti en vaut deux.

Au baromètre de la dangerosité

globalzeroNous avions cru être servis avec le ‘Doomsday Clock’ ou Horloge de la Fin du Monde. Selon cette fameuse pendule mise au point il y a 70 ans, l’arme nucléaire représente la bombe à retardement et le monde se rapproche de l’heure fatidique. En janvier 2017, les scientifiques de Chicago (dont une quinzaine de Prix Nobel) ont livré leur dernière prophétie : deux minutes et 30 secondes nous sépareraient de minuit, donc de l’Apocalypse. Soit moins qu’il n’en faut pour finir de lire ce papier. Tic, tac..., tic, tac...Fichtre ! Espérons que les Trump et Kim Jung Un scrutent ces aiguilles attentivement.
Si l’on exclut le bluff nucléaire dans le Pacifique, entre Hokkaïdo et l'île de Guam, ou l’émergence de la planète X ou Nibiru qui frôlerait (ou frappera, au choix) notre planète à l'automne 2017, il nous reste ce dernier scénario : assister en direct, à l’effritement du pouvoir d’une Amérique aux abois, une Amérique qui, si l’on en croit l’historien Alfred McCoy, devrait agoniser d’ici 2025 et n’être plus qu’un souvenir en 2030.
Avec ces lendemains qui risquent de déchanter et décoiffer, des lendemains truffés d’empêcheurs de vivre et mourir en paix, ce n’était pas vraiment le moment de prendre des vacances.


Ben Cramer

 

 

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SYRIE armes CHIMIQUES animauxActuellement, les conflits armés touchent une vingtaine de pays et 11 % de la surface de la terre. Ils affectent la vie d’un milliard de personnes. Mais pas seulement car ces zones de guerre affectent 10 % des hotspots de biodiversité.
Toute dégradation de la nature dans ces zones constitue dès lors un appauvrissement du patrimoine naturel mondial Pourtant, leurs conséquences sont graves et leurs dégâts irréversibles : dans ces zones, ce sont les générations futures qui subiront pendant très longtemps les conséquences des dévastations actuelles.

Le patrimoine naturel syrien

La Syrie recouvre 185 000 km2. C’est un pays situé dans le sud-ouest du continent asiatique et à l’est de la Méditerranée, dominé par un climat méditerranéen dans les montagnes côtières et semi-sec ou sec dans la plus grande partie des terres intérieures, où se trouve une zone semi-désertique : la Badia.
Le patrimoine naturel syrien est constitué d’une grande diversité d’habitats naturels et comporte de nombreuses zones clés pour la biodiversité mondiale. Il compte 26 Réserves naturelles, d’une surface totale de 283 000 hectares, dont une réserve de biosphère, Al Lajat, au sud du pays. Ces aires protégées abritent des forêts de conifères de montagne, des forêts méditerranéennes, des marais et des zones humides, ainsi que des sites de reproduction pour l’oryx d’Arabie (Oryx leucoryx) dans les steppes arides et des sites de reproduction pour l’ibis chauve (Geronticus eremita). On dénombre environ 7 500 espèces de faune et de flore en Syrie, dont quelques 250 espèces de plantes endémiques selon l'ACSAD (Arab Center for the Studies of Arid zones and Dry lands).
Le conflit armé en Syrie, qui dure depuis maintenant plus de cinq ans, a eu des impacts négatifs importants sur le réseau d’aires protégées : le non-respect des conventions internationales pour la protection du dégradations et des destructions graves dans les réserves naturelles syriennes.affectent 10 % des hotspots de biodiversité. Toute dégradation de la nature dans ces zones constitue dès lors un appauvrissement du patrimoine naturel mondial.
Malgré cela, les questions environnementales sont négligées dans ces périodes de conflits. Elles sont considérées comme secondaires par rapport à l’urgence de la paix et de la sauvegarde des vies humaines.
En période de guerre, les causes de dégâts à la nature sont nombreuses. En premier lieu viennent les bombardements des forêts et des buissons, où se cachent les unités armées : c’est le cas des forêts et réserves dans la région d’Idlib (au nord-ouest du territoire), où les bombardements ont causé des incendies qui se sont propagés rapidement, surtout en l’absence de toute tentative d’extinction des feux. Ces réserves abritent différents types de milieux ouverts et de peuplements forestiers qui hébergent une grande diversité de flore et de faune, dont un riche cortège d’oiseaux. Des combats acharnés ont eu lieu en 2012 dans ces zones, provoquant de nombreux incendies qui ont ravagé plus de la moitié de la couverture végétale.
La deuxième menace concerne l’exploitation intensive du couvert forestier pour le bois d’énergie et l’exploitation des ressources naturelles des aires protégées pour la consommation humaine, avec une exploitation agricole et pastorale, qui cause la destruction irréversible du couvert végétal. Cette situation a été observée dans la Réserve naturelle de Jebel Bala'as, où les derniers individus du pays de pistachier de l’Atlas (Pistacia atlantica), des arbres millénaires, ont été détruits. Une autre menace pesant lourdement sur les écosystèmes et entraînant la contamination du sol et la pollution de l’eau est l’extraction sauvage de pétrole par les groupes armés. Elle est associée à la destruction totale des écosystèmes près des zones exploitées. Ce phénomène a fréquemment été observé dans le nord-est de la Syrie, à proximité des réserves naturelles et des forêts du bord de l’Euphrate.

La nature sauvage comme source de nourriture

A Homs, les habitants de quartiers assiégés pendant près de deux ans (entre 2012 et 2014), n’ont eu d’autre choix pour se nourrir que de se tourner vers les plantes sauvages qui poussaient à proximité. Après l’épuisement rapide des fruits consommables, les feuilles des arbres, des arbustes ainsi que les herbes sont devenues la seule source de nourriture. Parmi les plantes qui ont ainsi été exploitées, on trouve la vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia L.), aux effets digestifs pourtant indésirables, mais qui présentait l’avantage d’être abondante dans la région. Il en a été de même des feuilles du figuier (Ficus carica L.), au goût amer, ou des fruits immatures du bibacier ou néflier du Japon (Eriobotrya japonica) consommés avec leur noyau, pour une valeur nutritionnelle maximale. Le goût de ces différentes plantes est rendu acceptable par une cuisson prolongée.

Dans ces quartiers assiégés, les habitants sont privés de farine de blé. Pour compenser ce manque, ils ont recours à de la poudre de thym (Thymus vulgaris), avec laquelle ils réalisent des ‘galettes de résistance’. Un nom approprié aux bienfaits du thym sur la santé, source de fer et de vitamines indispensables. La consommation de thym a sûrement contribué à renforcer la capacité à supporter ces conditions de vie précaires chez les personnes assiégées. Bien que n’entrant pas habituellement dans la gastronomie syrienne, des insectes et des tortues ont également été consommés pour leur apport en protéines. A Al-Ghouta, près de Damas, un quartier assiégé depuis maintenant plus de deux ans, la population locale survit grâce à la fertilité de la terre, qui assure ses besoins en nourriture (blé, légumes, fruits). Ce quartier est aujourd’hui devenu presque autonome sur le plan de l’alimentation.

La nature sauvage comme source de médicaments

A Alep, du fait de la dégradation des conditions d’hygiène, du manque d’eau et de la difficulté d’accès aux soins de santé, la population est fortement exposée à la leishmaniose, une maladie parasitaire chronique. Pour faire face à cette problématique, beaucoup d’habitants ont eu recours à leurs savoirs traditionnels en phytothérapie, comme l’utilisation des extraits de latex des feuilles et des tiges du pommier de Sodome (Calotropis procera), utilisés pour cicatriser et désinfecter les lésions cutanées. Des essais phytothérapiques ont également été mis en place à Al-Ghouta pour soigner les victimes du gaz sarin, arme chimique utilisée dans ce quartier le 21 août 2013. Les habitants ont essayé d’extraire l’atropine, un traitement rapide contre le gaz sarin, de la belladone (Atropa belladonna). Ces traitements n’ont malheureusement pas réussi, la méthode exigeant un équipement spécifique.

La nature comme source d’énergie

En raison des coupures d’électricité, du manque du gaz pour la cuisine ainsi que de gasoil, les habitants des régions touchées abattent les arbres pour leur bois, qu’ils utilisent comme combustible pour la cuisine et le chauffage. Dans les zones des conflits armés, la vie de l’Homme devient plus étroitement liée à la nature. En Syrie, ce recours à la nature sauvage a permis à l’Homme de survivre, de se nourrir pendant les sièges, de trouver un refuge face à la folie de la guerre. Une expérience unique à notre époque, qui mérite d’être mise en lumière pour en tirer des leçons sur l’importance de la nature dans notre vie, ainsi que sur la fragilité de notre mode de vie moderne face aux catastrophes. Ce qui démontre la nécessité pour l’Homme d’entretenir cette relation vitale à son environnement.
Même si la préservation des aires protégées ne peut être considérée comme une priorité face à la catastrophe humanitaire que connaît le peuple syrien, elle doit être vue comme une manière de protéger la communauté humaine à long terme. La destruction irréversible de la nature privant l’Homme des ressources et des services qu’elle lui offre généreusement, sa protection apparaît d’autant plus nécessaire dans les zones de conflits armés.
Samira Mobaeid
Chercheuse en écologie MNHN, Centre d’écologie et des sciences de la conservation (CESCO, UMR 7204), Equipe "Socio-Ecosystèmes"
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'Courrier de la Nature', septembre-octobre 2016
Avec l’aimable autorisation de la rédaction

 

 

conflits vertsIl y a 25 ans, le GRIP publiait ‘Les Conflits Verts – La dégradation de l’environnement, source de tensions majeures’.
Bien qu’il n’ait aucune prétention particulière, ce livre va marquer les esprits et influencer tous ceux et celles qui se rendent compte alors de l’utilité de se mobiliser en faveur d’une certaine écologie, bien avant que ne se développe un verdissement de la peace research, avant même que la notion de sécurité environnementale ait reçu ses lettres de noblesse, avant que le PNUD ne fasse apparaître le concept de sécurité humaine dans son rapport sur le Développement Humain ; dix ans avant que ne soit prononcée la fameuse phrase de Jacques Chirac ‘La maison brûle et nous regardons ailleurs’, inspirée par Nicolas Hulot et/ou Jean-Paul Deléage lors du sommet du Développement Durable à Johannesburg. 


Au sommaire
1. Les conflits pour les ressources
Amérique centrale, une terre tant convoitée - Stéphane Rillaerts
Le pétrole, un enjeu écostratégique - Eric Remacle
2. l'environnement malmené
La détérioration de l'environnement : à qui la faute ? - Marc Schmitz
Les surexploitations des ressources naturelles - René Dumont
3. Les conflits verts
L'eau au Proche-Orient : une situation explosive - Jean-Paul Collette
Pollution en Méditerranée : le Nord contre le Sud ? - Bernard Ravenel
Ex-URSS : une nouvelle "zone des tempêtes" - Jean-Marie Chauvier
L'exploitation de l'Amazonie, source de nouveaux conflits - Jean-Marie Fardeau
L'environnement, victime des réfugiés, les réfugiés, victimes de l'environnement - Colette Braeckman
4. Les militaires et l'environnement
La manipulation de l'environnement à des fins militaires - Arthur Westing, président de la Westing Associates in Environment, Security and Education, auteur (aussi) de Global Resources and International Conflict, SIPRI ;
Environnement et Guerre du Golfe : l'heure du bilan - Jean-Pascal van Ypersele de Strihou, climatologue à l’institut d’Astronomie et de géophysique G. Lemaître, Université Catholique de Louvain-la-Neuve ; 
5. Quels remèdes ? Quelles perspectives ?
La montée des Verts - Jean-Paul Marthoz ; 
Réchauffement du climat : quels remèdes et quelles stratégies ? - André Berger, professeur en sciences de l’atmosphère à l’université catholique de Louvain-la-Neuve ; président de la commission internationale du climat ; 
Pour éco-sécurité commune et globale - Eric Remacle
Prévenir les conflits verts grâce à une réelle politique de développement - Eric Remacle, Walter Leal Filho, Alain Daems
Les Sandinistes et la réforme agraire - Jaime Wheelock Roman
Déforestation, dette et explosion démographique - René Dumont
Sauver l'environnement oui, mais d'abord des rapports Nord/Sud plus justes - Kofi Anwoonor
Ex-URSS : du communisme fictif au capitalisme réel - Jean-Marie Chauvier
Conflits de l'environnement et droit international - Olivier Paye
Le goulag du guiligili - Jacques-Yves Cousteau
Les Nations unies face au défi démographique - Mohammed Mazouz

La notion de conflits verts

banner2unep‘Le répertoire de la haine semble illimité. Et en cette fin du 20ème siècle vient s’ajouter un problème nouveau, celui de l’environnement’. La notion de conflit vert couvre en fait toutes ces situations explosives qui peuvent aller de l'émeute locale jusqu'au conflit international en passant par l'insurrection ou la guerre civile et qui ont comme particularité d'être directement liées à la rareté des ressources et à l'environnement malmené. Certes, les seuls problèmes écologiques ne mettent pas nécessairement le feu aux poudres ; ils viennent plutôt s'ajouter à d'autres étincelles, d'ordre politique, social, national, ethnique, religieux... Mais à mesure que la santé de notre planète se détériore, le rôle joué par l’’étincelle verte’ s'avère de plus en plus déterminant.

Cette mondialisation accélère l'évolution de nombreux conflits en reliant toutes les causes possibles de guerres aux chaudières environnementales, sociales, religieuses et ethniques. Ce qui pouvait se dissocier auparavant, avec le temps et la dispersion, problèmes écologiques, conflits, parfois anciens, ethniques ou/et religieux, rivalités politiques, calculs tactiques ou stratégiques de puissances régionales, appétits financiers et économiques locaux, nationaux ou internationaux, inégalités socio-économiques se conjugue pour donner des situations explosives qui se traduisent de plus en plus souvent par des conflits à expression souvent armée. Ce sont ces situations-là qui dessinent les contours des "conflits verts".

Jacques Decornoy écrit dans le Monde Diplomatique : ‘L’ouvrage du GRIP ‘enrichit la notion de sécurité internationale et représente un guide pour l’action’. Selon le mensuel parisien ‘Alternatives Economiques’ : ‘C’est à un tour d’horizon impressionnant que nous invitent les auteurs de cet excellent dossier, à la tonalité pourtant bien pessimiste : "Les défenseurs de l’environnement ne sont-ils pas comme les passagers les plus courageux d’un Titanic qui se saisissent des cuillères à café et, devant la montée des flots, commencent à vider, vider, vider... ? Même s’il y a un point d’interrogation, l’accumulation de faits et de problèmes est telle qu’on ressort de cette lecture - sur papier recyclé - le moral ébranlé. Comme la planète ?"

25 ans plus tard

GRIP LOGOLe GRIP peut s’honorer de disposer depuis 2015 d’un nouvel espace de recherche sur les relations entre environnement, changement climatique et sécurité internationale.
Pour réfléchir sur les façons de réduire l’empreinte écologique des activités militaires, une question qui fait ‘carburer’ le Pentagone, premier consommateur d’énergies fossiles aux États-Unis. Pour réfléchir aux conditions d’une conversion stratégique à l’instar de la transition énergétique, et à un système de défense de plus faible empreinte écologique.


Ben C.

 

 


PNUEDès le mois de juin 1980, l’équipe du GRIP publiait un document sur les effets des activités militaires sur l’environnement. Il est issu d’un rapport de Mostafa Kamal Tolba, directeur exécutif du PNUE.
37 ans plus tard – à l’heure où les recherches sur la sécurité environnementale et la sécurité climatique ont le vent en poupe, un extrait de ce rapport nous enseigne ou nous rappelle combien nos environnements sont victimes des conflits armés et activités militaires
‘A – Faits et chiffres
Centre trente (130) guerres civiles et régionales ont eu lieu de 1945 à 1979, auxquelles ont participé 81 pays appartenant pour la plupart au tiers monde. (...) Il a été procédé à 1.165 explosions nucléaires de 1945 à 1978, la plupart desquelles visaient à mettre des armes à l’essai ; 667 de ces explosions ont eu lieu après que les essais dans l’atmosphère aient été interdits aux termes du Traité d’interdiction partielles des essais de 1963 (PTBT). 
Quelques 595 dispositifs explosifs nucléaires ont été essayés dans 5 grands déserts, au moins, don 130 à l’air libre. (...) La militarisation des océans et des espaces se poursuit également. (...) le nombre de sous-marins nucléaires a augmenté, nettement, plus de 200 de ces submersibles (1) se trouvant actuellement en service selon les estimations du SIPRI.
Les activités militaires absorbent un volume énorme des ressources humaines et naturelles. Selon l’une des estimations dont on dispose, la consommation militaire annuelle de pétrole à l’échelon mondial serait égale au double de celle de tous les pays d’Afrique. (cf rapport ONU sur les conséquences sociales et économiques de la course aux armements).
Il convient de rappeler que les guerres du passé ont eu des effets directs et indirects sur l’environnement en modifiant l’agriculture en déplaçant les marges des déserts et en détruisant l’équilibre des écosystèmes. (...) La Deuxième Guerre mondiale a provoqué une réduction à court terme de 38 % de la productivité agricole de 10 pays, qui a été rétablie au rythme de 8,3 % environ, par an. (...)

La convention ENMOD

BLACK MORTIMER METEORESLa possibilité de causer des dommages économiques ou autres à la population d’un ennemi grâce à des techniques de modification de l’environnement a fait l’objet de bien des spéculations (cf. Westing, Barnaby, Golblat). Les préoccupations que suscitent les méthodes de modification du temps (météo) actuellement mises au point à des fins pacifiques ne sont pas seulement liées aux dommages accidentels que les exploitants pourraient causer aux Etats voisins, mais aussi aux applications hostiles que pourraient avoir ces techniques. On notera à titre d’exemple, que la couverture nuageuse et le régime des précipitations pourraient être délibérément modifiés dans une zone afin de provoquer la sécheresse et des dommages agricoles dans une autre. Des opérations de ce type pourraient être secrètement entreprises et seraient extrêmement difficiles à découvrir et à neutraliser. Etant donné qu’il serait difficile de déterminer si une inondation, une période de sécheresse ou de mauvaise récolte étaient dues à des causes naturelles ou à l’intervention d’un ennemi, la possibilité même de tels actes pourraient envenimer les relations internationales (...)

Restes explosifs de guerre

Quarante quatre (44) gouvernements ont répondu à une enquête du PNUE concernant les effets des restes de guerre sur l’environnement (rapport PNUE, ref. : UNEP/GC/103, A/32/137). Le volume de munitions abandonnées sur certains de leurs territoires lors de la Deuxième Guerre mondiale est stupéfiant. L’un des gouvernements a indiqué qu’il s’était débarrassé de 14.469.600 mines terrestres, et que l’on continuait de découvrir 300.000 à 400.000 mines sur le territoire national chaque année.
Il avait également fallu s’occuper de milliers d’obus, de bombes et d’autres munitions dans divers pays. Le gouvernement du pays le plus gravement touché a signalé que les ‘restes de guerres’ avaient causé le décès de 3.834 personnes, dont une majorité d’enfants et blessé 8384 autres victimes, dont 6.783 enfants (...).

Le problème

Le montant des dépenses militaires mondiales est plus de 20 fois supérieur à celui de l’aide publique au développement (APD) que les pays développés fournissent aux pays en développement. Le montant des dépenses militaires des pays du Tiers monde est 4 fois supérieur à celui de l’aide publique au développement dont ils bénéficient. (...) Le seul moyen politiquement réaliste dont disposent les pays riches désireux d’apporter une assistance accrue aux pays pauvres consiste en une réduction des dépenses militaires, étant donné que les ressources nécessaires à cet effet ne peuvent être prélevées sur d’autres éléments des budgets nationaux. (2)(...)L’un des principaux moyens d’alléger les menaces que les activités militaires font peser sur l’environnement réside dans la négociation d’accords internationaux concernant l’utilisation de certaines armes.

Au nombre des accords relatifs à l’environnement figurent les instruments suivants :
La Convention de 1977 sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou à toutes autres fins hostiles (3) ;
Le Traité sur l’Antarctique du premier décembre 1959 qui stipule que le continent ne doit être utilisé qu’à des fins pacifiques ;
Le Protocole 1 additionnel aux Conventions de Genève de 49 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, ouvert à la signature en 1977 ;
Le Traité sur les principes régissant les activités des Etats membres en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes. (...)

Conclusions

APPRENTIS SORCIERSLe développement ne peut certes pas être assuré, au rythme voulu, ni la salubrité de l’environnement garantie, alors que la course aux armements ne cesse de s’accélérer.
On notera qu’il suffirait de réduire le montant des dépenses militaires annuelles de 20 %, et de verser les ressources ainsi économisées à un fonds international d’appui aux projets de développement viables, pour que les pays en développement soient mieux à même d’atteindre leurs objectifs socio-économiques.
Dans le domaine de l’environnement, il conviendrait de commencer par mettre au point des moyens permettant de prédire les pressions que les différents systèmes d’armement feront peser sur les écosystèmes, avant d’améliorer les méthodes de remise en valeur des terres dévastées par la guerre. Il importe en outre que l’on améliore les connaissances relatives aux perturbations écologiques que pourrait entraîner l’emploi de tous les moyens d’agression (...) et qu’une attention particulière soit prêtée à l’utilisation militaire possible des techniques de modification du temps (...) »

Le GRIP peut s’honorer d’avoir décidé dès 2015 de mener /poursuivre l’axe de recherche sur les relations entre environnement, changement climatique et sécurité internationale. Une affaire à suivre. 

Ben C.

Notes :
(1) Depuis la fin de la guerre froide, 42 marines militaires se sont équipées de sous-marins opérationnels. Pourtant, paradoxalement, cette prolifération des acteurs s'est accompagnée (alors) d'une diminution du nombre de bâtiments, le parc mondial de sous-marins d'attaque étant passé de 800 à 400 unités. Les sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) demeurent toutefois l'apanage d'un cercle réduit de nations : États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Inde.
(2) La problématique peut être transposée dans la quête de ressources pour un financement durable du Fonds vert et pour aider/soutenir les pays du Sud à lutter contre le dérèglement climatique si l’on cherche à dégager des options relatives au financement des engagements en matière de lutte contre le changement climatique ; en rappelant que les 100 milliards de dollars nécessaires à la dotation du Fonds vert pour le climat représentent moins de 6 % des 1.676 milliards de dollars de dépenses militaires dans le monde en 2015.
(3) non signé, non ratifié par la France, ni en 1980, ni en 2016.

 

asteroides ceinture sRappelons que ces gros cailloux, plus petits qu’une planète mais ayant parfois 30 mètres de diamètre, ne doivent pas être pris à la légère. Leur présence dans le cosmos, et l’intérêt qu’on leur porte vont nous faire changer d’époque. Ce ne sera pas la fin du monde, mais la fin d’un monde ; ce monde dans lequel tout corps céleste et ses richesses étaient destinés à bénéficier à tout un chacun d’entre nous puisqu’il n’appartenait à personne.

Lire la suite : S’il te plait, dessine-moi un astéroïde.