ATHENA21.ORG

Géopolitique et développement durable

logo athena

Missiles PlantuGrâce à Téhéran et grâce à tous les acteurs qui se penchent sur son sort, on peut dire que la bombe iranienne à venir est – déjà - une arme d’instruction massive. A nous d’en tirer quelques enseignements.
Dans les négociations en cours, brouiller les pistes est une vieille recette. Que Messieurs Kerry ou Obama pinaillent sur les arrangements en cours, c'est tout de même grâce à la générosité de Washington que l'Iran acquiert dès 1967 un réacteur de recherche de 5 MW pour le collège technique d'Amir Abad aux alentours de Téhéran.
Ceux qui hurlent aux loups ne sont pas les plus crédibles. Quand Paris, par la voix de son ministre Laurent Fabius,  fait savoir sur les ondes de France Inter que le nucléaire militaire au Moyen-Orient "serait un danger considérable", il ne mentionne pas le cas d’Israël, alors même que l’arsenal nucléaire israélien et son monopole est vécu comme le facteur le plus déstabilisant dans la zone.
Mettre des bâtons dans les roues des amoureux de la bombe n’est pas nouveau. Quand les Barbus de Téhéran décident de s’approvisionner en uranium auprès du Kazakhstan, les Américains lancent l’opération ‘Saphir’ en 1994 : des avions de transport C-5 vont aller récupérer de l'uranium enrichi (un pactole suffisant pour produire une cinquantaine de bombes), l'emmener à Oak Ridge dans le Tennessee, quitte à dédommager les Kazakhs par la suite pour les pertes occasionnées.

Ceux qui pratiquent l'alarmisme

Le talent des agences de renseignement mérite d’être relativisé. En effet, au mois d’avril 1984 (déjà !), les services de renseignement allemands estimaient que l'Iran pourrait accéder à la bombe d'ici deux ans, donc dès 1986, et ceci grâce à l'uranium hautement enrichi (UHE) en provenance du Pakistan. Cela figurait dans le Jane's Defence Weekly de l’époque. L’alarmisme des journalistes-lanceurs d’alerte est à prendre avec des pincettes. Surtout quand certains comme Seymour Hersch annonce dès 2003, qu’Israël va procéder à des bombardements sur tel ou tel site et s’apprête à mener dès janvier 1995 une frappe ‘préventive’ sur des installations nucléaires iraniennes. Les colporteurs de ces fausses nouvelles feraient bien de revoir leurs sources : le catalogue des installations nucléaires a été fourni par les ‘Moudjahidine du Peuple’, une ONG insolite, basée un temps à Auvers-sur-Oise, fer de lance de la Révolution en 79, alors présidée par le chef charismatique Massoud Radjavi.

 

daliKAZEM RL’organisation de résistance qui s’était illustrée au temps du Shah (l’empereur des Aryens) s’est alliée à feu Saddam Hussein, (afin de bénéficier de ses camps d’entraînement) puis, a troqué son discours révolutionnaire pour être blanchie de tout terrorisme…. et se mettre dans les bons papiers du Département d’Etat à Washington. Entretemps, le frère de Massoud, Kazem Radjavi. un brillant intellectuel qui avait trouvé refuge en Suisse a été assassiné par des diplomates-flingeurs en moto, le 24 avril 1990 à Coppet, près de Genève.


Distribuer des bonnes et des mauvaises notes aux nouveaux-venus dans le club atomique constitue un moyen de zapper ses propres déboires à intégrer la secte des nantis du nucléaire. Cela permet de criminaliser celui qui tente de forcer la porte et justifier des embargos. Ces embargos ont pour particularité de renforcer la détermination des victimes. Dans le cas des Iraniens, le bombardement et la destruction en juin 1981 par l’aviation israélienne du réacteur Osirak, à la suite de l'opération ‘ Babylone ‘ a convaincu les plus sceptiques que l’amour d’Allah et de la bombe n’étaient pas antinomiques

 

Ceux qui aidaient le Shah

La bombeQuels que soient les bienfaits d’Alzheimer dans une société formatée à la 1984, l’enrichissement de l’uranium iranien est une vieille histoire. Elle remonte à 1976 quand le vice-ministre du Shah, Akba Etemad, en charge des questions atomiques, est autorisé avec ‘ ses équipes ‘ d'explorer les centres français du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA). C’est à cette époque que Téhéran, à la demande de Paris, accepte d’investir dans l’entreprise Eurodif à coup d’un milliard en provenance de ses pétrodollars. Et ceci, avant même que l'Allemagne (Siemens) décide de conclure un contrat pour la construction de deux réacteurs dont un de 1000 mégawatts à Busher. Et bien avant que Téhéran ne se lance dans une campagne d'attentats, d'assassinats et d'enlèvements, en 1985 et 1986 pour récupérer son dû.


Pinailler sur les mesures de contrôle de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) qui n’a jamais assez de moyens financiers pour fliquer les fraudeurs, est un peu court. L’histoire nous apprend qu’un Etat qui a décidé de se lancer dans l’aventure nucléaire militaire ne peut pas être dissuadé de le faire. Le meilleur exemple est ..la France. Tenter de ranimer artificiellement le Traité de Non Prolifération Nucléaire (le fameux TNP), ne peut tromper personne. Il n’y a pas que l’ex-Président Mahmoud Ahmadinejad pour affirmer que le Traité est moribond. Et cette vision des choses est de plus en plus partagée. Logique : parmi ceux qui flirtent avec la bombe,  on peut pointer le fait que les Brésiliens (signataires du TNP) ont le droit d’enrichir de l’uranium autant qu’ils veulent ; les Israéliens (non signataires) qui font semblant de ne rien enrichir du tout, n’ont pas de comptes à rendre, tout en faisant la leçon à leurs ennemis ou voisins ; ou encore les bricoleurs Nord-Coréens accusés de tricher et de violer le Traité bien qu'ils se soient retirés (en 2003) selon les règles en vigueur.  
Si la course à la bombe est un projet militaire plus que théologique, l’acquisition virtuelle de cet atout serait en tout cas perçu comme un visa pour se faire remarquer à défaut de se faire respecter.

 Ben Cramer