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Géopolitique et développement durable

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Image victimeA menace globale il faut une riposte globale, déclare un responsable tunisien après les attentats de Tunis venant après ceux de Paris, de Copenhague, de Tunis... Certes, mais encore faut-il ne pas se tromper de menace si l’on ne veut pas que la riposte soit inadaptée ou pire contre-productive. Car si à l’évidence, nous sommes en présence d’un conflit mondial qui peut toucher n’importe quel pays à n’importe quel moment, qui concerne tout autant l’échelle planétaire que l’échelle locale de nos cités, il y a deux approches radicalement différentes de l’analyse et de la stratégie à mettre en œuvre.
La première est celle de la guerre de civilisation théorisée il y a quelques années par le penseur conservateur américain Samuel Huntington. C’est celle qui a conduit le gouvernement Bush à réagir par la guerre, le mensonge, la torture, et la restriction massive des droits à travers le Patriot Act.
Cette logique, si elle s’imposait aujourd’hui en Europe, nous mènerait droit vers des régressions comparables ou même pires et pourrait devenir source de guerre civile, ce qui signerait d’ailleurs la victoire de la logique terroriste dont c’est l’objectif à terme.
rose and bullets exlarge 169L’autre voie c’est au contraire celle qu’avait indiquée le Premier Ministre norvégien après l’attentat meurtrier d’un fanatique d’extrême droite dans l’ile d’Utoya en juillet 2011 : "J’ai un message pour celui qui nous a attaqués et pour ceux qui sont derrière tout ça : vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur (...) Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, d’ouverture et de tolérance." Cette seconde voie est celle de la logique de vie, du dialogue de civilisation, du refus de confondre violence et conflit. C’est celle de la Liberté face aux régressions sécuritaires, de l’égalité face à l’explosion des inégalités et bien sûr de la fraternité, cette grande oubliée de la République, face aux fanatismes et aux racismes de toute nature.
Tel est l’enjeu de ce conflit mondial qui n’est pas pour autant une guerre mondiale car son objet est précisément, dans un travail sur la paix, de substituer la logique du conflit entre adversaires à celle de la violence entre ennemis.

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APPRENTIS SORCIERSOn s’accordera pour dire qu’une société qui ‘tient la route’ doit éviter de détruire de l’intérieur (chez nous) ce que ses supporters (pas forcément les plus représentatifs) s’efforcent de défendre vis-à-vis de l’extérieur. Un vieux dilemme d’une brûlante actualité : la guerre ….à quel prix ? Et qui paie l’ardoise ? Et comment ?
La défense peut être considérée comme un bien public dont la responsabilité relève à la fois des forces armées et de la société civile. Cette société civile, qu’on voudrait museler en flirtant dangereusement avec la logique du Patriot Act, pourrait investir son énergie (tout à fait renouvelable) pour mieux gérer le climat socio-politique d’un peuple qui a été ébranlé un certain vendredi 13 novembre.

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missiles dans le corpsUne réflexion s’impose sur les mythes relatifs à l’arme nucléaire. L’ouvrage ‘Armes Nucléaires – 5 mythes à déconstruire ’ de Ward Wilson (préfacé par Michel Rocard et traduit par Danièle Fayer-Stern) que le GRIP vient de publier à Bruxelles arrive à point. Je ne voudrais quant à moi en relever qu’un seul : ‘La bombe, le garant de la paix ’. Je pourrais évidemment en citer d’autres : le mythe relatif au coût infime que cette arme allait représenter par rapport à sa ‘force de frappe ’, sa puissance destructrice. Celui de tremplin pour disposer d’un siège (ou strapontin) au Conseil de Sécurité. Celui d’atout majeur pour être indépendant des blocs et coalitions militaires, alors même que la France et le Royaume-Uni s’accommodent fort bien d’être à la fois puissances nucléaires et membres de l’OTAN ! Et que nul ne s’offusque à Paris ou à Londres que ce soient les Etats-Unis d’Amérique qui disposent du plus grand arsenal nucléaire sur le continent européen ! Mais je voudrais m’arrêter sur le pire d’entre eux : le mythe selon lequel l’atome ‘nous aurait évité la guerre depuis 1945 ’. Ce mythe - que des historiens plus compétents que moi pourraient aisément réfuter - est le plus ravageur pour la simple raison qu’il a rendu possible, ici, chez nous, deux erreurs d’appréciation. Il a non seulement tronqué notre histoire depuis 45, mais il fournit par la même occasion les clefs de l’impasse d’un certaine pacifisme. De notre refoulé. 

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Le Penseur

Les crises militaires les plus graves qu'ait connues l'humanité se soldent par une extension du système qui les engendre.
Pierre Naville (1904-1993)



 

 

Du keynésianisme militaire

Certains d'entre nous s'accrochent à cette croyance selon laquelle l'érosion accélérée de notre base industrielle et la perte de nos emplois en faveur de l'étranger peuvent être compensées par le biais de dépenses militaires qu'il faudrait, n'en déplaise à la crise, « sanctuariser » (dixit Jo Le Drian). Cette thèse que votre interlocuteur (polémologue et pas économiste) raille volontiers est celle que dénonça en son temps Chalmers Johnson, cet intellectuel américain dissident mort le 20 novembre 2010. Il la qualifia de « keynésianisme militaire » (cf. 'Nemesis : The Last Days of the American Republic »). En dénonçant l'impérialisme yankee, en démontrant comment les intérêts de l'Empire étaient incompatibles avec la démocratie, il a aussi décrit la façon dont Washington a recours à cette recette : s'engager dans des guerres de plus ou moins faible intensité mais de fortes fréquences, concentrer les dépenses pour la fabrication des systèmes d'armes et de munitions, faire fructifier un commerce mortifère basé sur ces transactions ; avec pour objectif : soutenir – demain ? A terme ? Indéfiniment ? - une économie capitaliste, et/ou lui donner un second souffle. Tout en prétendant contribuer à un monde meilleur et plus « développé ».

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boussoleLa mondialisation ou globalisation qui est surtout à dominante économique et qui a provoqué la mondialisation des indignés et des humiliés ne supprime pas l'ordre ancien de la guerre froide. Elle s'y superpose. La mondialisation avec laquelle on nous sermonne (et bassine) avec ou sans Davos et qui a mondialisé à la fois la pizza, le Iphone et la Kalachnikov) a pour caractéristique de n'avoir pas épuisé ou dissuadé les conflits régionaux les plus « classiques » (cf. Nicole Gnesotto) qui vont encore accélérer le désordre et la militarisation du monde. Parmi les hot spots, (dont les 41 conflits recensés) : la rivalité Inde-Pakistan, Taïwan, l'Iran (dont l'accès à l'atome pourrait remettre en cause le monopole nucléaire au Moyen-Orient), le conflit israélo-palestinien, l'Ukraine, le Kurdistan, etc...
Il serait donc un peu simpliste de caricaturer le paysage géopolitique dans lequel un « duopole post-guerre froide » entre Washington et Pékin, aurait (schématiquement) remplacé le monde bipolaire avec pour têtes d'affiches Washington et Moscou. Si le monde se complexifie en tant que « monde multipolaire », la description de l'arène internationale ne peut se permettre de faire l'impasse sur la nullité stratégique des artisans de l'espace européen, d'autant plus que c'est à partir de ce vide que se greffent les pathétiques tentatives de la part de la France d'épauler un « front occidental », à défaut d'accéder à un directoire occidental (chrétien ?) dans le cadre du clash (supposé) des civilisations.
israelS'il y a unification des marchés – y compris « le marché unique » avec pensée unique à l'échelle de 28 Etats du continent européen, - cette unification s'opère avec, en synchro, une fragmentation de la scène politico-militaire. C'est pourquoi l'importance accordée aux organismes internationaux mérite quelques bémols, même si leurs tâches et missions dans le domaine humanitaire sont louables à certains égards. A ce propos, faut-il encore tabler sur l'ONU comme un sauveur ? Elle est en pleine crise de légitimité, n'en déplaise à ce sanctuaire qu'est le 'P5' , ce club sélect du Conseil de la Sécurité (sic), sans parler de ces structures telles que le G8 (à géométrie variable) ou encore le G20, ce club de «nouveaux riches »(Bertrand Badie). On devrait plutôt s'étonner qu'en 2015, rares sont ceux qui remettent en question ces enceintes censées représenter la (une ?) légalité internationale, inspirée par de vieux « sages » qui se sont partagés « le monde » en 1945, c'est à dire il y a 70 ans ! N'y a-t-il pas lieu de réfuter les règles du jeu qu'elle érige pour 'tout le monde', que ce soit dans le domaine de la règlementation pour certains systèmes d'armes ou pour sanctionner telle ou telle politique ? N'y a-t-il pas urgence de dénoncer les sanctions économiques à l'encontre de La Havane de Téhéran, de Moscou, de PyongYang ? 

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