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Géopolitique et développement durable

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MARCHANDSd ARMES lordofWARDe Quirra à Camp Century en passant par Vieques ou Subic Bay, les activités militaires du XXe siècle ont fait de nombreuses victimes, et la destruction n’a pas ciblé ‘que’ des humains sur les champs de bataille. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) s’est engagé dès 2012 à présenter, devant l’Assemblée générale de l’ONU, un rapport annuel sur l’impact environnemental des conflits armés. On l’attend toujours. Et qu’en est-il de l’impact environnemental des terrains de manœuvres antérieurs aux conflits ? A l’impact post-conflit ?BALAI DEVANT SA PORTE

Une histoire en trois temps

En résumé, les destructions se font en trois temps à l’image du bois qui chauffe trois fois : une fois quand on le coupe, une fois quand on le fend, une fois quand on le brûle. Certains systèmes d’armes dont les armes nucléaires sont réputés pour provoquer des dégâts à long terme ; avant même leur utilisation, dans le processus de fabrication, via l’extraction des matières fissiles ; au moment de leur emploi et au-delà, une fois que les armes se sont tues et que le conflit est officiellement réglé ou en voie de règlement.


1 - Les dégâts avant-guerre

CAMP CENTURYTerre, Air, Mer constituent un terrain de jeu pour les militaires. Un terrain de jeux gigantesque : le nombre d’hommes sous uniforme (personnel des forces armées) dépasse les 25 millions d’habitants. Ca en fait du monde qui consomme, qui s’habille, qui s’agite ! Les armées, ce sont aussi 52.000 avions militaires qui sillonnent et retentissent au-dessus de nos têtes….. ; des activités qui ont un penchant pour l’exhibitionnisme, le fake, le bling bling, (les armes nucléaires qui permettraient d’exterminer tout le monde plusieurs fois), la démesure comme avec l’idée d’installer 600 missiles intercontinentaux sous la calotte glaciaire, dans le cadre de l’opération ‘Camp Century’ au Groenland. Si l’on en croit une étude publiée dans le journal Geophysical Research Letters, la fonte des glaces qui s’accélère dans l’Arctique menace d’exhumer cette base secrète que les autorités américaines croyaient enfouie dans la cryosphère ‘pour l’éternité’ selon un scénario ‘plausible dans les 75 prochaines années’,
Pour les Etats-Unis, les bases et terrains d’entraînement représentent un million et demi de kilomètres carrés. (sans compter les km2 condamnés pour toujours). Mieux qu’un Paris-Dakar ! D’où aussi le gaspillage : les Etats-Unis (par exemple) ont acheté 20 avions cargos pour l'armée de l'air afghane, à raison d'un demi-milliard de dollars, qui n'ont finalement jamais servi et ont été vendus pour leur poids de métal !
Avec ou sans infrastructure mégalo, la guerre commence en temps de paix, ce qui se vérifie sur des territoires destinés à demeurer en dehors des conflits. Avec la gestion de ses munitions, la Suisse illustre ce cas de figure. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) relève que les émissions de plomb dues au tir (200 tonnes) ont été deux fois supérieures à celles générées par les transports, l’industrie et l’artisanat. Et en France ? En Provence, une société (SIMT) est chargée de gérer des munitions de l’armée française. Près de Miramas, un site contient plusieurs milliers d’obus de tous calibres, dont certains au phosphore, dangereux à manipuler ou à stocker, des explosifs et de nombreuses munitions laissés à l’abandon. Aujourd’hui, le site est ouvert aux quatre vents, et depuis les effractions cet été, un mince grillage de clôture avec un panneau d’avertissement sur lequel on peut lire : 'Danger de mort' .
Dans des contrées qui ne sont pas militarisées à l’excès, les dégâts sont discrets. Un exemple ? Le perchlorate d'ammonium, ce propergol qui sert de carburant à la propulsion de nos missiles M-51 pour la force de dissuasion. Il libère des nuages d'acide chlorydrique.

Les terrains de 'jeu'

64608 477919618924886 332764318 n sardaignePour se préparer à la guéguerre et aux destructions de diverses intensités, des espaces sont entretenus pour permettre aux hommes de se familiariser au combat, calibrer les destructions, sauver leur peau sous le crépitement des balles, s’accoutumer à la trouille et défigurer les paysages. D’une superficie de 34 500 ha, le camp militaire de Canjuers est le plus grand camp militaire d’Europe occidentale. Il y en a d’autres qui servent de centres de tri de réfugiés, ou centres de stockages. Le camp de Mailly, estampillé Natura 2000 qui s’étend sur 12.000 hectares, accueille les munitions chimiques datant de la Première Guerre mondiale, trop longtemps entreposées sur le camp militaire de Suippes (Marne), à 70 km de distance. Le stock existant : 250 tonnes de munitions, conservées dans les cellules en béton dédiées jadis aux missiles nucléaires Hadès.  
La majorité sont des bases ‘à la Larzac’, disons, pour projeter de la puissance. Comme sur la base de Vieques qui couvrait les 2/3 de la superficie de l’île de Puerto Rico, avec violation du principe pollueur-payeur. On peut aussi mentionner la Sardaigne, où 30% du territoire est sacrifié aux manœuvres et entraînements, et connaît son lot de mésaventures dans le secteur de Quirra , avec dépassements des concentrations limites en arsenic, cobalt, cuivre, antimoine et titanium. C’est là qu’est né un Comité de soutien des parents pour les soldats tombés en temps de paix .

2 – Les dégâts durant les hostilités

Dans le seul but de ‘prendre un avantage militaire’, toutes les méthodes sont utilisées. Parmi elles, polluer l’eau, brûler les récoltes, abattre les forêts, (il en reste 2% en Afghanistan) empoisonner la terre. L’agent orange au Vietnam est dans toutes les mémoires. Si le mauvais traitement infligé à la Terre et à ses habitants découle d’abord de la militarisation, cela s’explique. La guerre est une entreprise de destructions y compris environnementale. L’opération ‘Tempête du Désert’ lancée par les Etats-Unis a provoqué la plus grosse marée noire jamais connue avec un déversement de 6 à 8 millions de barils de pétrole dans le Golfe Persique.

3 – Les dégâts post-guerre

ENMOD Kuwait1991Les criminels pinaillent pour dédommager… comme aux Philippines avec la base navale de Subic Bay. Selon une vieille tradition, les militaires n’ont pas pour mission de faire le ménage ou l’entretien des sites. Les occupés, squattés ou vaincus sont priés de se démerder avec les dégâts. C’est carrément la honte, comme ce que font les troupes d’occupation (troupes des armées de l’OTAN) en Afghanistan qui, au moment de se retirer, décident de tout cramer… Bien que la loi afghane l’interdise, les militaires U.S. ont commencé par enterrer leurs déchets. Une fois que le volume étant trop grand, ils se sont mis à les brûler … à l’air libre, sans aucune précaution. Jour et nuit. Dès que certains medias se sont emparés du scandale, (comme sur la base de Bagram), les autorités miliaires US ont admis gérer (sic) 84 de ces zones d’incinération à l’air libre en Irak et en Afghanistan. Une version moderne de la ‘politique de la terre brûlée’…

Immersions, immersions

43 destruction des armes chimiquesL’immersion est l’action d’irresponsables qui nous veulent en sursis, qui ont flingué tout espoir de durable et qui veulent nous faire subir la guerre par ricochet. Entre Saint-Malo et les côtes anglaises, 74 dépôts de munitions classiques mais aussi chimiques (gaz moutarde ou ypérite) ont été recensés. Mais pour mieux comprendre les dégâts post-guerre, il faut remonter à la fin des hostilités, en 1945, quand les 'vainqueurs' décident de se débarrasser de près de 50.000 tonnes issues des stocks de l'Allemagne Nazie et optent pour l'immersion en la présentant comme la meilleure solution (ni vu, ni connu). Les opérations de largage se sont poursuivies jusque dans les années 1950. Pour en savoir davantage sur l’immersion, la quantité et le type de déchets, on nous a demandé de patienter, d'attendre l'ouverture des archives (secrètes) des militaires…prévue pour 2017 sauf que 2017 est déjà passé.
Cent ans après la Première Guerre mondiale et l’utilisation du gaz moutarde, personne n’est en mesure d’expliquer ce que la France a fait de son arsenal chimique. Et les autres ?

La mer Baltique dissimulerait près de 40.000 tonnes d’armes dont 13 000 de substances toxiques provenant des arsenaux allemands. Une soixantaine de tonnes d’armes chimiques et conventionnelles auraient été déversées en 1946 dans la baie de Gdańsk. Mais la Russie ne confirme pas. Selon les prévisions, 16 % de ces substances toxiques suffiraient à éliminer toute vie dans cette mer quasiment fermée.

sea pollution dumpingDepuis que Greenpeace ne s’occupe que du ‘Green’, (aux dépens du ‘peace’), les ONG ne se bousculent pas (ou trop peu) pour dénoncer ou récupérer le pire. Sauf que. Parmi celles qui se font connaître, l’‘International Dialogue on Underwater Munitions, (IDUM), une ONG fondée au Canada en 2004. Elle s’attaque à l’impact sanitaire et environnemental de ces munitions sous-marines, mais elle a de la peine à faire reconnaître que ceci constitue le ou l’un des problèmes écologiques majeurs des prochaines décennies. 

Voilà. Une nuisance peut en cacher une autre. L’environnement est malmené avant, il est violé, éventré et meurtri pendant…et une victime qu’on fait taire après…quitte à s’excuser ‘pour la gêne occasionnée’. Pour faire cesser ce cercle vicieux, il ne sert à rien d’invoquer des bons sentiments ; il ne sert que très peu de recourir aux textes des conventions et règlementations internationales. On y mettra fin si jamais les protagonistes n’y trouvent plus d’intérêt, en se disant que ‘signer des traités de paix n’aura plus grand sens quand toutes les terres émergées seront désertiques et les océans stériles’, comme dirait Federico Mayor
Dissocier la détérioration de la planète des activités guerrières ou paramilitaires relève de l’imposture.
B.C.