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Géopolitique et développement durable

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Polémologie / Irénologie

ALAIN JOXE newIl est temps de faire le point sur un problème sans solution facile mais qui mérite d'être bien posé. L'Europe sent monter la guerre, en Méditerranée, moyen-orientale, en Afrique sahelienne, en Mer Noire ukraino-russo- caucasienne. Dans la mesure où nous sommes au milieu du gué, en matière de crise financière, économique, politique et religieuse, ces quatre types de crises, qui nous bouchent l'horizon, étant inégalement mixées sur le terrain des guerres , ce contexte n'est pas loin de ressembler à une guerre mondiale rampante.
- On peut bien dire que le système des Nations unies ne fonctionne plus, pour arrêter le massacre de Gaza, la guerre de Libye du Mali et du Nigéria , le démocide syrien par la dictature d'Assad, la guerre offensive barbare de Daech, en Iraq et en Syrie. On peut dire aussi que le système de sécurité internationale de l'Union Européenne, surcodé par l'OTAN, est en échec en Ukraine.
2-On pouvait voir, dès 2011 (les guerres de l'empire global, Edition La Découverte, Paris, 2012 que la "guerre mondiale de la crise mondiale" ne pourrait pas ressembler à la 2° guerre mondiale de la crise de 29, Le "nouvel Hitler" ne serait pas visible, sous le masque des USA ou de Poutine. Aucun président ne déclencherait les hostilités en tant qu'industriel conquérant du monde. Les "guéguerres" en question communiquent entre elles, sur le terrain, par des voisinages géographiques, économiques, religieux ou linguistiques, ou plusieurs de ces désinences qui, se surajoutant, créent de la complexité chaotique. Mais, contrairement aux guerres de naguère, le conflit frontalier ne définit pas une guerre entre états, mais bien une série de guerres irrégulières mettant en cause l'ensemble de la définition frontalière de la souveraineté.
3- Cette décadence des Etats quant à leurs limites ne peut pas surprendre : cette mutation tient au fait que le pouvoir du système financier global, devenu hégémonique, est délocalisé. Les états privés de politique sociale autonome n'ont plus que des stratégies sécuritaires en défense d'intérêts entrepreneuriaux transfrontaliers instables.
La nouvelle classe financière dominante mondiale rejette toute "législation globale" mimée encore par l'ONU et par conséquent se veut dotés d'une liberté délinquante secrète propre aux maffias anciennes et modernes. Les guerres ne sont plus des guerres entre Etats.
4- Les Etats, sont tous venido a menos ou Failed States, à des degrés divers, et, sous l'influence des stratégies d'entreprises, laissent s'instaurer des doctrines locales qu'on devrait appeler "insécuritaires". Qu'ils le "veuillent" ou non , les Etats sont appelés à déclencher des répressions sans limites pour des dettes sans limites de populations sans limites. Cette dégradation n'est pas propre aux pays ex-coloniaux ; elle est visible aussi en Europe, où les marchés financiers opèrent, à travers des institutions propres à l'Union Européenne, pour éliminer, par la discipline de la Banque Centrale Européenne, toute action des Etats membres non conforme aux principes d'un néo-libéralisme offensif.
5 - Les classes dominantes, délocalisées et sans feu ni lieu, se conduisent naturellement de manière irresponsables, en croyant dur comme fer que la croissance et la concentration du profit est la garantie d'un développement harmonieux. Autrement dit cette "religion" néolibérale suscite des ripostes religieuses violentes et irresponsables : l'islamisme djihadiste criminel se dresse d'abord symboliquement dans l'espace délocalisé sans frontières du système financier avec Al-Qaida puis sur un carrefour frontalier trans-étatique avec Daech. Deux religiosités globales devenues folles.

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Les Accords de Lancaster House

ob 1a1fe2 otan et ueDeux traités de coopération en matière de défense ont été signés par David Cameron et Nicolas Sarkozy le 2 novembre. L'un concerne la création d'une force militaire expéditionnaire conjointe. L'autre vise la mise en place d'un centre d'expérimentation/simulation des armes nucléaires à Valduc.

Le nouvel accord qui vient d'être signé fait couler beaucoup d'encre. Normal. Quand les caisses de l'Etat se vident, la dissuasion nucléaire a du plomb dans l'aile. Pas facile d'externaliser les coûts, même si l'on privatise les arsenaux, à défaut de privatiser le CEA ou sa branche militaire, la Direction des Applications Militaires (DAM).

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enfants MISSILESA l'heure de l'austérité, à l'heure où le mot d'ordre se serrer la ceinture paraît obscène aux démunis et autres précaires, pourquoi parle-t-on si peu des dépenses publiques que sont les dépenses militaires ? Le sujet a été effleuré avec la faillite grecque. A ce propos, Alain Lamassoure, qui préside (alors) la commission des budgets du Parlement européen, déclarait le 10 mai 2010: "Nous devrions cesser le gaspillage énorme que nous faisons dans le domaine militaire ; nous n'avons plus d'ennemis mais nous finançons 27 armées et 2 millions d'hommes sous l'uniforme".

A partir de ce constat, on pourait se fixer de nouveaux objectifs : revoir à la baisse les capacités de défense (militaire) sans compromettre le niveau de vie du citoyen, ni sa sécurité.

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MOUTONS1 - Jamais les Européens n'ont été aussi mûrs pour s'émanciper de la tutelle américaine, de dire « chiche » nous sommes capables d'assurer notre sécurité, et faire en sorte que d'autres puissances ne la compromettent pas. Compter (davantage) sur nos propres forces est une idée qui fait son chemin. Cela pouvait paraître utopique dans les années 50, téméraire dans les années 60. C'est désormais possible.

Que cette portion d'Europe là soit un nain géopolitique, qu'elle soit incapable de régler l'occupation d'une partie de Chypre, les confettis de l'empire espagnol, ceux de l'Empire britannique à Gibraltar, qu'elle se soit illustrée comme elle l'a fait en ex-Yougoslavie, soit. Mais l'addition des efforts européens en matière de défense représente une formidable machine de guerre. Si Javier Solana, l'ex-secrétaire général de l'OTAN converti dans l'européisme bruxellois, conçoit pour l'UE simultanément deux missions, telles que l'opération Concordia en Macédoine (450 personnes) et Artémis en RDC ( 2200 hommes), on peut en déduire que l'UE peut faire mieux – ou pire, c'est selon. L'apport de l'armement nucléaire demeure une inconnue. Il y a quinze ans, le ministre Alain Juppé introduisait l'idée de « dissuasion concertée » tandis que le général Paul Véricel, en route pour l'atoll de Moruroa, déclarait " L'Europe n'existera que lorsqu'elle sera une puissance nucléaire ". Si l'européanisation du sanctuaire français n'est pas à l'ordre du jour, si l'extension de ce parapluie n'intéresse pas les voisins, on ne peut exclure que l'existence de cet arsenal joue son rôle 1 dans les quêtes d'autonomie.

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