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Géopolitique et développement durable

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DDselonDEFENSE envUn ancien haut-lieu de la dissuasion nucléaire française vient d'être transformé en une centrale solaire. Une reconversion surprise qui tendrait à démontrer que le développement durable n'échappe à personne.

Difficile à prévoir. Difficile à négocier. Mais depuis le mois d'août 2009, la société AES Solaire France – basée à Aix-en-Provence - a réussi son pari : des panneaux photovoltaïques par milliers ont été installés sur un site de 5 hectares et demi. Juin 2010 a donc vu naître la première centrale solaire du genre. Avec un investissement de près de 5 millions d'euros, elle produit à proximité de la commune de Sault, 1,2 mégawatts et approvisionne en électricité une commune de 600 habitants de la région (Revest-du-Bion).

Ces panneaux sont installés sur un emplacement qui avait, à l'origine, une bien autre vocation. Durant les années 80, c'était le lieu secret des rampes de lancement de missiles dans le cadre de l'aventure nucléaire française. Le plateau d'Albion – 'découvert' par hasard par le colonel Benoît lors d'un déplacement touristique au Col de l'Homme Mort – fut désigné à partir de 1965 comme le lieu le plus adapté pour enterrer des missiles à têtes mégatonniques, d'une portée de 3000 kilomètres. Lorsque le président Jacques Chirac décide de renoncer à ces missiles, dont la valeur stratégique est de plus en plus discutable-, de démonter cette installation qui symbolise la guerre froide, tout n'est pas réglé pour autant. Le démantèlement va durer de 1997 à 1999. La reconversion n'est pas vraiment à l'ordre du jour même si les autorités locales misent davantage sur le tourisme que sur les activités des 2000 militaires. La base aérienne va accueillir des légionnaires. Des hélicoptères ? Dans les années 90, certains pacifistes laissaient entendre que la piste d'aviation pourrait accueillir un laboratoire d'aviation solaire mais nul n'avait été plus loin dans les spéculations.

 

Le LSBB ou Laboratoire Souterrain de Bas Bruit

 

ALBION pisteLe plateau abrite sans discrétion une station d'écoute de la DGSE et les 7 paraboles, impressionnantes, se mélangent joliment au paysage quasi lunaire. Quant aux silos, la majorité d'entre eux vont être murés et laissés à l'abandon. Deux vont être recyclés intelligemment. L'un est transforme en 'SIRENE', un observatoire astronomique publique ou Silo REhabilité pour Nuits Etoilées. L'autre, le poste de Commandement de Tir (PCT) de Rustrel, va connaître un étonnant destin. Grâce à une idée géniale du physicien de Jussieu Georges Wayzand. Ce sera le LSBB ou Laboratoire Souterrain à Bas Bruit fondé en 1998. Il dépend de l'université de Nice Sofia Antipolis. Ces 'scientifiques sous la montagne' (pour réduire les impacts potentiels d'un échange de tirs nucléaires, les galeries ont été creusées à 540 mètres) coopèrent aujourd'hui avec diverses universités dont celle de Vancouver. Depuis 20006, le LSBB est dirigé par Stephane Gaffet, un sismologue du CNRS.

Aujourd'hui, le ministère de la Défense qui se vante d'avoir été le premier ministère à sortir un rapport de développement durable, (dès 2009) ne devrait pas se priver de faire l'éloge de ce nouveau rayonnement qu'est la première centrale solaire d'AES de France.

 

BC – fin 2010

 

Article paru dans Milieu des Empires