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Géopolitique et développement durable

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Polémologie / Irénologie

Banksi Colombe 520x245Selon Gorbatchev, (cf. Time Magazine, dès janvier 2017), le monde est saturé et dépassé par les problèmes ; les hommes politiques semblent dans la confusion et perdus. Aucun problème n’est plus urgent aujourd’hui que la militarisation de la politique et une nouvelle course aux armements. Inverser cette course doit être notre priorité numéro 1.

La situation actuelle est trop dangereuse. Davantage de troupes, de chars sont acheminés vers l’Europe. L’OTAN et les forces russes autant que des armes qui furent hier encore déployées à une certaine distance sont désormais stationnées à des distances de tir.
Tandis que les budgets nationaux se débattent pour assurer les besoins sociaux élémentaires, les dépenses militaires sont en hausse. On débloque plus aisément de l’argent pour des armes sophistiquées dont le pouvoir de destruction est comparable à celui des armes de destruction massive ; ce qui est vrai pour les sous-marins dont chacune des salves est capable de réduire à néant un continent ; ou encore des systèmes de défense antimissiles qui minent toute stabilité stratégique.
Les leaders militaires tout comme les dirigeants politiques élèvent la voix de façon de plus en plus combative et les doctrines de défense sont de plus en plus dangereuses. Les commentaires et les personnalités des médias s’invitent à ce chœur belliqueux. On a vraiment l’impression que le monde se prépare pour la guerre.

Cela aurait pu se passer autrement

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1957-2017 
KIDS war and PEACE1957 ne fut pas seulement l’année de la signature du Traité de Rome. 1957 fut le témoin d’initiatives en vue de nucléariser et de dénucléariser le continent.

Le président D. Eisenhower annonça son intention de stocker des armes nucléaires tactiques (ANT) en Europe, au cours d'un sommet de l'OTAN. Objectif : délocaliser la bombe made in the USA. Le général Norstad confirma cette décision le 27 février 1957. Pour lui, 'il est essentiel, sur le plan strictement militaire, que les forces de l'Allemagne fédérale, en plein développement, soient équipées d'armes atomiques, à la fois pour la sécurité de l'Allemagne et pour la sécurité de l'OTAN'. Cette offensive U.S. fut accueillie par une résistance anti-nucléaire, populaire et diplomatique.

Adam RapackiDu côté ouest-allemand, des membres de la communauté scientifiques lancent le 12 avril l’Appel (ou Manifeste) de Göttingen. ‘Pour un petit pays comme la RFA, nous croyons qu’aujourd’hui, la meilleure manière d’assurer sa protection et de favoriser la paix mondiale est de renoncer expressément et volontairement à la possession d’armes atomiques en tout genre’. En octobre 1957, juste avant le lancement de Sputnik, le ministre polonais des Affaires Etrangères Adam Rapacki (cf. photo) expose, devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, un plan qui prévoit d’interdire à la Pologne et à la Tchécoslovaquie de produire et de stocker des armes nucléaires si, simultanément, les deux Etats allemands (RFA et RDA) en font autant. Le projet polonais (qui constituera l’ossature pour d’autres zones exemptes d’armes nucléaires dans le monde) est favorablement accueilli par la Belgique, le Canada, la Norvège et la Suède (ce dernier ne faisant pas partie de l’OTAN). Que dit la France ? A. Rapacki convoque en décembre 57 l’ambassadeur de France à Varsovie pour le mettre en garde contre les projets d’armement nucléaire de la RFA. Mais la France n'en a cure : elle feint de regarder ailleurs et pour cause : trois ministres de la défense (France, RFA et Italie) signent (le 25 novembre) un protocole concernant la coopération en matière d’armements conventionnels et nucléaires. La ‘désatomisation‘ de l’Europe centrale n’aura donc pas lieu. 

Les fantasmes atomiques de F.J. Strauss

A l'époque, l’un des penseurs de la dissuasion française, le colonel Pierre-Marie Gallois  est chargé de rencontrer le ministre de la défense Franz Jozef Strauss, pour tenter de négocier avec le Bavarois (et son homologue français Maurice Bourgès-Maunoury) les conditions d’une concertation. Au sujet du contenu, il ne sera jamais question d’atome ou de nucléaire, mais plutôt, discrétion oblige, de “ coopération dans le domaine des armes nouvelles ”. Mais qui est cet interlocuteur privilégié ? F.J. Strauss n’est pas un inconnu. En juillet 1952, il est élu président de la commission du Bundestag chargé d’étudier les problèmes de la Communauté Européenne de Défense, la CED. En octobre 1955, il est nommé ministre des questions nucléaires. L’appellation peut surprendre. Certes, il y avait en France à la même époque un secrétaire d’Etat chargé de la recherche scientifique et de l’énergie atomique, Georges Guille, nommé en février 1956. Mais attribuer un ministère des questions nucléaires au sein d'un Etat (l’Allemagne de l’Ouest) censé s’interdire toute fabrication de ces armes est plutôt troublant.

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 VILLE de BUREAu-delà des échafaudages institutionnels pour distiller, à faibles doses bien sûr, l'idée de sites internationaux de stockage, la question de savoir si Bure sera un terre d'asile pour déchets radioactifs européens est bientôt à l'ordre du jour. 

Ouvrir un laboratoire souterrain à la collaboration internationale est un moyen pour le pays hôte de gagner en notoriété. Certes, mais cela ne suffit pas. Le ou les laboratoires peuvent servir de modèles pour - cocorico oblige – montrer que la France, qui est déjà en pointe pour le stockage des TFA– est aussi dans le peloton de tête pour les sites d'enfouissement. A défaut d'exporter des centrales nucléaires à travers le monde, Bure pourrait permettre d'exporter notre savoir-faire vers les pays qui sont infectés de déchets et qui cherchent, tous, un moyen de les enfouir, du moins de s'en débarrasser d'une manière ou d'une autre. Que le Laboratoire de Bure se décline au singulier ou au pluriel, il suffira bientôt de lui donner une valeur ajoutée comme quoi il ne sera pas uniquement national. La France se verrait bien embarquée dans un nouveau marketing en faveur des sites de stockage made in France. Un service après-vente ? Concernant les centres de stockage de déchets nucléaires souterrains, la place de numéro un reste à prendre et la partie est loin d'être gagnée.

Les vrais pionniers de la recherche sur terre

Si l'on exclut les TFA, la France n'est pas à l'avant-garde dans un secteur-clef : le stockage, le vrai, en formations géologiques profondes. Pourquoi ? Tandis que les concurrents potentiels prennent une certaine avance, dans la recherche, dans la formation, l'information ; deux Etats européens, focalisés sur la bombe :- le Royaume-Uni et la France – misent sur le retraitement. Au-delà de cette spécialité qui consiste à recycler des matières non recyclables - l'une des grandes mystifications de l'aventure nucléaire – , Paris participe à cette frénésie pour l'import-export des années 70 et 80 en oubliant que La Hague n'est qu'un lieu de transit, un hébergement provisoire qui ne résout en rien l'accumulation des déchets.

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sipriLa lecture des rapports du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), créé par A. Myrdal fut un passage obligé durant la guerre froide. Les données du SIPRI sont-elles fiables ? Les tableaux, aussi denses que les annuaires de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), permettent de repérer les investissements des uns et des autres sur ce marché florissant, un marché dont les promoteurs affichent parfois un label vert comme lors des Salons du Bourget, de Farnborough, Eurosatory, Euronaval et ailleurs. Des Salons vilipendés régulièrement par ceux qui réclament à la fois (et avec une vraie fausse logique) l’interdiction de ces expositions et une totale transparence de la part de la Grande Muette.

L'annuaire du SIPRI, c'est aujourd’hui le pendant de Regards sur la Terre, cette collection dirigée conjointement par l’AFD, l’IDDRI et l’institut indien TERI, (présidé par Patchauri, l’ex-patron du GIEC. La sortie annuelle (au mois de juin) de ce rapport rythme la vie des chercheurs de tous les think tanks stratégiques dans le monde. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur chaque système d’armes et par catégorie figure dans cet annuaire prestigieux, mais n’exagérons rien. Comme le font remarquer Jean-François Guilhaudis et Julien Malizard, il y a matière à ne pas s’en contenter, voire à s'en méfier. Car prendre en compte les dépenses de défense exige qu'on s'entende sur ce que la défense recouvre. Ces dépenses devraient inclure toutes les dépenses de sécurité, celles qui touchent à la police, à l’anti-terrorisme, à la sécurisation des points sensibles à la cybersécurité, et aussi à ce qui relève désormais de 'la protection-militarisation des frontières'. Et au-delà. 

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EUROPE tortueAvec Donald Trump, le réveil des chers ‘alliés’ de l’Amérique est brutal. En Allemagne aussi, on s’interroge sur la validité d’un parapluie OTAN qui n’est plus une assurance-vie, d’autant plus que Trump considère que l’institution OTAN est ‘obsolète’. De quoi brouiller les cartes géopolitiques.
Selon les proches de Merkel, dont les propos sont relayés par ‘Der Spiegel’ ce mois-ci, le moment est venu de revisiter l’Europe. Première étape ? Convaincre les voisins et partenaires de l’Allemagne que le sauvetage de l’UE ne passe plus par l’union monétaire. Arrêtons de faire marcher les essuie-glaces à la même vitesse, selon les directives de la Commission de Bruxelles, arrêtons de faire marcher la planche à billets selon les directives de la Banque Centrale européenne et essayons plutôt de propulser des missiles à la même cadence. Voici la recette préconisée pour remettre l’UE sur les rails : en empruntant le filon militaire, on reprend le flambeau d’une Communauté Européenne de Défense (CED).
Séduisant, non ? L’Allemagne est de retour et le timing est parfait car le pays n’est plus un nain militaire et les clichés sur un peuple de pacifistes bêlants qui rêvent de finlandisation est dépassé. N’en déplaisent à Chevènement ou Mélenchon, Berlin sait concurrencer Paris pour figurer au hit-parade des marchands de canons et sous-marins. Merkel va relancer son budget de la défense et réintroduire le service militaire obligatoire. Reste une étape à franchir : négocier l’européanisation de la dissuasion française.
Combien de doigts sur la gâchette nucléaire ?

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