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Géopolitique et développement durable

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abri nucleaire milwaukee 1958En 1957, le Committee for a Sane Nuclear Policy (SANE) met la pression pour que soient abandonnés les essais nucléaires (menés alors par les Etats-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni). Parmi les supporters de cette démarche, Norman Cousins, fondateur de ‘Peace Action’. Il séjourna plusieurs fois à Lambaréné pour décider le lauréat Albert Schweizer à prendre position, ce qu’il va faire le 23 avril 1957. Il lance sur les ondes de Radio Oslo un Appel à l’opinion publique. Dans cet appel en faveur d’un arrêt des essais nucléaires, A. Schweitzer explique les dangers à la fois pour l'environnement et la santé.
Aux Etats-Unis, parmi les supporters de SANE, se retrouvent de nombreuses femmes dont celles qui ont mis sur pied la WSP, la Women Strike for Peace. Le 1er novembre 1961, près de 50.000 d'entre elles défilent dans 60 villes des États-Unis pour manifester contre les armes nucléaires et les radiations sous le slogan ‘End the Arms Race not the Human Race’. Il s'agit de la plus grande manifestation nationale pour la paix des femmes au cours du XXè siècle.
ONE PLANET ONE FUTUREEn 1962, les membres de l'avant-garde de Women Strike for Peace rencontrent Gertrud Baer, alors secrétaire de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (WILPF) à la Conférence des dix-sept nations sur le désarmement. Le groupe s'allie avec quatre organisations de femmes pour la paix : outre la WILPF, Women's Peace Society (WPS), fondée en 1919 par Fanny Garrison Villard, fille de l'abolitionniste William Lloyd Garrison, Women's Peace Society Peace Union (WPU), et le National Committee of the Causes and Cure of War (NCCCW). 

Extraits d'un article de Beatrice Finh

BAN NUKES WOMEN

 

 

Quand je dis que les armes nucléaires sont un enjeu féministe, les gens me disent souvent qu’ils ne voient pas le rapport. Or les armes nucléaires sont des instruments d’inégalité et de pouvoir aux mains du patriarcat oppressif. Ces armes frappent hommes et femmes sans discernement, mais il en va autrement de leur impact. En effet, les femmes et les filles ont porté de manière démesurée le poids des tests et des attaques nucléaires.

Le fardeau de la guerre

Par exemple, les femmes d’Hiroshima et de Nagasaki risquent deux fois plus de développer et de mourir d’un cancer à cause de l’exposition aux rayonnements ionisants, selon des études. Les femmes risquent davantage d’accoucher d’enfants mort-nés ou avec des malformations, ce qui accroît la mortalité maternelle. De solides découvertes en provenance de Tchernobyl montrent que les enfants y ont un plus fort risque de cancer dû aux retombées radioactives, et que les filles ont infiniment plus de chances de développer un cancer de la thyroïde que les garçons.
On voit là les dangers directs encourus par les femmes et les filles en cas de guerre nucléaire. Mais nous savons bien, au vu des conflits passés et actuels, que celles-ci portent le fardeau de la guerre et de l’instabilité avec un risque accru d’exploitation et de violence sexuelle, des phénomènes qui marchent main dans la main avec l’exode forcé et l’effondrement des institutions.

Nous ne sommes pas des eunuques

TERRE et MERL’existence de l’humanité est constamment menacée par la masculinité toxique et son besoin d’exercer sa puissance. Lorsque Barack Obama a évoqué les contours d’un monde débarrassé du nucléaire, il fut accusé alors de ‘décastrer’ la nation. Après les essais nucléaires indiens de 1998, un chef nationaliste hindou déclara : ‘Nous avions à prouver que nous ne sommes pas des eunuques’.

Les hommes continuent de voir les armes nucléaires comme une marque de pouvoir et ne font que prendre des mesures pour limiter l’accès au club des puissances nucléaires.
Tandis que les hommes en sont toujours à discuter de comment limiter les armes nucléaires, nous autres refusons avec véhémence ces armes dont le seul but est de massacrer des civils. Le rôle des femmes dans le désarmement nucléaire – des armes créées par les hommes pour rendre les conflits perpétuels et infliger des souffrances humaines – va plus loin qu’un simple appel pour une justice sociale. C’est un cri d’alarme issu du besoin vital de survie. Et cet appel n’a jamais été aussi puissant.
Les femmes ont toujours été au front pour réparer les dégâts considérables causés par les structures patriarcales à but militaire. Comment ? En organisant et en menant des mouvements issus de la société civile qui ont jeté les bases du droit humanitaire pour protéger les civils de la destruction aveugle de la guerre.
Petra KellyC’est un privilège et un honneur pour moi de mener une campagne lancée par des femmes, en travaillant aux côtés de brillantes activistes, docteures, juristes et scientifiques qui unissent leurs forces pour voir advenir le jour où ces armes ne seront plus une menace pour nos vies. Notre travail s’appuie sur les efforts d’innombrables femmes dans le monde qui ont courageusement dénoncé l’emploi des armes nucléaires depuis ses débuts : les survivantes des dévastations de la Seconde Guerre mondiale, et les myriades de militantes qui ont appelé, pendant les décennies qui ont suivi, à l’élimination des armes nucléaires. Mais nous suivons aussi les traces des femmes qui ont été à l’origine de l’interdiction des armes chimiques et biologiques, des mines antipersonnel et des armes à fragmentation. Nous avons appris d’elles, employé le savoir qu’elles ont construit et bâti le nôtre entre-temps.

La grande tromperie de l’ère nucléaire

frauenpower fürBlog thumb 300x500Le 7 juillet 2017, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires TIAN ou Nuclear Weapon Ban Treaty (TPNW) a été adopté par 122 Etats après des négociations ardues menées par des lobbyistes et diplomates femmes (…) La sécurité internationale fondée sur la peur n’est plus acceptable. La grande tromperie de l’ère nucléaire consistait à nous persuader que nous n’avions aucun pouvoir, aucune institution dès que surgit la menace des armes nucléaires. Pendant que les Etats qui détiennent l’arme nucléaire captent l’attention avec la rhétorique irresponsable de ‘qui a le plus gros arsenal’, une nouvelle génération de militantes braque les projecteurs sur la réalité des armes nucléaires.
Au final, les militantes parviennent à faire dériver la discussion de ces armes en tant qu’outil du pouvoir masculin, en montrant ce qu’elles sont vraiment : l’expression ultime de l’autodestruction masculine qui pourrait bien tous nous emporter. Heureusement, cette génération de femmes détient un plan pour nous sauver toutes et tous.
Beatrice Fihn, directrice de l’ong ‘ICAN’
in ‘Le Temps’ (Genève) du 22 mai 2018.