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Géopolitique et développement durable

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SYRIE chimiqueEntre ceux qui sont déjà plus ou moins ‘hors jeu’, ceux qui représentent des cibles quasi inattaquables et ceux qui bénéficient d’une immunité totale, qui pourrait-on en fait punir ? En Asie, les regards pourraient se tourner vers la Birmanie mais ce pays en pleine mutation pourrait bientôt se rallier à l’idée de se défaire d’un attirail encombrant. La Corée du Nord ? Membre éminent de (feu) l’Axe du Mal, la Corée figure en tête de la liste des wanted . Mais le morceau est un peu gros. Déplaçons-nous plutôt vers cette contrée tourmentée du Moyen-Orient. A portée de nos missiles. De l’autre côté de la Med, la Libye et l’Irak seraient-ils des contrevenants potentiels qui méritent une punition ? La réponse est non. La Libye a été neutralisée et d’ailleurs, elle s’était déjà prise une raclée lorsque l’usine de Rabta au nord de Tripoli avait été cartonnée. Depuis l’intervention pilotée par Sarkozy, les successeurs de Kadhafi ont promis de détruire les dernières munitions d’ici décembre 2016. Quant à l’Irak, ses installations ont été démontées ou vitrifiées. Dans le bordel qui prolifère, la constitution de nouveaux stocks n’est pas une priorité. Ironie de l’histoire, la principale victime de la vigilance américaine en Irak a été l’Organisation Internationale sur les Armes Chimiques (OIAC). Le patron José Bustani qui ne voulait pas hurler avec les loups sur l’arsenal chimique de Saddam et qui ambitionnait de faire signer ladite convention à l’Irak, s’est fait remercier. Les Etats-Unis, qui financent un 5è du budget de l’organisation, lui ont fait la peau. 

Choisir les ‘bons coupables’

Parmi ceux qui pourraient subir des expéditions punitives, qui reste-t-il alors ? L’Egypte ? Le Soudan, Israël ? L’Egypte ne semble pas être suspecté de vouloir tricher, même s’il n’est pas signataire. Il n’a pas fait l’objet d’inspections ; d’ailleurs, sur les 189 Etats signataires, Le Caire fait partie de la centaine d’Etats qui n’ont pas été ‘visités’ par l’OIAC. Soudan ? Le cas soudanais est plus complexe et les méthodes punitives ont des précédents. En août 1988, les Etats-Unis s’acharnent sur l’usine d’Al Clifa dans le nord de Khartoum. On dira plus tard qu’un satellite de Big Brother ne devrait pas confondre un arsenal chimique avec une pharmacie, mais ce sera un peu tard. Enfin, en 2012, une opération sur Yarmouk porte la signature de Tsahal qui expliquera que l’usine servait de planque à des armes chimiques soudanaises ou étrangères…

Les regards se portent alors naturellement sur un autre réfractaire à la ratification de la Convention sur les armes chimiques : Israël. Cet Etat, réputé pour avoir développé une industrie chimique de pointe, s’est lancé dans un programme d’armement chimique dès son origine. Certes, il fait partie de ceux qui ne jouent pas le jeu de la transparence, mais son cas n’est pas unique : la Russie n’a avoué détenir des stocks qu’en 1987. Dans son obsession de l’ambiguïté, Israël pourrait réclamer le privilège de confidentialité et ainsi ne pas être cité nommément dans les documents officiels de l’OIAC parmi les détenteurs d’armes chimiques, en prenant exemple sur la Corée du Sud (qui aurait finalement détruit son stock). Toutefois, la cible serait mal choisie. Primo, parce que cet Etat a reçu quelques coups de pouce de la part de la France en invitant ses experts à se rendre sur le site B-2 (ex-Colomb-Béchar ) dans la région de Beni Ounif en Algérie. (cf. article de Fabrice Nicolino dans 'Charlie' n°1108). Secundo, parce que cette vendetta laisserait à penser que les donneurs de leçons en matière de droit international sont prêts à mettre dans le même sac le chimique et le nucléaire. Or, c’est justement ce que les artisans de la Convention sur les Armes Chimiques, dont Messieurs Mitterrand et Reagan, se sont évertués à empêcher, dans l’intention d’inciter les Etats arabes à renoncer à leurs arsenaux chimiques. Un arsenal chimique auquel ils s’accrochent pour contrebalancer l’arsenal nucléaire israélien.
Alors, qui reste-t-il parmi les contrevenants ? La Russie et les Etats-Unis. Ces signataires n’ont pas respecté la date-butoir de l’élimination des stocks pour avril 2012.

Même si des munitions chimiques made in USA ne squattent plus le sol allemand (depuis 1990), Washington a fait savoir que la destruction de tout son stock ne sera pas réalisée avant 2023. Les Russes déclarent qu’ils feront mieux. Mais ni l’un ni l’autre ne risquent d’être sanctionnés.
Et en attendant les prochaines expéditions punitives, méditons sur les 300.000 tonnes d’armes chimiques qui ont été déversées dans les mers et les océans et que personne ne veut récupérer …
Ben C., in ‘Charlie’ n° 1109, le 18 octobre 2013