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Géopolitique et développement durable

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ampoule-basse-consommationQuestion : Quelle différence y a-t-il entre un conflit contemporain et une ampoule de basse consommation ? Réponse : aucune. Dans les deux cas, ça met du temps à s'allumer, ça chauffe moins en apparence, c'est moins éblouissant, moins bling-bling et ça se veut plus efficace, du moins sur le long terme. Sauf que le long terme finit par s'éterniser et que les guerres sans fin, sans victoire et sans défaite contredisent les promesses politiques. Même si elles arrangent ceux qui ont la trouille d'être à court d'ennemis.
Dans la guerre d'Afghanistan, par exemple, où la France est présente sans être en guerre, où l'on combat des guerriers qui ne sont pas considérés comme tels, les clashs décisifs sont différés. Nul n'est parti la fleur au fusil, l'héroïsme ne paie pas, et si l'on doit mourir, les soldats plus ou moins téméraires préfèrent mourir de mort lente comme disait le chansonnier-poète. Adieu les guerres-éclair. Ces guerres de faible intensité traînent. On dit d'ailleurs que la guerre s'enlise. Mais ce sont les combattants qui s'enlisent, quitte aussi à se flinguer entre eux...


etat d urgence 2Car, ironie d'une guerre qui ne s'avoue pas comme telle, les dégâts collatéraux sont légion. On ne se fait pas seulement buter par des ennemis mais par des amis . C'est le friendly fire, le tir ami/amical. Le soldat inconnu écrabouillé par ses compères est devenu terriblement banal. Avant l'Afghanistan, les erreurs de tirs ont causé un quart des victimes d'une autre coalition hétéroclite, celle contre l'Irak de Saddam Hussein en 1991 — sans parler de ceux qui ont sauté sur les mines qu'ils avaient eux-mêmes planqués. Et ce sont des pilotes de la U.S. Air Force qui ont cartonné une partie des chars américains Bradley durant l'opération Desert Storm.

Ces dégâts collatéraux marquent une tendance, à défaut d'être captés comme une leçon : les Européens sont en train de se tirer une balle dans le pied au propre comme au figuré.
En attendant, avec ou sans tirs amis ou ennemis, l'heure est venue de réviser notre vocabulaire. Certes, cela fait belle lurette que tous les stratèges du monde vantent la pacification, et que tous les envahisseurs se déploient pour imposer leur paix à l'adversaire. Mais notre époque lumières à basse consommation se prête gentiment au jeu des mots softs. On n'assassine plus, on neutralise . On ne renverse pas un gouvernement, on le déstabilise pour proposer au peuple d'en découdre avec ses dirigeants. Et s'il vient à certains l'idée de mener une offensive, c'est d'ordinaire une vaste offensive de paix. Au pire, il s'agit d'une intervention humanitaire armée.
L'ONU, qui est passée maître dans cette novlangue otanesque, s'emmêle les crayons diplomatiques en confondant une offensive militaire et une opération de maintien de la paix. S'agissant des obligations françaises auto-imposées en Libye, on ne vend pas d'armes, on procède à un transfert dans le cadre d'une assistance à la sécurité. Appréciez la nuance. D'ailleurs, on ne bombarde quasiment pas, on procède à du soutien aérien et les opérateurs prennent le masque ou l'uniforme furtif de sauveurs, d'unités qui font penser aux infirmières de la Croix Rouge. En Libye, on n'inflige pas la mort en tapissant de bombes, non, on fait de la modification du terrain. Et tout bombardement-surprise, y compris le ciblage des antennes de télévision, est considéré comme une attaque préventive , donc salutaire, qui relève de l'élémentaire principe de précaution.
En attendant d'avoir de nouveaux éclairages, on sent bien que se dessine un courant écolo avec une tendance de plus en plus light pour des coups bas et coups tordus à durée indéterminée. Ca fait terriblement penser au concept inventé dans les années 80 par un Italien qui vantait les atouts des sucres lents : le slow food, l'anti-bouffe macdonaldisée, symbole du new age de l'alimentation. Sur les champs de bataille sans fanfare ni trompettes, le new age de la confrontation met en branle des forces de maintien de la gué-guerre et des artilleurs aux pieds nus, en slow motion. Reste donc à populariser le slow killing.

 

BC - Hiver 2011