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Géopoli­tique et développe­ment durable

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ELYSEE 2017Un pro­gramme prési­den­tiel qui ferait l’impasse sur les enjeux inter­na­tionaux serait aussi dénué de sens qu’une mai­son sans fenêtres, qu’un cav­a­lier sans mon­ture.
S’il est nor­mal et, bien sûr, néces­saire que les can­di­dats à la prési­dence de la République for­mu­lent leur pro­gramme en matière économique et sociale, âge de la retraite, nom­bre de fonc­tion­naires, durée du tra­vail, fis­cal­ité, min­ima soci­aux, il est assez sur­prenant qu’ils n’aient rien à dire ou presque sur ce qui est pour­tant de la com­pé­tence exclu­sive et essen­tielle du Prési­dent en vertu de l’article 15 de la Con­sti­tu­tion : ‘Le prési­dent de la République est le chef des armées’ .

Le futur chef des armées, devrait inté­grer le fait que les ques­tions de guerre et de paix ne peu­vent se restrein­dre aux rap­ports de la France avec la Russie de Pou­tine, ou les rap­ports avec Berlin…le parte­nar­iat stratégique avec l’Australie, la poli­tique à l’égard de l’Arctique avec un Groen­land indépen­dant .…Pour ne pas se planter d’époque et pour ratisser au-​delà de sa chapelle, le can­di­dat 2017 serait bien avisé de suivre les con­seils qui suivent :

Met­tre sur pied une Agence française du Désarme­ment. Trop cher ? Il y a de bonnes raisons de penser que procéder à la tax­a­tion des cer­tains sys­tèmes d’armes est plus facile et tout aussi légitime que la tax­a­tion (tou­jours reportée) des trans­ac­tions finan­cières. Dis­poser d’une telle Agence, rat­tachée à la fois au min­istère de la Défense et celui de (la pro­tec­tion de) l’Environnement, n’est pas plus ridicule ou extrav­a­gant que d‘investir dans des clin­iques et des hôpi­taux pour mener une poli­tique de santé. D’ailleurs, un min­istère de la défense n’a pas voca­tion à faciliter des voy­ages exo­tiques de son patron pour qu’il goûte aux attraits du con­ti­nent africain. La nou­velle insti­tu­tion serait (aussi) chargée de mobiliser les jeunes pour éla­borer un pro­jet de Ser­vice Civil International.


Se méfier des chiffres : Il vaudrait mieux éviter de se focaliser sur le fait de savoir s’il est judi­cieux ou non de con­sacrer 2 % du PIB pour lancer à l’eau (à Toulon, Cher­bourg ou Brest) de nou­veaux SNA (Sous-​marins Nucléaires d’Attaque à propul­sion nucléaire pour ceux qui sont allergiques aux sigles) ou de nou­veaux SNLE (Sous-​marins Nucléaires Lanceurs d’Engins). Il vaudrait mieux cal­culer com­bien de per­son­nes pour­raient béné­ficier d’un RMU si l’on met­tait fin à cer­tains gaspillages…


Se méfier des effets d’annonce. Tout can­di­dat qui fan­tasme sur l’accès au ‘bou­ton’ (nucléaire) dans la salle Jupiter – parce que la France est le seul Etat de l’UE déten­teur de ce pou­voir de destruc­tion — devrait savoir que le poste de com­man­de­ment (PC) nucléaire Jupiter situé sous l’hôtel de Bri­enne à Paris n’est plus opéra­tionnel. Même si l’arme de destruc­tion mas­sive n’est pas con­sid­érée comme une arme de dis­trac­tion mas­sive. Ce PC sera bien­tôt ouvert au pub­lic. Un scoop qu’il faudrait réserver aux ama­teurs de ‘fake news’ comme Trump et ses adeptes.

Se méfier du débat sur l’identité. A une époque où la ques­tion de l’identité est une thé­ma­tique très prisée, il serait his­torique­ment oppor­tun d’afficher une volonté de réduire la voil­ure nucléaire ; l’administration Obama y est par­v­enue, à sa manière : en l’espace de 10 ans, l’arsenal U.S. a été réduit de 1.255 têtes nucléaires, soit davan­tage que le total du nom­bre de têtes présentes dans les arse­naux bri­tan­nique, chi­nois, indien, israélien, nord-​coréen, pak­istanais et …français. Il y a donc de quoi faire, une exper­tise à dévelop­per, pour détru­ire, neu­traliser, déman­teler, pas pour …inter­dire), d’autant plus que notre ‘iden­tité nationale’ ne se résume pas à notre iden­tité nucléaire, …Pak­istanais et Nord-​Coréens en conviendront.

Ne pas dis­socier les ques­tions militaro-​militaires de la crise sociale. Entrevoir la sécu­rité d’une nation y com­pris par le biais du désarme­ment exige une révi­sion des pri­or­ités d’engagement de nos forces qui n’a rien à voir avec ‘baisser les bras’ ; c’est d’abord exposer et expli­quer en quoi le désarme­ment (et pas unique­ment son volet nucléaire) cor­re­spond à un proces­sus de trans­for­ma­tion sociale. Une ville qui ambi­tionne d’inventer la ‘ville zéro SDF ‘ pour­rait aussi innover avec des com­munes zéro terrains-​de-​manœuvres ou encore label­liser des insti­tu­tions uni­ver­si­taires avec ‘zéro recherche militaire’.

Com­bat­tre l’illéttrisme stratégique

F 35 MANIFTout pré­ten­dant à la fonc­tion suprême devrait être en mesure de con­naître le nom­bre respec­tif des SNLE et des SNA, et leur local­i­sa­tion, même si les favoris à la course de l’Elysée en 2007 n’avaient pas passé le test lors d’une con­fronta­tion sur le petit écran. De toute façon, ne pas dis­socier les enjeux de défense à ceux de l’enseignement. Plutôt que de savoir s’il faudrait ou non ‘sanc­tu­ariser’ les dépenses mil­i­taires, pourquoi ne pas se fixer l’objectif de 2%, un effort national de 2% du PIB con­sacré à l’enseignement supérieur, quitte à pro­mou­voir la mise sur pied d’une Agence de Lutte con­tre l’illettrisme stratégique. Cette insti­tu­tion à la fois civile et mil­i­taire serait chargée entre autres de tirer les enseigne­ments des 17 nations qui, après avoir opté en faveur de l’aventure nucléaire mil­i­taire…, y ont renoncé, de gré ou de force, pour des raisons de poli­tiques intérieure ou extérieure.

UNIVERSITEPro­poser un enseigne­ment de la paix – Même si le sujet est un peu tabou au sein du ‘patch­work H & M’ –, c’est rentable d’un point de vue élec­toral. C’est rentable d’un point de vue péd­a­gogique. Pour le ‘brand­ing d’une nation’, c’est sûre­ment mieux que de miser sur la Ville de Paris en tant qu’organisatrice des Jeux Olympiques de 2024. Si l’Inde peut se féliciter d’avoir intro­duit offi­cielle­ment l’enseignement du yoga, la France pour­rait se sin­gu­lariser en insti­tu­ant un enseigne­ment de la sécu­rité via la paix.

petrol prices 300x225Ecol­o­giser la défense - Ne pas dis­socier les enjeux mil­i­taires des enjeux envi­ron­nemen­taux. Dans la mesure où le prob­lème de l’énergie est insé­para­ble de celui du gaspillage, il ne serait pas absurde de penser la défense en dis­poseant d’un Plan B en matière de dés­escalade mil­i­taire et de décrois­sance mil­i­taire. Comme d’un désen­gage­ment (chiffré) par rap­port l’OTAN. Pour nor­maliser le poids de l’appareil mil­i­taire dans la vie poli­tique et démil­i­tariser la poli­tique extérieure. C’est d’ailleurs ce que Gor­batchev a tenté pour l’URSS dès 1988. Penser le désarme­ment, s’approprier cette idée sans avoir peur d’être taxé de paci­fiste bêlant, relève d’une volonté politique.

BALAI DEVANT SA PORTEDécider de ‘sor­tir du nucléaire’ civil, en plaidant pour le main­tien d’un arse­nal nucléaire mil­i­taire souten­able et durable présente le risque de s’illusionner 3 fois. Primo, en faisant croire qu’il suf­fit de fer­mer la porte d’un réac­teur, tourner les talons et atten­dre patiem­ment le retour à l’herbe ; secundo, procéder à Bure à un tri très sélec­tif voire impos­si­ble tech­nique­ment, pour séparer les déchets issus des cen­trales et ceux provenant des instal­la­tions mil­i­taires (dont le com­bustible usé des réac­teurs qui propulsent les sous-​marins). Ter­tio, sélec­tion­ner les tra­vailleurs vic­times du nucléaire qui seront indem­nisés, en exclu­ant ceux de la DCNS à Cher­bourg qui tra­vail­lent pour les SNLE et ceux de la Direc­tion des Appli­ca­tions Mil­i­taires du CEA à Val­duc. Et quel traite­ment est prévu pour les vic­times des expéri­men­ta­tions pas du tout civiles en Algérie (In Ekker et Reg­gane) et dans le Paci­fique Sud ?


Ne pas dis­socier les enjeux mil­i­taires des enjeux économiques. Pro­mou­voir les béné­fices du désarme­ment ne passe pas for­cé­ment par l’organisation dans une sta­tion hiver­nale d’un Davos de la Paix (encore que …). Cela peut se traduire par la volonté d’associer des équipes et leur savoir-​faire à des entre­prises de déman­tèle­ment. Ces entre­prises (elles exis­tent ! ) représen­tent les chantiers du futur, au même titre que le secteur des éner­gies renou­ve­lables, l’assainissement des bases mil­i­taires, ou encore le retrait des stocks de muni­tions chim­iques dans l’Adriatique et la Bal­tique (par exem­ple)… Et parmi les chantiers du futur…, sanc­tion­ner les entre­prises du com­plexe militaro-​industriel, puisque l’empreinte écologique de leurs activ­ités tor­pille tous les efforts de réduc­tion des gaz à effet de serre.


REVENU de BASEAssurer une défense min­i­male pour tous, sur le mod­èle uni­versel de la sécu­rité humaine ne relève pas de l’utopie. En tout cas, il serait temps de dessiner plus sérieuse­ment et sans slo­gans racoleurs, les con­tours d’une poli­tique de sécu­rité et de défense alter­na­tives, qui dépasse le con­cept ringard de ‘sécu­rité col­lec­tive’ de l’OTAN, qui actu­alise et pos­i­tivise le con­cept de ‘sécu­rité com­mune’ définie en son temps par Olof Palme ; et qui pose les jalons d’une ‘éco-​sécurité’ française ou européenne (au-​delà des 27 de l’UE). Le développe­ment de cette maque­tte orig­i­nale devrait voir le jour en con­cer­ta­tion avec le milieu asso­ci­atif, impliqué à fond et à tous les étages dans les ques­tions de sécu­rité cli­ma­tique, de sécu­rité énergé­tique, de sécu­rité ali­men­taire, de solidarité….

Ce serait la façon la plus sub­tile de se démar­quer par rap­port à tous ces can­di­dats qui pensent d’abord à la défense de leur poste au sein de leur famille poli­tique, à la défense de leurs priv­ilèges, de leur baratin, de leur égo.


Les Insoumis Atterrés