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Géopolitique et développement durable

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COUV Guerre et paix OK

Cet essai est une contribution précise et précieuse à la stratégie théorique, qu'on ne trouve pas, par définition, dans les traités de guerre et dans l'éloge ou la critique des stratégies globales des puissances. On doit le considérer comme une réflexion et un pamphlet , ainsi que l'énoncé stratégique et tactique d'une pensée en action, groupant l'écologie et le pacifisme non violent sans repousser, comme ennemie par définition, toute pensée militaire de l'avenir d'une défense de la survie sur terre ; un tel courant de pensée et d'éthique avait toujours critiqué (sans succès) le déploiement des systèmes d'armes inutilisables et des doctrines d'emploi des forces exigeant une course aux armements sur normes américaines , qui triompha sans interruption depuis la guerre froide .

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le-telephone-rouge

Le téléphone est un moyen de communication classique mais pas désuet. C'est tout un symbole. Peut-on dire que son usage est proportionnel à l'importance qu'un Etat s'attribue ? Lorsque le général de Gaulle, en 1966, se rend en visite officielle à Moscou, il ramène dans ses bagages l'assurance de contrats commerciaux, de grands projets spatiaux et surtout la mise en place d'un 'téléphone rouge' entre le Kremlin et l'Elysée. Peu importe qu'il ne soit pas rouge : les boîtes noires des aéronefs ne sont pas noires.
L'important, c'est qu'il perdure dans l'imaginaire de tous ceux qui risquent de franchir la ligne rouge....

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ODD numero16Bien sûr, le monde est loin d'être pacifié. L'irénologie, ou science de la paix, n'est pas une discipline exacte. Trouver un emploi avec un diplôme de la paix en poche est aussi inapproprié en Occident que de vendre des frigos aux Inuits. Mais en parler et réfléchir aux dépenses militaires n'est plus un sujet tabou.
Que l'ONU ait parfois quelques retards à l'allumage ne surprend guère. Sa Charte de 1945 ne mentionne même pas les aspects écologiques de la sécurité ; et aucun des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ne fait allusion à la paix ! Les temps vont-ils changer ? Le désarmement est tendance. Et comme le stipulait le principe 25 de la Charte de Rio (1992) : La paix, le développement et la protection de l'environnement sont indissociables .
Lorsque les Jeux Olympiques s'inviteront dans la cité d'Hiroshima, (une idée qui a déjà mobilisé un réseau de plus de 122 villes en France), le sport va être pacifié à son tour, comme il a été secoué par la vague verte inaugurée lors des J.O. de Sydney.

'Option zéro' pour les armes ?

Our Common Future book coverDans le rapport Notre avenir à tous ou 'Our Common Future' de 1987, considéré comme la Bible (ou Coran) du développement durable, Brundtland, son auteure et présidente de la Commission environnement et développement à l'ONU, soulignait que les armes nucléaires représentent la plus grande menace pour l'environnement et le développement durable. Vingt-trois ans plus tard, cette menace perdure et entraîne le mot d'ordre Option zéro ou tolérance zéro à l'égard de certains systèmes d'armes.

Realpolitik oblige, nos sociétés ne peuvent surtout plus se payer le luxe de guerroyer n'importe comment. Le remède supposé est pire que le mal. Il n'y a pas un seul endroit au monde où les armes ayant parlé, on puisse dire sérieusement que la situation en a été améliorée ; on ne peut le dire nulle part, avouait Michel Rocard.

La conversion des militaires

Pour les militaires, longtemps caricaturés comme des brutes en marche, il n'est pas question de convaincre (et se convaincre) que la guerre est propre. Ni de monter des opérations en distribuant des affiches du style 'veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée' . Il s'agit de limiter les dégâts. Là encore, ce n'est pas une affaire d'éthique, mais de rationalité. Si certains militaires se méfient de la bombe (atomique) – dont les effets différés devraient être négligeables à en croire le dictionnaire des forces armées – ce n'est pas parce qu'ils ont une soudaine envie de rejoindre les troupes du réseau Sortir du nucléaire mais parce que le prix de la décontamination serait supérieur à celui de la conquête. Non seulement le crime écologique n'est pas payant pour le vainqueur, mais la facture de la victoire est trop salée.
Ne nous méprenons pas sur l'air du temps. Greening the armies fut au départ un slogan... mais qui marche ! Au Canada, lorsqu'un jeune homme s'engage sous les drapeaux, il déclare solennellement : Je veux aider à garder notre pays libre et à maintenir notre air et notre sol en bon état pour les générations futures . En Suisse, chaque officier qui se respecte acquiert une formation au développement durable par l'intermédiaire du SANU, un centre de formation civil réputé à Bienne. 

Les guerres, en voie de disparition ?

ODDQui voudrait sérieusement investir dans ce que Jacques Attali avait qualifié d'économie de l'apocalypse (2) ? Dépolluer, démanteler, restaurer, réparer, assurer des cycles de vie, voilà un nouveau créneau ! À notre époque, être branché, c'est parier sur l'économie de la paix. Une taxe sur les armes serait non seulement populaire, mais bienvenue. Un marché prometteur qui a l'avantage de s'intégrer dans la sauvegarde de la planète. Les fondations, à l'affût de ce qui est tendance, s'adaptent : la fondation RATP a investi cette année dans la Journée internationale de la paix le 21 septembre avec affichage dans le métro. La Caisse des dépôts soutient la fondation Chirac qui décerne chaque année début octobre, juste avant la semaine de l'ONU pour le désarmement, un prix pour la prévention des conflits.

CHAR-en-pain-RIORecyclons nos armes

La sécurité est l'affaire de tous et ne se mesure pas au nombre d'armes possédées. Ce n'est pas qu'une question militaire (ou policière). Elle englobe la sécurité énergétique, la sécurité écologique, la sécurité alimentaire, bref, la sécurité humaine. Les États qui ont fait transiter leurs dépenses militaires vers le ministère de l'Éducation (comme le Costa Rica dès 1949)  n'ont pas renoncé à défendre leurs concitoyens alors qu'ils transformaient les casernes en musées des Beaux-Arts.

PLANTER ARBRESRecycler des systèmes d'armes, c'est aussi recycler les esprits. Revoir les priorités plutôt que changer son fusil d'épaule. Parce que la destruction de nos environnements entraîne des conflits ingérables. Parce que l'injection de milliards dans des gadgets sécuritaires se fait au détriment des besoins fondamentaux des peuples. Se mobiliser contre la guerre, c'est ouvrir des académies et des universités de la paix, comme il en existe en Scandinavie, en Zambie et peut-être bientôt à Bujumbura au Burundi. Ou demander aux producteurs de serious games de scénariser des peace games pour s'amuser avec des jeux vidéo sans tuer. Ou encore organiser des campagnes comme celle du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) Plantons un milliard d'arbres ! une campagne lancée par Wangari Maathai, lauréate du prix Nobel de la Paix 2004.

Ironie de l'histoire, le jeune américain Jonathan Lee, âgé de 13 ans, est parti à Pyongyang remettre une lettre au leader nord-coréen Kim Jong Il pour lui demander de planter une 'forêt de la paix' sur la frontière intercoréenne, une zone démilitarisée de quatre kilomètres. L'idée a fait tilt...puisque 2011 est l'année internationale de la forêt

 BC, in Neoplanète - 25 octobre 2010

 

Notes


2) Économie de l'apocalypse, par Jacques Attali, (Fayard-1994), suite au rapport commandité par le Secrétaire général de l'ONU sur la prolifération nucléaire, le seul ouvrage d'Attali qui n'existe pas en livre de poche ! 

 

Butterfly and moonL'écologie a ceci d'exceptionnel d'avoir été d'abord une science et de s'être ensuite transformée pour devenir un des principaux enjeux politiques et éthiques de notre époque. Certes, l'écologie scientifique continue de connaître un très grand développement, produisant chaque jour de nouvelles données sur les menaces qui pèsent sur la biosphère, mais il apparait, corrélativement, que seule une prise de conscience globale de l'humanité, des problèmes qu'elle pose permettrait d'y apporter des solutions à une échelle convenable. A l'évidence, l'écologie environnementale, qui est entièrement tributaire de la capacité d'intervention de multiples sphères de décision, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, révèle une paralysie progressive, une incapacité à prendre des mesures d'envergure, allant à l'encontre des lobbies ou même de larges mouvements d'opinion.
Il semble que la mondialisation de l'économie laisse de moins en moins d'initiative aux décideurs politiques et cela indépendamment du fait qu'ils soient de droite ou de gauche.
Ainsi la crise écologique renvoie à une crise plus générale du social et du politique. En fait, ce qui se trouve mis en cause, c'est une sorte de révolution des mentalités qui cautionnent aujourd'hui un certain type de développement, un productivisme ayant perdu toute finalité, hors celle du profit et du pouvoir, un idéal de consommation qui confine a l'infantilisme. L'humanité sera-t-elle capable, dans ce contexte de prendre en main son destin ? Vue des pays du tiers-monde, la situation semble désespérée. Sous une pression démographique insoutenable, des centaines de millions d'individus sont condamnés à la famine, à la déchéance et à des dévastations écologiques effroyables, y compris sociales et mentales. Mais il serait tout à fait abusif d'incriminer de façon prioritaire le tiers-monde de tous nos maux écologiques ! Alain Lipietz a bien montré, à cet égard, les méfaits du mythe du «poumon amazonien». Ce sont les pays les plus développés qui sont les plus polluants et c'est à eux que revient la responsabilité des déséquilibres catastrophiques que connait le tiers-monde d'un point de vue économique.
En principe, je veux dire, vu de Sirius, les solutions sont à portée de la main. Les révolutions technico-scientifiques fabuleuses qui caractérisent notre époque, dûment réorientées, pourraient résoudre aussi bien les problèmes d'alimentation, de pollution, que d'expansion culturelle. Mais au lieu de cela, c'est l'immobilisme, l'expansion des régressions intégristes, le chacun pour soi au détriment de tous.

Lire la suite : Guattari et l'enjeu éthique de l'écologie

redwhitepoppySi tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi ;
Si l'attente, pour toi, ne cause trop grand-peine ;
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l'air trop bon, ni parler trop sagement ;
Si tu rêves – sans faire des rêves ton pilastre ;
Si tu penses – sans faire de penser toute leçon ;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon ;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux ;
Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, - en un seul coup -
Et perdre – et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout ;
Si tu forces ton coeur, tes nerfs, et ton jarret
A servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l'arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne - Tiens bon !
Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros ;
Si l'ami de l'ennemi ne peuvent te corrompre ;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop ;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis ;
A toi sera la Terre et son bien délectable,
Et – bien mieux – tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard Kipling
Traduction et mise en vers effectuées par Jules Castier en 1949.