ATHENA21.ORG

Géopolitique et développement durable

logo athena

Sécurité écologique

WILLY BRANDTLe développement et la paix sont d’une telle importance internationale que, sans émotions exagérées, l’on peut dire sans aucun doute que – surtout si l’écologie est également prise en compte – le sort de notre planète et celui de l’humanité sont en jeu, à moins que des solutions adéquates ne soient trouvées à temps pour contrecarrer ces interdépendances fatidiques; J'utilise le terme "interdépendances non reconnues" parce que, dans les analyses scientifiques et dans la pratique politique, les "réflexions" réciproques sont souvent méconnues, et ce dans un double sens. D'un côté, ces interrelations sont immédiatement évidentes dans les pays du Sud ; de l'autre, les désastres dans le Sud ont un impact immédiat sur les pays du Nord. 

Il était logique que les rapports remis par la Commission Brandt de 1980, la Commission Palme (1983) et la Commission Brundtland (1987) partent de l'idée de la responsabilité commune pour toute notre planète et qu'ils attachent aussi de l'importance à l'idée de l'interdépendance - mais avec un accent varié. Les "Intérêts communs", la "Sécurité commune"et le "Futur commun" devraient exiger qu'un terme soit mis à la confrontation sans compromis dans le monde, de sorte que l'on ait toujours la chance non seulement d'exister l'un à côté de l'autre, mais de co-exister en harmonie. Aucun des principaux problèmes qui existe entre les nations industrialisées et les pays en voie de développement ne peut être éliminé de manière efficace par l'intermédiaire de la confrontation.

Lire la suite : Une ‘Morale de survie’ dixit Willy Brandt

ISSUE de SECOURSAbandonner (progressivement) le nucléaire civil sans vouloir ‘se passer’ du nucléaire militaire, est-ce bien raisonnable ? Dans la mesure où le nucléaire peut se décliner comme un outil (carburant) sur le plan énergétique, ou/et comme une munition dans le cadre d’une stratégie de défense, tout candidat à la présidentielle n’a pas droit à l’erreur…
Les dizaines de cathédrales en béton qui meublent notre paysage n’auraient pas été édifiées sans la témérité des architectes de la force de frappe. D’ailleurs, si le nucléaire civil n’était pas une retombée du militaire, nul ne soupçonnerait les Iraniens d’avoir quelques arrière-pensées en se lançant dans l’aventure. Depuis Fukushima, les Japonais ont vécu une fausse sortie, pour des motifs à la fois économiques et stratégiques. Le rétropédalage semble donner raison à ceux pour qui ‘Aucun pays au monde n'a fait de lanceurs civils sans faire des missiles balistiques’ (Alain Charmeau , pdg d’Airbus Safran Launchers ). Le candidat qui fixe un calendrier et des échéances pour fermer les 19 centrales serait donc bien avisé d’évaluer la non-étanchéité de ces deux filières. Serait-il crédible s’il annonçait qu’Airbus ou Boeing mettent la clef sous la porte car (seuls) les avions commerciaux sont cloués au sol ?
Si ‘sortir du nucléaire’ (comme de l’Otan ou de l’euro) ne relève pas du simple slogan, encore faut-il démanteler. Sachant que ‘le retour à l’herbe du périmètre des centrales (dixit EDF à Brenilis) ne se réalisera pas, un candidat à cheval sur la laïcité est en droit de rejeter ces incantations à une ‘terre promise’. Mais démonter et démanteler renvoie au casse-tête des déchets qui pourraient déborder dans la foulée de la ‘Sortie du nucléaire’. Pourquoi ? Que l’on soit ingénieur, électricien ou soldat, le matos subit l’usure du temps. Comme le martèle Robert Reisse, le directeur du centre (CEA) de Valduc :  Une arme, ça vieillit. Pire : ça vieillit mal. Comme avec les cuves de réacteurs en sursis, soins intensifs, maintenance et vigilance s’imposent, même au seuil de la porte (de sortie).
A ceux qui voudraient nous ‘sortir’ de ce guêpier, l’absence de tri sélectif (y compris à l’Andra) entre déchets civils et militaires n’arrange rien. ‘Sortir’ et claquer la porte a du panache, sauf que cela ne permet pas de ‘sortir’ (sans dégâts) du dilemme des déchets, un fardeau que les tunnels de Bure n’ont fait qu’empirer. L’entreposage présumé provisoire risque de s’éterniser, que ce soit sur les sites de la Hague, Soulaines, ceux gérés par le CEA comme à Cadarache qui gère – tiens ! tiens ! - les déchets civils et militaires du CEA contaminés au plutonium. Le mélange des genres est tel que certains déchets de centrales sont recyclés pour en faire des munitions, comme l’uranium appauvri ou U238 sur le polygone de Bourges.

Lire la suite : Sortir du nucléaire, OK, mais où est la sortie ?

MICHEL CAMDESSUS fmiMichel Camdessusaujourd'hui le président des Semaines sociales de France a des idées bien arrêtées sur la meilleure façon de dépanner les pays pauvres. L'ancien président du Fonds Monétaire International (FMI) est-plutôt sceptique sur l'efficacité de la taxe Tobin "Son but étant de lutter contre la spéculation, je devrais aimer la taxe Tobin. Mais ça ne marcherait pas : il faudrait que tous les pays l'adoptent, supprimer les 69 paradis fiscaux qui ne l'appliqueraient pas et pratiquer non pas un taux de 0,5 % mais de 2000 % pour empêcher les mouvements spéculatifs. Personne n'oserait. La taxe Tobin, c'est une idée sympathique mais, utopie pour utopie, je préférerais qu'on frappe à la caisse les marchands d'armes. La mère de toutes les pauvretés, c'est la guerre, entretenue par les ventes d'armes qui sont à 90 % le fait des membres du G7 les sept pays les plus riches du monde'. L'effet de symbole serait non négligeable.
Avec une taxe de 0,1% sur les transactions financières – un projet soumis dans les années 90 - , les pacifistes ont calculé qu'on pourrait à récolter plus d 160 milliards de dollars, de quoi alimenter un fonds international de décontamination nucléaire. Par exemple. Mais enfin, comme le rappelle l'ex-patron du FMI, une taxe sur les armements pourrait être plus efficace encore. 

Puisqu'une taxation sur le trafic illégal des armes (de petit calibre) n'a accouché que d'une taxe sur ....les billets d'avions appliqué par un petit nombre de pays, autant prendre les devants et prôner une taxation des productions d'armements. Le fonds ainsi créé pourrait frapper le complexe militaro-scientifique ou permettre de nouvelles avancées…

Ben C.

SYRIE chimiqueEntre ceux qui sont déjà plus ou moins ‘hors jeu’, ceux qui représentent des cibles quasi inattaquables et ceux qui bénéficient d’une immunité totale, qui pourrait-on en fait punir ? En Asie, les regards pourraient se tourner vers la Birmanie mais ce pays en pleine mutation pourrait bientôt se rallier à l’idée de se défaire d’un attirail encombrant. La Corée du Nord ? Membre éminent de (feu) l’Axe du Mal, la Corée figure en tête de la liste des wanted . Mais le morceau est un peu gros. Déplaçons-nous plutôt vers cette contrée tourmentée du Moyen-Orient. A portée de nos missiles. De l’autre côté de la Med, la Libye et l’Irak seraient-ils des contrevenants potentiels qui méritent une punition ? La réponse est non. La Libye a été neutralisée et d’ailleurs, elle s’était déjà prise une raclée lorsque l’usine de Rabta au nord de Tripoli avait été cartonnée. Depuis l’intervention pilotée par Sarkozy, les successeurs de Kadhafi ont promis de détruire les dernières munitions d’ici décembre 2016. Quant à l’Irak, ses installations ont été démontées ou vitrifiées. Dans le bordel qui prolifère, la constitution de nouveaux stocks n’est pas une priorité. Ironie de l’histoire, la principale victime de la vigilance américaine en Irak a été l’Organisation Internationale sur les Armes Chimiques (OIAC). Le patron José Bustani qui ne voulait pas hurler avec les loups sur l’arsenal chimique de Saddam et qui ambitionnait de faire signer ladite convention à l’Irak, s’est fait remercier. Les Etats-Unis, qui financent un 5è du budget de l’organisation, lui ont fait la peau. 

Choisir les ‘bons coupables’

Parmi ceux qui pourraient subir des expéditions punitives, qui reste-t-il alors ? L’Egypte ? Le Soudan, Israël ? L’Egypte ne semble pas être suspecté de vouloir tricher, même s’il n’est pas signataire. Il n’a pas fait l’objet d’inspections ; d’ailleurs, sur les 189 Etats signataires, Le Caire fait partie de la centaine d’Etats qui n’ont pas été ‘visités’ par l’OIAC. Soudan ? Le cas soudanais est plus complexe et les méthodes punitives ont des précédents. En août 1988, les Etats-Unis s’acharnent sur l’usine d’Al Clifa dans le nord de Khartoum. On dira plus tard qu’un satellite de Big Brother ne devrait pas confondre un arsenal chimique avec une pharmacie, mais ce sera un peu tard. Enfin, en 2012, une opération sur Yarmouk porte la signature de Tsahal qui expliquera que l’usine servait de planque à des armes chimiques soudanaises ou étrangères…

Les regards se portent alors naturellement sur un autre réfractaire à la ratification de la Convention sur les armes chimiques : Israël. Cet Etat, réputé pour avoir développé une industrie chimique de pointe, s’est lancé dans un programme d’armement chimique dès son origine. Certes, il fait partie de ceux qui ne jouent pas le jeu de la transparence, mais son cas n’est pas unique : la Russie n’a avoué détenir des stocks qu’en 1987. Dans son obsession de l’ambiguïté, Israël pourrait réclamer le privilège de confidentialité et ainsi ne pas être cité nommément dans les documents officiels de l’OIAC parmi les détenteurs d’armes chimiques, en prenant exemple sur la Corée du Sud (qui aurait finalement détruit son stock). Toutefois, la cible serait mal choisie. Primo, parce que cet Etat a reçu quelques coups de pouce de la part de la France en invitant ses experts à se rendre sur le site B-2 (ex-Colomb-Béchar ) dans la région de Beni Ounif en Algérie. (cf. article de Fabrice Nicolino dans 'Charlie' n°1108). Secundo, parce que cette vendetta laisserait à penser que les donneurs de leçons en matière de droit international sont prêts à mettre dans le même sac le chimique et le nucléaire. Or, c’est justement ce que les artisans de la Convention sur les Armes Chimiques, dont Messieurs Mitterrand et Reagan, se sont évertués à empêcher, dans l’intention d’inciter les Etats arabes à renoncer à leurs arsenaux chimiques. Un arsenal chimique auquel ils s’accrochent pour contrebalancer l’arsenal nucléaire israélien.
Alors, qui reste-t-il parmi les contrevenants ? La Russie et les Etats-Unis. Ces signataires n’ont pas respecté la date-butoir de l’élimination des stocks pour avril 2012.

Même si des munitions chimiques made in USA ne squattent plus le sol allemand (depuis 1990), Washington a fait savoir que la destruction de tout son stock ne sera pas réalisée avant 2023. Les Russes déclarent qu’ils feront mieux. Mais ni l’un ni l’autre ne risquent d’être sanctionnés.
Et en attendant les prochaines expéditions punitives, méditons sur les 300.000 tonnes d’armes chimiques qui ont été déversées dans les mers et les océans et que personne ne veut récupérer …
Ben C., in ‘Charlie’ n° 1109, le 18 octobre 2013

 

megatonsParfois, y a de bonnes nouvelles qui nous échappent ; ou qu'on ne retient que trop tard, lorsqu'elles nous sont passées sous le nez. Il en est ainsi d'un programme de démantèlement et de reconversion d'armes nucléaires qui s'est échelonné sur vingt ans, de 1993 à 2013. Il fut surnommé 'Des Mégatonnes aux Mégawatts'.

Un jour, nos écoliers apprendront dans leurs livres d'histoire qu'il était une fois ... 20.000 têtes nucléaires de l'arsenal russe auquel on a retiré 500 tonnes d'uranium enrichi pour que ce combustible (une fois traité) atterrisse pacifiquement dans des réacteurs commerciaux (à eau légère) et finissent par éclairer 10% des chaumières de l'Oncle Sam.

Lire la suite : Des mégatonnes russes aux mégawatts US