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Géopolitique et développement durable

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ONU MAIN BUILDING NEWYORKLa Force n'est pas forcément la violence de la guerre. Pour le tarot de Marseille, une jeune femme décidée est assez forte pour empêcher la Bête de la violence brute de mordre. Après-demain, se donne à explorer dans l'actualité et dans cet espace-temps de l'avenir, si proche mais illimité, comment la paix, le seul intérêt commun à l’humanité entière, peut être sauvegardée par l'ONU. Mais on voit bien que même si elles étaient unies, les Nations aujourd'hui ne maîtriseraient plus les enjeux internationaux et donc la Paix-Guerre.
Une Grande Noblesse Rentière Globale, à peine unifiée dans l'exercice d'une prédation financière électronique généralisée, vise des ‘profits sans limites’. Elle est donc sortie de la nature humaine selon Aristote et, contrairement à la doctrine de Solon, elle ne peut plus être maîtrisée par une loi de la Cité ; dans son ambition, contre nature, la ploutocratie globale vise à réduire l'humanité entière en "esclavage pour dette". Elle s'oppose donc à Solon et Aristote mais aussi à la prière du "Notre Père" qui dit en Latin, Grec, Araméen, pour définir la libération, "effacez nos dettes comme nous aussi effaçons les dettes de nos débiteurs".
L'oligarchie mondiale devra faire face aux oppositions qu’elle suscite car les résistances surgissent toujours, à l’échelle même de l’oppression. Le coup d’œil global est acquis aujourd'hui aux multitudes, qui en un clin d’œil, grâce à la télé, contemplent la misère du bas monde. A oppression globale, résistance globale ; une insurrection globale, devrait même surgir, mais pas d'un seul coup. Divisée par la disjonction des soulèvements en mouvements locaux spécifiques, religieux, linguistiques ou sociaux, la guerre pour la paix globale contre la paix de soumission terrifiée a commencé : 1. sous une forme rationnelle, au centre riche, où les pouvoirs d'Etat figent le dispositif des compartiments nationaux ex-souverains en circonscriptions sécuritaires ; 2. à la périphérie pauvre sous la forme des OPEX, mais surtout d'une auto-répression pure, en tombant dans l'anarchie des massacres inter-communautaires. Comme dit Tacite (Germanie), "les barbares se battent entre eux, comme dans les jeux du cirque, pour le plaisir des yeux du peuple romain".

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A force de considérer que le nucléaire (en tout cas sa version militaire) représente le critère déterminant pour distinguer les’ bons’ et les ‘méchants’, les brebis et les loups, les capacités mortifères des Etats dépourvus de l’arme suprême sont sous-estimées. Au mépris de la complexité et la diversité des nations et des peuples.

En tout cas, la géographie et l’histoire de la destruction ne nous permettent pas de conférer à une seule et unique catégorie d’armement le privilège de tous les maux et de tous les malheurs. Dit autrement, si l’on songe à tous les litiges capables d’avoir un impact dramatique sur la survie de la planète et sa biosphère, ceux-ci ne se limitent pas à la détonation d’une ogive, fut-elle américaine, japonaise ou nord-coréenne. La militarisation ne se résume pas à sa dimension nucléaire. Attirer l’attention sur les risques inhérents à l’armement nucléaire, ne devrait autoriser personne à déserter les autres fronts du désarmement. D’autant plus que ces fronts ne sont pas si éloignés.
La réalité géopolitique contrarie toute démarcation schématique entre le classique et le nucléaire. Les zones géographiques où sévit une forme de prolifération nucléaire (horizontale) sont aussi des zones caractérisées par un boom dans le domaine de l’armement classique. Ce qui s’explique puisque nul dirigeant d’un Etat détenteur de la bombe n’a renoncé à sa quincaillerie classique (ou conventionnelle) ! Les Européens sont bien placés pour le savoir : si des initiatives multilatérales en faveur du retrait de certaines catégories de bombes et leur rapatriement ont rythmé la diplomatie atomique pendant des décennies, le désarmement prévu par le Traité INF sur les euromissiles a déraillé avec la conversion de munitions nucléaires (pour les missiles de croisière) en munitions classiques.
Les dépenses consacrées à l’armement conventionnel étaient et sont encore deux fois et demi plus importantes que celles investies dans les dispositifs nucléaires. C’est vrai aussi aux Etats-Unis, indépendamment du fait que l’administration Obama ait réduit son stock d’armes nucléaires de 1.255 (par rapport à l’administration précédente), soit une quantité qui dépasse le stock des arsenaux des autres Etats nucléaires exceptée la Russie ( ).
En matière de doctrine, on s’aperçoit que l’armement nucléaire n’a pas supplanté la quincaillerie classique. Au contraire. Dans la doctrine du Royaume-Uni, telle qu’elle figure dans le dernier Livre Blanc, les forces nucléaires sont conçues pour pallier à la déficience des forces classiques ; les munitions nucléaires viendraient en complément au cas où les forces britanniques classiques (aux Malouines comme ailleurs) ne parviendraient pas à faire le poids.

Lire la suite : La forêt que cache l'arbre des munitions nucléaires

 Les questions qui fâchent

1200px International Campaign to Abolish Nuclear Weapons.svgLa résolution de bannir l’arme nucléaire de la surface de la Terre a été boycottée par 70 Etats (qui ont préféré s’absenter des débats et du vote). Ce chiffre soulève de véritables interrogations ; même si la résolution a été approuvée par 122 Etats avec 1 opposition (les Pays-Bas) et une abstention, celle de Singapour. Pourquoi le Japon, seul territoire victime de frappes atomiques, a-t-il boycotté les débats à l’ONU au même titre que les Etats nucléaires ? Pourquoi le Saint-Siège, qui détient un statut de membre observateur à l’ONU, a-t-il été habilité à prendre part au vote sur l’interdiction et pourquoi l’église catholique détient-elle l’exclusivité des voix théologiques ? Lorsque le réseau International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN) déclare que la meilleure façon de faire du zéro nucléaire (militaire) c'est avec zéro terreur, zéro vérification et zéro sanction, qui va applaudir et pourquoi ?

Les raccords qui sonnent faux 

Les Etats qui s’insurgent contre les passe-droits que s’octroient les neuf (9) puissances nucléaires sont au nombre de 133. Le réseau ICAN s’en félicite. Mais cette coalition bricolée des ‘have not’ n’est-elle pas fantoche ? 

Le panel risque de nous réserver des surprises déconcertantes dans la perspective du désarmement et de la sécurité. Le premier effet de la démarche est de nous bluffer. En effet, certains claironnent déjà que les convertis représentent une majorité de 63 % des Etats à l’ONU, un chiffre remarquable compte tenu des fortes pressions exercées par les puissances nucléaires sur leurs alliés. D’où un discours triomphaliste sur la ‘volonté de la communauté internationale’ . Mais les chiffres, comme les statistiques, sont à manier avec des pincettes. En additionnant les habitants des territoires vivant au sein d’Etats nucléarisés (les 9 dont l’Inde et la Chine) et ceux sous parapluie nucléaire (étendu), au-delà d’ailleurs des 25 sur les 28 membres de l’OTAN, le nombre de Terriens protégés, pris en otages ou coincés avoisine les 3,5 milliards, soit quasiment 1 habitant sur deux. Le fond de l’air est donc moins dénucléarisé que l’affirme ICAN.
cartoon nuclearmissilesLes surprises ne s’arrêtent pas là. Les Etats qui ont renoncé à la bombe et qu’on surnommera les ‘repentis’ ne s’acoquinent pas volontiers avec les postulants plus ou moins clandestins ou les convertis de force. Prenons le cas du Brésil et de l’Irak. Certes, ils ont tous deux flirté avec l’aventure nucléaire, ils sont tous deux désormais dans l’abstinence, mais l’un (Brésil) a agi par la volonté de ses dirigeants, l’autre (l’Irak) a subi l’intervention militaire d’une coalition qui s’est arrogée le droit de l’en empêcher. Pour étayer le caractère surréaliste de ce patchwork, prenons le Lichtenstein, l’Arabie Saoudite et l’Iran. C’est encore plus insolite car le premier (qui a abandonné son armée pour des raisons financières en 1868) n’a pas beaucoup d’atomes crochus avec l’Arabie Saoudite qui louche sur l’option nucléaire depuis plus de 14 ans (si l’on en croit the ‘Guardian’ du 18 septembre 2003) ou l’Iran qui n’a jamais caché ses ambitions militaires depuis le Shah et tente à sa façon, et au nom de la sécurité, de briser le monopole nucléaire israélien dans la région.
Pour regrouper ces 133 ‘démunis’ contre les nantis et leurs alliés ou acolytes, ICAN a ratissé large. Le mixage de ce regroupement hétéroclite d’Etats démocratiques, d’Etats défaillants, faillis ou en faillite, et de quelques entités situées dans des zones dénucléarisées est cocasse. Que certains voudraient bien tout pardonner aux ennemis de l’atome, soit. Mais l’Autriche, le Brésil, le Mexique, l’Afrique du Sud, la Suède, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande et le Costa Rica (par exemple) ne sont pas forcément honorés par la compagnie d’Etats semi faillis ou corrompus tels que le Zimbabwe, l’Erythrée, le Cambodge, la Libye ou la RDC…Ne s’agit-il pas plutôt d’alliés encombrants ?

Lire la suite : ICAN, Nobel et la paix en kit 

MEN and MISSILESPeut-on dire que le Traité d'interdiction des armes nucléaires, ouvert à la signature le mercredi 20 septembre 2017 constitue un pas décisif vers la réalisation de cet objectif ? Compte tenu de l'importance du sujet, la cérémonie qui a eu lieu à New York, en présence du secrétaire général de l'ONU, aurait dû donner lieu à une fête planétaire. Or, cet événement fut accueilli presque dans l'indifférence. Cinquante Etats seulement, dont l'Algérie ont signé le traité, soit environ le quart des Etats membres de l'ONU, et en l'absence de tous les Etats nucléarisés. A titre de comparaison, le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Ticen, plus connu sous le sigle anglais CTBT ou comprehensive test ban treaty) avait fait le plein des signatures, en septembre 1996. Il avait recueilli en premier lieu celles des Etats dotés d'armes nucléaires de juré (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) et d'Israël (qui ne l'a pas encore ratifié). Ne manquaient à l'appel que l'Inde, opposant déterminé du CTBT, la Libye (?) et le Bhutan (qui est un protectorat indien). Pourquoi la cérémonie de signature n'a-t-elle pas mobilisé les foules comme on aurait pu s'y attendre en pareil cas à l'ONU, surtout que toute la planète était réunie à New York pour l'ouverture, la veille, de la session annuelle de l'Assemblée Générale ?

Rétrospective

Pour situer le nouveau traité dans son contexte, il convient de revenir un peu en arrière. Outre que la mise en oeuvre des instruments juridiques existants n'est pas satisfaisante, l'architecture juridique de la non-prolifération et du désarmement demeure incomplète. 

Non proliferation et désarmement

ONU ASSEMBLEE GENERALEPour que la non-prolifération et le désarmement atteignent l'irréversibilité, d'autres instruments doivent entrer en vigueur. Or, ils n'ont même pas encore été négocié : 

-un traité d'interdiction des matières fissiles (dit ‘cut-off) servant à la fabrication des armes nucléaires. Le lancement des négociations se heurte au refus des Etats dotés d’armes nucléaires (NWS) de jure et de facto d'inclure les stocks existants dans cet instrument. Or, lesdits stocks permettraient de fabriquer plusieurs dizaines de milliers de bombes.
-un traité sur les garanties négatives de sécurité qu'accorderaient les Etats dotes d’armes nucléaires (NWS) aux Etats non dotés de l'arme nucléaire (NNWS) pour compenser leur renonciation volontaire aux armes nucléaires. Il a toujours été rejeté par les puissances nucléaires pour préserver leur pouvoir de dissuasion.
-Un traité d'interdiction des armes nucléaires qui serait la clé de voûte de tout l'édifice de la non-prolifération et du désarmement. Sa négociation a toujours été rejetée par les Edan qui refusent d'appliquer l'article VI du TNP lequel constitue le seul engagement multilatéral en matière de désarmement. C'est ce traité qui a été adopté par l'Assemblée générale et ouvert à la signature, au Palais de verre de Manhattan, le 20 septembre 2017. (2)
Processus de négociation du Traité d'interdiction des armes nucléaires
Sans remonter plus loin dans le temps, il convient de rappeler qu'un Traité d’interdiction a été initié le 23 décembre 2016 lorsque l'Assemblée générale a décidé d'organiser, en 2017, une conférence des Nations unies pour la négociation d'un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète (résolution 71/258) (1). Le coup d'envoi fut donné le 27 mars 2017. Le jour-même, lors d'une conférence de presse, les Etats-Unis, suivis aussitôt de la France, s'opposèrent au processus engagé par les Nations unies. Ils douchèrent les ambitions des promoteurs du projet qui se recrutent essentiellement parmi les pays en voie de développement. Le processus suivit, néanmoins, son cours, porté par les ONG, jusqu'à la cérémonie de signature du 20 septembre 2017.

Lire la suite : Interdire les armes nucléaires ? L’exercice est un tir à blanc

BUREAUde VOTEMême si la guerre fait moins rêver les foules que la paix, même si le chemin vers l’Elysée est un chemin de croix, et pas uniquement pour Fillon, tous les prétendants (ou presque) ont bien d’autres chats à fouetter que le désarmement.
Marine Le Pen veut désarmer Macron. Hamon peine à désarmer Mélenchon. Mais pour le reste ? Nos candidats-vedettes ne préconisent pas la croissance zéro des efforts militaires. Ceux qui nous promettent le ‘changement’ ou ‘l’alternance’ ont la fâcheuse manie de se référer aux principes trop classiques de la dissuasion nucléaire, alors que ceux-ci furent conçus durant la guerre froide et ne se justifient pas 25 ans après. Ceux qui nous proposent une nouvelle constitution et une VIème République ont juste omis de revoir leur copie, alors que la Vème République et la force de frappe sont idéologiquement liées.
Si l’on regarde attentivement les programmes de défense de nos candidats, ils sont tous d’accord pour dire qu’il ne faut pas ‘baisser la garde’. Quelle unanimité !
Dans l’apprentissage du métier de président-chef-des-armées, disposer de nerfs d’acier face au bouton nucléaire dans le PC Jupiter ne suffit pas. Faut connaître les ‘fondamentaux’. Faut savoir par exemple que la guerre tue. Que le terrorisme tue aussi. Qu’une attaque terroriste ne signifie pas que le pays est en guerre. Reste maintenant, concrètement, à ne pas se planter sur le nombre exact de nos sous-marins nucléaires, et faire le distingo entre SNA(*) et SNLE (**) En 2007, Sarko et Ségolène Royal avaient échoué au test, en direct à l’antenne…

Lire la suite : Présidentielles : le ‘vivre ensemble’ avec la bombe