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Géopolitique et développement durable

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MARCHANDSd ARMES lordofWARDe Quirra à Camp Century en passant par Vieques ou Subic Bay, les activités militaires du XXe siècle ont fait de nombreuses victimes, et la destruction n’a pas ciblé ‘que’ des humains sur les champs de bataille. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) s’est engagé dès 2012 à présenter, devant l’Assemblée générale de l’ONU, un rapport annuel sur l’impact environnemental des conflits armés. On l’attend toujours. Et qu’en est-il de l’impact environnemental des terrains de manœuvres antérieurs aux conflits ? A l’impact post-conflit ?BALAI DEVANT SA PORTE

Une histoire en trois temps

En résumé, les destructions se font en trois temps à l’image du bois qui chauffe trois fois : une fois quand on le coupe, une fois quand on le fend, une fois quand on le brûle. Certains systèmes d’armes dont les armes nucléaires sont réputés pour provoquer des dégâts à long terme ; avant même leur utilisation, dans le processus de fabrication, via l’extraction des matières fissiles ; au moment de leur emploi et au-delà, une fois que les armes se sont tues et que le conflit est officiellement réglé ou en voie de règlement.


1 - Les dégâts avant-guerre

CAMP CENTURYTerre, Air, Mer constituent un terrain de jeu pour les militaires. Un terrain de jeux gigantesque : le nombre d’hommes sous uniforme (personnel des forces armées) dépasse les 25 millions d’habitants. Ca en fait du monde qui consomme, qui s’habille, qui s’agite ! Les armées, ce sont aussi 52.000 avions militaires qui sillonnent et retentissent au-dessus de nos têtes….. ; des activités qui ont un penchant pour l’exhibitionnisme, le fake, le bling bling, (les armes nucléaires qui permettraient d’exterminer tout le monde plusieurs fois), la démesure comme avec l’idée d’installer 600 missiles intercontinentaux sous la calotte glaciaire, dans le cadre de l’opération ‘Camp Century’ au Groenland. Si l’on en croit une étude publiée dans le journal Geophysical Research Letters, la fonte des glaces qui s’accélère dans l’Arctique menace d’exhumer cette base secrète que les autorités américaines croyaient enfouie dans la cryosphère ‘pour l’éternité’ selon un scénario ‘plausible dans les 75 prochaines années’,
Pour les Etats-Unis, les bases et terrains d’entraînement représentent un million et demi de kilomètres carrés. (sans compter les km2 condamnés pour toujours). Mieux qu’un Paris-Dakar ! D’où aussi le gaspillage : les Etats-Unis (par exemple) ont acheté 20 avions cargos pour l'armée de l'air afghane, à raison d'un demi-milliard de dollars, qui n'ont finalement jamais servi et ont été vendus pour leur poids de métal !
Avec ou sans infrastructure mégalo, la guerre commence en temps de paix, ce qui se vérifie sur des territoires destinés à demeurer en dehors des conflits. Avec la gestion de ses munitions, la Suisse illustre ce cas de figure. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) relève que les émissions de plomb dues au tir (200 tonnes) ont été deux fois supérieures à celles générées par les transports, l’industrie et l’artisanat. Et en France ? En Provence, une société (SIMT) est chargée de gérer des munitions de l’armée française. Près de Miramas, un site contient plusieurs milliers d’obus de tous calibres, dont certains au phosphore, dangereux à manipuler ou à stocker, des explosifs et de nombreuses munitions laissés à l’abandon. Aujourd’hui, le site est ouvert aux quatre vents, et depuis les effractions cet été, un mince grillage de clôture avec un panneau d’avertissement sur lequel on peut lire : 'Danger de mort' .
Dans des contrées qui ne sont pas militarisées à l’excès, les dégâts sont discrets. Un exemple ? Le perchlorate d'ammonium, ce propergol qui sert de carburant à la propulsion de nos missiles M-51 pour la force de dissuasion. Il libère des nuages d'acide chlorydrique.

Les terrains de 'jeu'

64608 477919618924886 332764318 n sardaignePour se préparer à la guéguerre et aux destructions de diverses intensités, des espaces sont entretenus pour permettre aux hommes de se familiariser au combat, calibrer les destructions, sauver leur peau sous le crépitement des balles, s’accoutumer à la trouille et défigurer les paysages. D’une superficie de 34 500 ha, le camp militaire de Canjuers est le plus grand camp militaire d’Europe occidentale. Il y en a d’autres qui servent de centres de tri de réfugiés, ou centres de stockages. Le camp de Mailly, estampillé Natura 2000 qui s’étend sur 12.000 hectares, accueille les munitions chimiques datant de la Première Guerre mondiale, trop longtemps entreposées sur le camp militaire de Suippes (Marne), à 70 km de distance. Le stock existant : 250 tonnes de munitions, conservées dans les cellules en béton dédiées jadis aux missiles nucléaires Hadès.  
La majorité sont des bases ‘à la Larzac’, disons, pour projeter de la puissance. Comme sur la base de Vieques qui couvrait les 2/3 de la superficie de l’île de Puerto Rico, avec violation du principe pollueur-payeur. On peut aussi mentionner la Sardaigne, où 30% du territoire est sacrifié aux manœuvres et entraînements, et connaît son lot de mésaventures dans le secteur de Quirra , avec dépassements des concentrations limites en arsenic, cobalt, cuivre, antimoine et titanium. C’est là qu’est né un Comité de soutien des parents pour les soldats tombés en temps de paix .

2 – Les dégâts durant les hostilités

Dans le seul but de ‘prendre un avantage militaire’, toutes les méthodes sont utilisées. Parmi elles, polluer l’eau, brûler les récoltes, abattre les forêts, (il en reste 2% en Afghanistan) empoisonner la terre. L’agent orange au Vietnam est dans toutes les mémoires. Si le mauvais traitement infligé à la Terre et à ses habitants découle d’abord de la militarisation, cela s’explique. La guerre est une entreprise de destructions y compris environnementale. L’opération ‘Tempête du Désert’ lancée par les Etats-Unis a provoqué la plus grosse marée noire jamais connue avec un déversement de 6 à 8 millions de barils de pétrole dans le Golfe Persique.

3 – Les dégâts post-guerre

ENMOD Kuwait1991Les criminels pinaillent pour dédommager… comme aux Philippines avec la base navale de Subic Bay. Selon une vieille tradition, les militaires n’ont pas pour mission de faire le ménage ou l’entretien des sites. Les occupés, squattés ou vaincus sont priés de se démerder avec les dégâts. C’est carrément la honte, comme ce que font les troupes d’occupation (troupes des armées de l’OTAN) en Afghanistan qui, au moment de se retirer, décident de tout cramer… Bien que la loi afghane l’interdise, les militaires U.S. ont commencé par enterrer leurs déchets. Une fois que le volume étant trop grand, ils se sont mis à les brûler … à l’air libre, sans aucune précaution. Jour et nuit. Dès que certains medias se sont emparés du scandale, (comme sur la base de Bagram), les autorités miliaires US ont admis gérer (sic) 84 de ces zones d’incinération à l’air libre en Irak et en Afghanistan. Une version moderne de la ‘politique de la terre brûlée’…

Immersions, immersions

43 destruction des armes chimiquesL’immersion est l’action d’irresponsables qui nous veulent en sursis, qui ont flingué tout espoir de durable et qui veulent nous faire subir la guerre par ricochet. Entre Saint-Malo et les côtes anglaises, 74 dépôts de munitions classiques mais aussi chimiques (gaz moutarde ou ypérite) ont été recensés. Mais pour mieux comprendre les dégâts post-guerre, il faut remonter à la fin des hostilités, en 1945, quand les 'vainqueurs' décident de se débarrasser de près de 50.000 tonnes issues des stocks de l'Allemagne Nazie et optent pour l'immersion en la présentant comme la meilleure solution (ni vu, ni connu). Les opérations de largage se sont poursuivies jusque dans les années 1950. Pour en savoir davantage sur l’immersion, la quantité et le type de déchets, on nous a demandé de patienter, d'attendre l'ouverture des archives (secrètes) des militaires…prévue pour 2017 sauf que 2017 est déjà passé.
Cent ans après la Première Guerre mondiale et l’utilisation du gaz moutarde, personne n’est en mesure d’expliquer ce que la France a fait de son arsenal chimique. Et les autres ?

La mer Baltique dissimulerait près de 40.000 tonnes d’armes dont 13 000 de substances toxiques provenant des arsenaux allemands. Une soixantaine de tonnes d’armes chimiques et conventionnelles auraient été déversées en 1946 dans la baie de Gdańsk. Mais la Russie ne confirme pas. Selon les prévisions, 16 % de ces substances toxiques suffiraient à éliminer toute vie dans cette mer quasiment fermée.

sea pollution dumpingDepuis que Greenpeace ne s’occupe que du ‘Green’, (aux dépens du ‘peace’), les ONG ne se bousculent pas (ou trop peu) pour dénoncer ou récupérer le pire. Sauf que. Parmi celles qui se font connaître, l’‘International Dialogue on Underwater Munitions, (IDUM), une ONG fondée au Canada en 2004. Elle s’attaque à l’impact sanitaire et environnemental de ces munitions sous-marines, mais elle a de la peine à faire reconnaître que ceci constitue le ou l’un des problèmes écologiques majeurs des prochaines décennies. 

Voilà. Une nuisance peut en cacher une autre. L’environnement est malmené avant, il est violé, éventré et meurtri pendant…et une victime qu’on fait taire après…quitte à s’excuser ‘pour la gêne occasionnée’. Pour faire cesser ce cercle vicieux, il ne sert à rien d’invoquer des bons sentiments ; il ne sert que très peu de recourir aux textes des conventions et règlementations internationales. On y mettra fin si jamais les protagonistes n’y trouvent plus d’intérêt, en se disant que ‘signer des traités de paix n’aura plus grand sens quand toutes les terres émergées seront désertiques et les océans stériles’, comme dirait Federico Mayor
Dissocier la détérioration de la planète des activités guerrières ou paramilitaires relève de l’imposture.
B.C.

 

 

 

 

 

WHAT HAVE THEY DONE'À nos risques et périls : l’évaluation du risque par le Département de la Défense dans un monde post-suprématie'. C’est le titre d’un rapport émanant de l’institut d’Etudes Stratégiques du U.S. Army War College paru en juin. Du lourd. Un condensé de recettes-choc destiné aux élites à Washington. Objectif : ralentir et limiter la casse autour de l’effondrement inéluctable du ‘siècle américain’, s’il en est encore temps.
Au pays de Trump, il y a péril en la demeure. L’Amérique va mal. Que Steve Bannon, l’un des ex-conseillers du président, qui pariait sur l'avènement prochain de l'Apocalypse, ait été congédié n’y change rien. Comme dirait le catastrophiste éclairé, Paul Virilio, un conducteur de train doit anticiper le déraillement, un pilote de ligne doit penser au crash, un capitaine de navire prévoir le naufrage...Et un empire en pleine déconfiture ?
Selon nos experts en prospective, qui gravitent autour du monde du renseignement et du Pentagone, le déclin est inévitable car les Etats-Unis ne vont plus jouir du statut de forteresse imprenable face à des Etats rivaux ; ils ne peuvent plus compter sur la position de domination, de suprématie ou de prééminence dont ils ont joui pendant plus de vingt ans, à la suite de la chute de l’URSS. L’Amérique qui a dicté les termes de la sécurité internationale pendant 7 décennies risque d’être dépassée. L’Amérique qui  a dicté les termes de la sécurité internationale  pendant 7 décennies ne peut plus fanfaronner. Le rapport cite les prédictions de l’ex-patron de la CIA David Petraeus pour qui l’"ordre international actuel ne peut être perçu comme acquis une fois pour toutes et si nous arrêtons de le soutenir, il va s’effilocher et éventuellement s’effondrer". Bref, il faut s’attendre à une redistribution des cartes au niveau international ; et cette redistribution ne sera pas un long fleuve tranquille.
ILES de PAQUESLes stratèges qui se penchent depuis juillet 2016 sur le cas étatsunien sont formels : l’Amérique doit prendre en compte les nouveaux rapports de forces et ce n’est plus la peine de scander que ‘le soleil ne se couche jamais’ là où s’implantent le drapeau étoilé et le dollar. En attendant de trébucher et de rejoindre d’autres sociétés qui sont passées à la trappe comme les habitants de l’île de Pâques, il est conseillé de ne pas se laisser aller. Reconnaître que nous vivons dans un monde post-impérial n’est pas une approche défaîtiste, c’est une façon de tirer la sonnette d’alarme'. Même si, comme l’écrit ledit rapport, les événements mondiaux vont plus vite que le Département de la défense n’est capable de les traiter pour le moment . En tout cas, il va falloir s’accrocher. Comment ? Primo, miser sur l’aventurisme militaire, car la doctrine militaire U.S. doit éviter les objectifs ou les buts qui, à la fin, se révèlent n’être que des victoires à la Pyrrhus'. Secundo, renforcer la surveillance car la dissémination de ‘faits’ qui mettent en cause la légitimité de l’empire américain est l’un des principaux moteurs de son déclin. Tertio : accroître la ‘manipulation stratégique de la perception’, en clair, la propagande. Bref, une expansion du complexe militaro-industriel est recommandée mais pas n’importe comment. Il faut zapper le mythe de l’America First, enterrer le projet néo-conservateur du siècle américain et se concentrer sur l’accès mondial aux ressources. Un lecteur averti en vaut deux.

Au baromètre de la dangerosité

globalzeroNous avions cru être servis avec le ‘Doomsday Clock’ ou Horloge de la Fin du Monde. Selon cette fameuse pendule mise au point il y a 70 ans, l’arme nucléaire représente la bombe à retardement et le monde se rapproche de l’heure fatidique. En janvier 2017, les scientifiques de Chicago (dont une quinzaine de Prix Nobel) ont livré leur dernière prophétie : deux minutes et 30 secondes nous sépareraient de minuit, donc de l’Apocalypse. Soit moins qu’il n’en faut pour finir de lire ce papier. Tic, tac..., tic, tac...Fichtre ! Espérons que les Trump et Kim Jung Un scrutent ces aiguilles attentivement.
Si l’on exclut le bluff nucléaire dans le Pacifique, entre Hokkaïdo et l'île de Guam, ou l’émergence de la planète X ou Nibiru qui frôlerait (ou frappera, au choix) notre planète à l'automne 2017, il nous reste ce dernier scénario : assister en direct, à l’effritement du pouvoir d’une Amérique aux abois, une Amérique qui, si l’on en croit l’historien Alfred McCoy, devrait agoniser d’ici 2025 et n’être plus qu’un souvenir en 2030.
Avec ces lendemains qui risquent de déchanter et décoiffer, des lendemains truffés d’empêcheurs de vivre et mourir en paix, ce n’était pas vraiment le moment de prendre des vacances.


Ben Cramer

 

 

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SYRIE armes CHIMIQUES animauxActuellement, les conflits armés touchent une vingtaine de pays et 11 % de la surface de la terre. Ils affectent la vie d’un milliard de personnes. Mais pas seulement car ces zones de guerre affectent 10 % des hotspots de biodiversité.
Toute dégradation de la nature dans ces zones constitue dès lors un appauvrissement du patrimoine naturel mondial Pourtant, leurs conséquences sont graves et leurs dégâts irréversibles : dans ces zones, ce sont les générations futures qui subiront pendant très longtemps les conséquences des dévastations actuelles.

Le patrimoine naturel syrien

La Syrie recouvre 185 000 km2. C’est un pays situé dans le sud-ouest du continent asiatique et à l’est de la Méditerranée, dominé par un climat méditerranéen dans les montagnes côtières et semi-sec ou sec dans la plus grande partie des terres intérieures, où se trouve une zone semi-désertique : la Badia.
Le patrimoine naturel syrien est constitué d’une grande diversité d’habitats naturels et comporte de nombreuses zones clés pour la biodiversité mondiale. Il compte 26 Réserves naturelles, d’une surface totale de 283 000 hectares, dont une réserve de biosphère, Al Lajat, au sud du pays. Ces aires protégées abritent des forêts de conifères de montagne, des forêts méditerranéennes, des marais et des zones humides, ainsi que des sites de reproduction pour l’oryx d’Arabie (Oryx leucoryx) dans les steppes arides et des sites de reproduction pour l’ibis chauve (Geronticus eremita). On dénombre environ 7 500 espèces de faune et de flore en Syrie, dont quelques 250 espèces de plantes endémiques selon l'ACSAD (Arab Center for the Studies of Arid zones and Dry lands).
Le conflit armé en Syrie, qui dure depuis maintenant plus de cinq ans, a eu des impacts négatifs importants sur le réseau d’aires protégées : le non-respect des conventions internationales pour la protection du dégradations et des destructions graves dans les réserves naturelles syriennes.affectent 10 % des hotspots de biodiversité. Toute dégradation de la nature dans ces zones constitue dès lors un appauvrissement du patrimoine naturel mondial.
Malgré cela, les questions environnementales sont négligées dans ces périodes de conflits. Elles sont considérées comme secondaires par rapport à l’urgence de la paix et de la sauvegarde des vies humaines.
En période de guerre, les causes de dégâts à la nature sont nombreuses. En premier lieu viennent les bombardements des forêts et des buissons, où se cachent les unités armées : c’est le cas des forêts et réserves dans la région d’Idlib (au nord-ouest du territoire), où les bombardements ont causé des incendies qui se sont propagés rapidement, surtout en l’absence de toute tentative d’extinction des feux. Ces réserves abritent différents types de milieux ouverts et de peuplements forestiers qui hébergent une grande diversité de flore et de faune, dont un riche cortège d’oiseaux. Des combats acharnés ont eu lieu en 2012 dans ces zones, provoquant de nombreux incendies qui ont ravagé plus de la moitié de la couverture végétale.
La deuxième menace concerne l’exploitation intensive du couvert forestier pour le bois d’énergie et l’exploitation des ressources naturelles des aires protégées pour la consommation humaine, avec une exploitation agricole et pastorale, qui cause la destruction irréversible du couvert végétal. Cette situation a été observée dans la Réserve naturelle de Jebel Bala'as, où les derniers individus du pays de pistachier de l’Atlas (Pistacia atlantica), des arbres millénaires, ont été détruits. Une autre menace pesant lourdement sur les écosystèmes et entraînant la contamination du sol et la pollution de l’eau est l’extraction sauvage de pétrole par les groupes armés. Elle est associée à la destruction totale des écosystèmes près des zones exploitées. Ce phénomène a fréquemment été observé dans le nord-est de la Syrie, à proximité des réserves naturelles et des forêts du bord de l’Euphrate.

La nature sauvage comme source de nourriture

A Homs, les habitants de quartiers assiégés pendant près de deux ans (entre 2012 et 2014), n’ont eu d’autre choix pour se nourrir que de se tourner vers les plantes sauvages qui poussaient à proximité. Après l’épuisement rapide des fruits consommables, les feuilles des arbres, des arbustes ainsi que les herbes sont devenues la seule source de nourriture. Parmi les plantes qui ont ainsi été exploitées, on trouve la vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia L.), aux effets digestifs pourtant indésirables, mais qui présentait l’avantage d’être abondante dans la région. Il en a été de même des feuilles du figuier (Ficus carica L.), au goût amer, ou des fruits immatures du bibacier ou néflier du Japon (Eriobotrya japonica) consommés avec leur noyau, pour une valeur nutritionnelle maximale. Le goût de ces différentes plantes est rendu acceptable par une cuisson prolongée.

Dans ces quartiers assiégés, les habitants sont privés de farine de blé. Pour compenser ce manque, ils ont recours à de la poudre de thym (Thymus vulgaris), avec laquelle ils réalisent des ‘galettes de résistance’. Un nom approprié aux bienfaits du thym sur la santé, source de fer et de vitamines indispensables. La consommation de thym a sûrement contribué à renforcer la capacité à supporter ces conditions de vie précaires chez les personnes assiégées. Bien que n’entrant pas habituellement dans la gastronomie syrienne, des insectes et des tortues ont également été consommés pour leur apport en protéines. A Al-Ghouta, près de Damas, un quartier assiégé depuis maintenant plus de deux ans, la population locale survit grâce à la fertilité de la terre, qui assure ses besoins en nourriture (blé, légumes, fruits). Ce quartier est aujourd’hui devenu presque autonome sur le plan de l’alimentation.

La nature sauvage comme source de médicaments

A Alep, du fait de la dégradation des conditions d’hygiène, du manque d’eau et de la difficulté d’accès aux soins de santé, la population est fortement exposée à la leishmaniose, une maladie parasitaire chronique. Pour faire face à cette problématique, beaucoup d’habitants ont eu recours à leurs savoirs traditionnels en phytothérapie, comme l’utilisation des extraits de latex des feuilles et des tiges du pommier de Sodome (Calotropis procera), utilisés pour cicatriser et désinfecter les lésions cutanées. Des essais phytothérapiques ont également été mis en place à Al-Ghouta pour soigner les victimes du gaz sarin, arme chimique utilisée dans ce quartier le 21 août 2013. Les habitants ont essayé d’extraire l’atropine, un traitement rapide contre le gaz sarin, de la belladone (Atropa belladonna). Ces traitements n’ont malheureusement pas réussi, la méthode exigeant un équipement spécifique.

La nature comme source d’énergie

En raison des coupures d’électricité, du manque du gaz pour la cuisine ainsi que de gasoil, les habitants des régions touchées abattent les arbres pour leur bois, qu’ils utilisent comme combustible pour la cuisine et le chauffage. Dans les zones des conflits armés, la vie de l’Homme devient plus étroitement liée à la nature. En Syrie, ce recours à la nature sauvage a permis à l’Homme de survivre, de se nourrir pendant les sièges, de trouver un refuge face à la folie de la guerre. Une expérience unique à notre époque, qui mérite d’être mise en lumière pour en tirer des leçons sur l’importance de la nature dans notre vie, ainsi que sur la fragilité de notre mode de vie moderne face aux catastrophes. Ce qui démontre la nécessité pour l’Homme d’entretenir cette relation vitale à son environnement.
Même si la préservation des aires protégées ne peut être considérée comme une priorité face à la catastrophe humanitaire que connaît le peuple syrien, elle doit être vue comme une manière de protéger la communauté humaine à long terme. La destruction irréversible de la nature privant l’Homme des ressources et des services qu’elle lui offre généreusement, sa protection apparaît d’autant plus nécessaire dans les zones de conflits armés.
Samira Mobaeid
Chercheuse en écologie MNHN, Centre d’écologie et des sciences de la conservation (CESCO, UMR 7204), Equipe "Socio-Ecosystèmes"
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'Courrier de la Nature', septembre-octobre 2016
Avec l’aimable autorisation de la rédaction

 

 

conflits verts

En 1992, le GRIP faisait paraître ‘Les Conflits Verts – La dégradation de l’environnement, source de tensions majeures’.
Bien qu’il n’ait aucune prétention particulière, ce livre va marquer les esprits et influencer tous ceux et celles qui se rendent compte alors de l’utilité de se mobiliser en faveur d’une certaine écologie, bien avant que ne se développe un verdissement de la peace research, avant même que la notion de sécurité environnementale ait reçu ses lettres de noblesse, avant que le PNUD ne fasse apparaître le concept de sécurité humaine dans son rapport sur le Développement Humain ; dix ans avant que ne soit prononcée la fameuse phrase de Jacques Chirac ‘La maison brûle et nous regardons ailleurs’, inspirée par Nicolas Hulot et/ou Jean-Paul Deléage lors du sommet du Développement Durable à Johannesburg. 

 


Au sommaire
1. Les conflits pour les ressources
Amérique centrale, une terre tant convoitée - Stéphane Rillaerts
Le pétrole, un enjeu écostratégique - Eric Remacle
2. l'environnement malmené
La détérioration de l'environnement : à qui la faute ? - Marc Schmitz
Les surexploitations des ressources naturelles - René Dumont
3. Les conflits verts
L'eau au Proche-Orient : une situation explosive - Jean-Paul Collette
Pollution en Méditerranée : le Nord contre le Sud ? - Bernard Ravenel
Ex-URSS : une nouvelle "zone des tempêtes" - Jean-Marie Chauvier
L'exploitation de l'Amazonie, source de nouveaux conflits - Jean-Marie Fardeau
L'environnement, victime des réfugiés, les réfugiés, victimes de l'environnement - Colette Braeckman
4. Les militaires et l'environnement
La manipulation de l'environnement à des fins militaires - Arthur Westing, président de la Westing Associates in Environment, Security and Education, auteur (aussi) de Global Resources and International Conflict, SIPRI ;
Environnement et Guerre du Golfe : l'heure du bilan - Jean-Pascal van Ypersele de Strihou, climatologue à l’institut d’Astronomie et de géophysique G. Lemaître, Université Catholique de Louvain-la-Neuve ; 
5. Quels remèdes ? Quelles perspectives ?
La montée des Verts - Jean-Paul Marthoz ; 
Réchauffement du climat : quels remèdes et quelles stratégies ? - André Berger, professeur en sciences de l’atmosphère à l’université catholique de Louvain-la-Neuve ; président de la commission internationale du climat ; 
Pour éco-sécurité commune et globale - Eric Remacle
Prévenir les conflits verts grâce à une réelle politique de développement - Eric Remacle, Walter Leal Filho, Alain Daems
Les Sandinistes et la réforme agraire - Jaime Wheelock Roman
Déforestation, dette et explosion démographique - René Dumont
Sauver l'environnement oui, mais d'abord des rapports Nord/Sud plus justes - Kofi Anwoonor
Ex-URSS : du communisme fictif au capitalisme réel - Jean-Marie Chauvier
Conflits de l'environnement et droit international - Olivier Paye
Le goulag du guiligili - Jacques-Yves Cousteau
Les Nations unies face au défi démographique - Mohammed Mazouz

La notion de conflits verts

banner2unep‘Le répertoire de la haine semble illimité. Et en cette fin du 20ème siècle vient s’ajouter un problème nouveau, celui de l’environnement’. La notion de conflit vert couvre en fait toutes ces situations explosives qui peuvent aller de l'émeute locale jusqu'au conflit international en passant par l'insurrection ou la guerre civile et qui ont comme particularité d'être directement liées à la rareté des ressources et à l'environnement malmené. Certes, les seuls problèmes écologiques ne mettent pas nécessairement le feu aux poudres ; ils viennent plutôt s'ajouter à d'autres étincelles, d'ordre politique, social, national, ethnique, religieux... Mais à mesure que la santé de notre planète se détériore, le rôle joué par l’’étincelle verte’ s'avère de plus en plus déterminant.

Cette mondialisation accélère l'évolution de nombreux conflits en reliant toutes les causes possibles de guerres aux chaudières environnementales, sociales, religieuses et ethniques. Ce qui pouvait se dissocier auparavant, avec le temps et la dispersion, problèmes écologiques, conflits, parfois anciens, ethniques ou/et religieux, rivalités politiques, calculs tactiques ou stratégiques de puissances régionales, appétits financiers et économiques locaux, nationaux ou internationaux, inégalités socio-économiques se conjugue pour donner des situations explosives qui se traduisent de plus en plus souvent par des conflits à expression souvent armée. Ce sont ces situations-là qui dessinent les contours des "conflits verts".

Jacques Decornoy écrit dans le Monde Diplomatique : ‘L’ouvrage du GRIP ‘enrichit la notion de sécurité internationale et représente un guide pour l’action’. Selon le mensuel parisien ‘Alternatives Economiques’ : ‘C’est à un tour d’horizon impressionnant que nous invitent les auteurs de cet excellent dossier, à la tonalité pourtant bien pessimiste : "Les défenseurs de l’environnement ne sont-ils pas comme les passagers les plus courageux d’un Titanic qui se saisissent des cuillères à café et, devant la montée des flots, commencent à vider, vider, vider... ? Même s’il y a un point d’interrogation, l’accumulation de faits et de problèmes est telle qu’on ressort de cette lecture - sur papier recyclé - le moral ébranlé. Comme la planète ?"

25 ans plus tard

GRIP LOGOLe GRIP peut s’honorer de disposer depuis 2015 d’un nouvel espace de recherche sur les relations entre environnement, changement climatique et sécurité internationale.
Pour réfléchir sur les façons de réduire l’empreinte écologique des activités militaires, une question qui fait ‘carburer’ le Pentagone, premier consommateur d’énergies fossiles aux États-Unis. Pour réfléchir aux conditions d’une conversion stratégique à l’instar de la transition énergétique, et à un système de défense de plus faible empreinte écologique.


Ben C.

 

 

atwfcDonald Trump vient d’annoncer l’augmentation des dépenses militaires, actuellement de 600 milliards de dollars, de 9%, soit 54 milliards de dollars supplémentaires.
On ne voit pas l’utilité de l’augmentation annoncée par le président actuel, Donald Trump, si elle n’est pas assortie d’une stratégie claire. De plus, elle a lieu parallèlement à une coupe de 37% des crédits destinés aux départements d’État. Les programmes d’aides dans le domaine civil vont être sabrés, alors qu’ils peuvent jouer un rôle important pour la sécurité sur le moyen et long-terme. Trump donne ainsi raison au complexe militaro-industriel, qui est certainement le lobby le plus puissant aux États-Unis : l’industrie de défense et les casernes de l’armées sont réparties sur la totalité du territoire américain. Personne ne veut s’y opposer - Démocrates comme Républicains – au nom de la sécurité du pays. Mais il n’est pas certain que l’augmentation sans fin des dépenses militaires américaines ait une réelle incidence sur la sécurité. Le budget militaire américain était de 280 milliards de dollars en 2001 lorsque les États-Unis ont été frappés par les attentats du 11 septembre.
Même Barack Obama ne s’est pas opposé au complexe militaro-industriel, afin de ne pas être accusé de faiblesse. Malgré son désir d’appuyer sur le bouton reset dans les relations avec la Russie, il n’a pas remis en cause le principal programme qui envenime les relations Moscou/Washington : celui du système de défense anti-missile, qu’Obama avait pourtant qualifié de système basé sur des technologies non prouvées, avec un financement inexistant pour une menace inconnue .
Aujourd’hui, on assiste au niveau mondial à une nouvelle course aux armements, en dehors de toute rationalité. Le niveau des dépenses militaires est supérieur à ce qu’il était du temps de la guerre froide. Or, en 1990, lors du démantèlement du monde bipolaire et de l’implosion de l’URSS, on annonçait pouvoir enfin toucher les dividendes de la paix. Ils n’ont en fait été touchés que très provisoirement et les dépenses sont reparties de plus belle. La menace du désarmement, comme le disait un jour un général, a été durablement écartée.
La course aux armements a également lieu en Asie qui connait une augmentation continue des dépenses militaires chinoises, suscitant par réaction une hausse de celles du Japon et des autres pays régionaux. Pendant très longtemps, le Japon a limité ses dépenses militaires à 1 % du PIB, limitation aujourd’hui remise en cause.
Les rentrées d’argent dues à l’augmentation des ressources pétrolières ont notamment permis d’augmenter les dépenses militaires des pays du Golfe. L’Arabie saoudite a un budget militaire de 80 milliards de dollars, soit 20 milliards de plus que la Russie, qui bénéficie pourtant d’une place stratégique plus importante. L’Iran va certainement également accroître ses propres dépenses.
AIGLE US ALLIES OTANDonald Trump avait déclaré que l’OTAN était obsolète et avait menacé du retrait américain de l’organisation. Il n’en est finalement rien mais, de peur que les États-Unis s’en aillent, les pays européens risquent d’augmenter leurs dépenses militaires à hauteur de 2 % du PIB, comme réclamé par Washington. Les Américains insistent en effet sur le burden sharing, le partage du fardeau des dépenses militaires. Par contre, ils restent muets sur le power sharing, alors que l’OTAN reste avant tout entre leurs mains.
Conscients qu’une course incontrôlée aux armements pouvait entraîner les grandes puissances dans un gouffre financier et que son caractère imprévisible créait un climat de méfiance internationale, Nixon et Brejnev avait mis en place un système d’Arms Control. Durant la guerre froide, ce dernier avait contenu l’augmentation infinie des dépenses militaires. La course aux armements constituait un cercle vicieux où chacun augmentait ses propres dépenses, de peur que l’autre ne le fasse également. Finalement, ce phénomène stimulait les uns et les autres mais amenait de l’insécurité, de par l’imprévisibilité qu’il provoque. Or, la stabilité nécessite de la prévisibilité. Mais le système d’Arms Control n’est plus.
Si du temps de la guerre froide, il suffisait que Moscou ou Washington s’entendent pour limiter leurs dépenses, dans un monde émietté, il n’y a ni centre de pouvoir ni organe collectif de sécurité : chacun se lance dans une course, justifiant l’augmentation de ses propres dépenses par l’augmentation des autres pays, qui eux-mêmes y participent. Malheureusement, on peut penser que cette course lancée ne sera pas rapidement stoppée et que les besoins civils importants, y compris en termes de sécurité, ne seront pas couverts. L’aspect militaire est bien sûr important mais la sécurité ne dépend pas que des facteurs militaires. Or, sous des prétextes divers et fallacieux, les pays donnent désormais la priorité à l’aspect militaire de la sécurité, ce qui va se traduire dans les faits par une plus grande insécurité. 
Pascal Boniface,
23 mars 2017
Avec l’aimable autorisation de l’auteur