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MORUROA menaceA Tahiti, au journal télévisé du 27 janvier, (2013), le délégué à la sûreté nucléaire de défense a prédit un tsunami avec des vagues de 20 mètres de hauteur suite à l'immersion prochaine de 670 millions de mètres cubes de l'atoll de Moruroa.
Contrairement à Bikini, l'espace protégé du site des essais nucléaires de Moruroa ne figurera pas sur la liste prestigieuse du patrimoine mondial de l'UNESCO. Parce que Moruroa va bientôt se fracturer, se décomposer, s'enfoncer et puis être rayé de la carte. Cette histoire hante l'ex-président Jacques Chirac. Et pour cause : quand il a lancé son Appel du 13 Juin (1995) pour la reprise des essais nucléaires, il a agi en toute connaissance de cause. Tâchons de restituer les faits. Aujourd'hui, il n'y a plus d'essais à Moruroa, ni sur Fangataufa, l'atoll-frère. C'est fini. Les atolls devaient être restitués aux Polynésiens dès 1996 mais ...la métropole en a décidé autrement. Ils sont sous statut militaire. Interdits au public. Interdits aux civils. Comme Bikini, c'est désormais inhabitable, ce qui contribue à dissimuler les dégâts différés. Là où vivaient et survivaient 3000 habitants dans les années 80, il ne reste en tout et pour tout que 23 militaires. Les délires de reconversion de ces îles pour en faire des centres de recherches ou des villages de vacances style Club Med en ont pris un coup.

Site de stockage illégal

Les militaires qui surveillent un grillage installé depuis 2001 ont pour mission d' empêcher les intrusions éventuelles . Privés ou non de compteur Geiger au nom du principe de précaution que Chirac a sacralisé, ils veillent sur un site de stockage nucléaire... En raison de son caractère illégal, le site n'est pas confié à l'Andra, l'agence nationale chargée de la gestion des déchets radioactifs. Notre nouveau ministre de la défense Longuet devait s'en préoccuper, lui qui s'est beaucoup mouillé pour les déchets de Bure. Mais une chose est sûre, comme l'écrivait Cousteau en 1988, c'est un mauvais site de stockage pour des raisons géologiques. Ces raisons n'ont d'ailleurs pas échappé à Pierre Vincent, de l'Observatoire de physique du globe de Clermont-Ferrand. Dans 'Le Monde' du 15 juillet 1995, soit un mois après l'Appel de Chirac, P. Vincent explique que l'atoll a déjà perdu 2 mètres d'altitude depuis le début des essais ; et qu'il y a fracturation de la partie supérieure du volcan. Chirac devrait savoir qu'on ne tire pas sur une ambulance et, dans le même esprit, qu'on ne fait pas péter une bombe sur un atoll à qui on a déjà fait subir 138 explosions nucléaires souterraines. C'est au minimum un abus de pouvoir, au pire, une faute dont les conséquences ont pourri le ventre de la mer comme diraient les Polynésiens. Certes, les essais ont été transférés à Fangataufa et par rapport aux 8 essais prévus, le 6ème fut le dernier. Cela suffit-il pour montrer sa bonne foi ?

 

Une bombe qui fait des vagues


Les essais nucleaires Polynesie 1 1400 789

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce procès-ci, Chirac pourra-t-il s'en sortir en faisant porter le chapô au Commissariat à l'Energie Atomique, le CEA ? Il est vrai que la catastrophe annoncée a été réfutée par le CEA de l'époque. Pour ne pas porter atteinte au moral des armées, le CEA a nié l'accident du 25 juillet 1979 qui a provoqué un glissement de terrain et un raz-de marée. Dans la plus belle tradition Tchernobylesque et ses 21 victimes recensées, (sic), le CEA a martelé que le mini-tsunami n'avait rien à voir avec les essais nucléaires, et que la formation de grandes vagues était fréquente dans la région. Pour s'enfoncer dans l'erreur tel un volcan qui s'enfonce dans l'océan Pacifique, le CEA explique alors le plus sérieusement du monde que les essais ont été répartis de manière à limiter les interférences possibles entre eux et à préserver la stabilité du soubassement volcanique. Bravo. Les géologues, les vrais, ont dû s'étouffer. Quant à Chirac, il a justifié la reprise pour valider la puissance de telle tête nucléaire , la TN52 pour les initiés, en se basant sur les conseils avisés du même CEA et des militaires en blouse blanche. Reste à savoir si les avocats de l'ex-président invoqueront des circonstances atténuantes.
Tandis que les populations avoisinantes se rendent compte que l'héritage de la bombe va être lourd à porter, ce sanctuaire du Pacifique Sud est condamné. Condamné parce que des princes sans scrupule ont voulu poursuivre la nucléarisation de la France, envers et contre tous. Parce qu'ils ont un peu trop misé sur leur égo et confondu rayonnement de la France avec rayonnement radioactif.


Ben Cramer
Pour Charlie-Hebdo