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Géopolitique et développement durable

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APPRENTIS SORCIERSOn s’accordera pour dire qu’une société qui ‘tient la route’ doit éviter de détruire de l’intérieur (chez nous) ce que ses supporters (pas forcément les plus représentatifs) s’efforcent de défendre vis-à-vis de l’extérieur. Un vieux dilemme d’une brûlante actualité : la guerre ….à quel prix ? Et qui paie l’ardoise ? Et comment ?
La défense peut être considérée comme un bien public dont la responsabilité relève à la fois des forces armées et de la société civile. Cette société civile, qu’on voudrait museler en flirtant dangereusement avec la logique du Patriot Act, pourrait investir son énergie (tout à fait renouvelable) pour mieux gérer le climat socio-politique d’un peuple qui a été ébranlé un certain vendredi 13 novembre.

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missiles dans le corpsUne réflexion s’impose sur les mythes relatifs à l’arme nucléaire. L’ouvrage ‘Armes Nucléaires – 5 mythes à déconstruire ’ de Ward Wilson (préfacé par Michel Rocard et traduit par Danièle Fayer-Stern) que le GRIP vient de publier à Bruxelles arrive à point. Je ne voudrais quant à moi en relever qu’un seul : ‘La bombe, le garant de la paix ’. Je pourrais évidemment en citer d’autres : le mythe relatif au coût infime que cette arme allait représenter par rapport à sa ‘force de frappe ’, sa puissance destructrice. Celui de tremplin pour disposer d’un siège (ou strapontin) au Conseil de Sécurité. Celui d’atout majeur pour être indépendant des blocs et coalitions militaires, alors même que la France et le Royaume-Uni s’accommodent fort bien d’être à la fois puissances nucléaires et membres de l’OTAN ! Et que nul ne s’offusque à Paris ou à Londres que ce soient les Etats-Unis d’Amérique qui disposent du plus grand arsenal nucléaire sur le continent européen ! Mais je voudrais m’arrêter sur le pire d’entre eux : le mythe selon lequel l’atome ‘nous aurait évité la guerre depuis 1945 ’. Ce mythe - que des historiens plus compétents que moi pourraient aisément réfuter - est le plus ravageur pour la simple raison qu’il a rendu possible, ici, chez nous, deux erreurs d’appréciation. Il a non seulement tronqué notre histoire depuis 45, mais il fournit par la même occasion les clefs de l’impasse d’un certaine pacifisme. De notre refoulé. 

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Le Penseur

Les crises militaires les plus graves qu'ait connues l'humanité se soldent par une extension du système qui les engendre.
Pierre Naville (1904-1993)



 

 

Du keynésianisme militaire

Certains d'entre nous s'accrochent à cette croyance selon laquelle l'érosion accélérée de notre base industrielle et la perte de nos emplois en faveur de l'étranger peuvent être compensées par le biais de dépenses militaires qu'il faudrait, n'en déplaise à la crise, « sanctuariser » (dixit Jo Le Drian). Cette thèse que votre interlocuteur (polémologue et pas économiste) raille volontiers est celle que dénonça en son temps Chalmers Johnson, cet intellectuel américain dissident mort le 20 novembre 2010. Il la qualifia de « keynésianisme militaire » (cf. 'Nemesis : The Last Days of the American Republic »). En dénonçant l'impérialisme yankee, en démontrant comment les intérêts de l'Empire étaient incompatibles avec la démocratie, il a aussi décrit la façon dont Washington a recours à cette recette : s'engager dans des guerres de plus ou moins faible intensité mais de fortes fréquences, concentrer les dépenses pour la fabrication des systèmes d'armes et de munitions, faire fructifier un commerce mortifère basé sur ces transactions ; avec pour objectif : soutenir – demain ? A terme ? Indéfiniment ? - une économie capitaliste, et/ou lui donner un second souffle. Tout en prétendant contribuer à un monde meilleur et plus « développé ».

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boussoleLa mondialisation ou globalisation qui est surtout à dominante économique et qui a provoqué la mondialisation des indignés et des humiliés ne supprime pas l'ordre ancien de la guerre froide. Elle s'y superpose. La mondialisation avec laquelle on nous sermonne (et bassine) avec ou sans Davos et qui a mondialisé à la fois la pizza, le Iphone et la Kalachnikov) a pour caractéristique de n'avoir pas épuisé ou dissuadé les conflits régionaux les plus « classiques » (cf. Nicole Gnesotto) qui vont encore accélérer le désordre et la militarisation du monde. Parmi les hot spots, (dont les 41 conflits recensés) : la rivalité Inde-Pakistan, Taïwan, l'Iran (dont l'accès à l'atome pourrait remettre en cause le monopole nucléaire au Moyen-Orient), le conflit israélo-palestinien, l'Ukraine, le Kurdistan, etc...
Il serait donc un peu simpliste de caricaturer le paysage géopolitique dans lequel un « duopole post-guerre froide » entre Washington et Pékin, aurait (schématiquement) remplacé le monde bipolaire avec pour têtes d'affiches Washington et Moscou. Si le monde se complexifie en tant que « monde multipolaire », la description de l'arène internationale ne peut se permettre de faire l'impasse sur la nullité stratégique des artisans de l'espace européen, d'autant plus que c'est à partir de ce vide que se greffent les pathétiques tentatives de la part de la France d'épauler un « front occidental », à défaut d'accéder à un directoire occidental (chrétien ?) dans le cadre du clash (supposé) des civilisations.
israelS'il y a unification des marchés – y compris « le marché unique » avec pensée unique à l'échelle de 28 Etats du continent européen, - cette unification s'opère avec, en synchro, une fragmentation de la scène politico-militaire. C'est pourquoi l'importance accordée aux organismes internationaux mérite quelques bémols, même si leurs tâches et missions dans le domaine humanitaire sont louables à certains égards. A ce propos, faut-il encore tabler sur l'ONU comme un sauveur ? Elle est en pleine crise de légitimité, n'en déplaise à ce sanctuaire qu'est le 'P5' , ce club sélect du Conseil de la Sécurité (sic), sans parler de ces structures telles que le G8 (à géométrie variable) ou encore le G20, ce club de «nouveaux riches »(Bertrand Badie). On devrait plutôt s'étonner qu'en 2015, rares sont ceux qui remettent en question ces enceintes censées représenter la (une ?) légalité internationale, inspirée par de vieux « sages » qui se sont partagés « le monde » en 1945, c'est à dire il y a 70 ans ! N'y a-t-il pas lieu de réfuter les règles du jeu qu'elle érige pour 'tout le monde', que ce soit dans le domaine de la règlementation pour certains systèmes d'armes ou pour sanctionner telle ou telle politique ? N'y a-t-il pas urgence de dénoncer les sanctions économiques à l'encontre de La Havane de Téhéran, de Moscou, de PyongYang ? 

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ceci nest pas une religionCette période qui démarre avec la tragédie du 7 janvier pose de vraies questions. Chercher à la fois à diviser par deux le chômage en cinq ans et les émissions de gaz à effet serre en dix ans est louable. Mais on ne peut faire abstraction des conflits qui rôdent, de ceux que la France entretient, des opérations de pacification qu'elle s'attribue au nom de finalités controversées, avec des alliés peu recommandables. Dans le chaos d'une mondialisation qui voit proliférer les oligarques et les voyous, les fanatiques et leurs sectes, les AK-47 plutôt que les crayons des écoliers tant vantés par Malala, où prospèrent Etats fantoches et Etat en faillite, quelle chance la France a-t-elle de se prémunir contre une stratégie de la tension ?
La question des armes, une question occultée quand le sang coule au loin, quand les victimes sont anonymes, revient à l'ordre du jour. Mais pas forcément pour 'armer' nos sociétés de liberté, d'égalité et de fraternité. Outre les voix encore minoritaires qui entonnent le refrain de « nous sommes en guerre !» avec Huntington en bandoulière, les politiciens à Bruxelles s'accrochent aux vieilles recettes. Comme d'habitude. Suite à la crise financière de 2008, des centaines de milliards furent débloqués pour le sauvetage de banques en faillite. Au même moment, quelques 27 millions d'euros (seulement) étaient consacrés par la Commission pour célébrer l'année 2010, année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Des économistes - déjà atterrés - ont tenté d'alerter, préconisant des transitions plus radicales que la pseudo « transition énergétique ». Hormis ceux qui prennent pour argent comptant (et content) « l'interpénétration des économies militaires et civiles » (Pierre Naville), des esprits plus clairvoyants (tel Christian Saint-Etienne) expliquaient dès 2010 (dans 'Les Echos') que les entreprises seraient bien inspirées d'allouer 40 % des budgets de formation aux plus de 40 ans, bien qu'il s'agisse d'« un choc stratégique total équivalent à un effort de guerre ».

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