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Géopolitique et développement durable

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Il n'y pas de danger, non, quand il pleut, les poissons sont à l'envers, c'est tout
Un postier de Brienne le Château

COMME UN LINCEUL de BUREUne course contre la montre

Au-delà des échafaudages institutionnels pour distiller, à faibles doses bien sûr, l'idée de sites internationaux de stockage, la question de savoir si l'Est de la France sera un terre d'asile pour déchets radioactifs européens 1 est à l'ordre du jour.

Si les nucléophiles français veulent faire croire que leur pays dispose d'une technologie de pointe en matière de stockage, il va falloir le prouver.

Après avoir vendu des réacteurs , exhibé son savoir-faire,  cassé les prix  pour récupérer des déchets à des fins de retraitement, la nomenklatura nucléaire française cherche à rattraper le temps perdu. A l'heure actuelle, un dépôt de déchets à vie longue en exploitation - le WIPP 2 aux Etats-Unis – est déjà en exploitation. Le site étasunien de Yucca Mountain, devrait être prêt en 2010...

Ouvrir un laboratoire souterrain à la collaboration internationale est un moyen pour le pays hôte de gagner en notoriété. Certes, mais cela ne suffit pas. Le ou les laboratoires peuvent servir de modèles pour - cocorico oblige – montrer que la France, qui est déjà en pointe 3 pour le stockage des TFA 4 – est aussi dans le peloton de tête pour les sites d'enfouissement. A défaut d'exporter des centrales nucléaires à travers le monde, Bure pourrait permettre d'exporter notre  savoir-faire  vers les pays qui sont infectés de déchets et qui cherchent, tous, un moyen de les enfouir, du moins de s'en débarrasser d'une manière ou d'une autre. Que le Laboratoire de Bure se décline au singulier ou au pluriel5 , il suffira bientôt de lui donner une valeur ajoutée comme quoi il ne sera pas uniquement national. La France se verrait bien embarquée dans un nouveau marketing en faveur des sites de stockage made in France. Un service après-vente ? Concernant les centres de stockage de déchets nucléaires souterrains, la place de numéro un reste à prendre et la partie est loin d'être gagnée.

Le palmarès français

La France peut se gargariser d’avoir vu naître la radioactivité sur son territoire et dans ses laboratoires. Elle doit la découverte de cette propriété de l’atome, fondement de la physique nucléaire, aux imminents chercheurs de la fin du XIXème et du début du XXème que sont Henri Becquerel et le couple Pierre et Marie Curie6 . Becquerel, c'est un peu la France. En 1896,Becquerel ouvre ou entr'ouvre l'ère nucléaire en s'apercevant, par hasard, qu'un rayonnement est capable d'ioniser l'air, qu'il n'est pas dû au soleil et que son intensité ne diminue pas avec le temps. Ceci lui vaudra le Prix Nobel de Physique en 1903 7 . Certes, le premier réacteur civil fut développé aux États-Unis. On le doit d'ailleurs à des sous-mariniers qui ont fait fonctionner le premier réacteur dans un submersible. Celui-ci dénommé Nautilus parvient, dès 1955, à traverser l'Arctique en passant sous la banquise 8 . Certes, c'est en Union Soviétique, à Obninsk qu'a fonctionné en 1954 la première centrale nucléaire civile de l'histoire, puis ce sont les Britanniques qui suivent la marche en mettant en service, à Calder Hall, l'une des premières centrales, dès 1956. Mais la France, avec ses 17 ou 18 centrales, ses 58 réacteurs, édifiés comme la centrale de Fessenheim dès 1960, est l'un des pays les plus nucléarisés du monde. Même si les Etats-Unis en ont deux fois plus (104), la France la devance par tête d'habitant. Cette position privilégiée permet à la France non seulement de produire plus que les autres mais aussi d'exporter une partie de sa production

Notre pays est l'un des seuls à avoir une industrie qui couvre l'ensemble du  cycle du combustible nucléaire , c'est à dire est présente tout au long du processus depuis le minerai jusqu'à la production d'élection. Elle emploie environ 200 000 personnes. Pour les matières premières, Cogéma est le deuxième producteur d'uranium naturel du monde occidental ; l'entreprise possède 68% de la compagnie des mines d'uranium de Franceville au Gabon, Somair et Cominak au Niger. Cogéma exploite le gisement canadien de Cluff Lake qu'elle contrôle à 100%. Bref, si la France n'a pas de pétrole ....elle peut toutefois pavoiser. Ayant vendu des réacteurs de recherches aux quatre coins du monde, y compris à l'Irak en 1974, au Pakistan en 1978, sans compter Israël (Dimona 9 ) et l'Afrique du Sud (Koeberg), elle est un fournisseur mondial de services d'enrichissement de l'uranium naturel avec Eurodif Production 10 . Ces prestations lui ont valu d'être au hit parade de la prolifération11 . Pour les centrales PWR, le consortium Areva 12 détient plus de la moitié (de 50 à 60%) du marché américain du renouvellement du  parc .

Pour ce qui fait partie de l'aval du cycle , le  retraitement  de certains combustibles irradiés dit  usés , le site de La Hague talonne celui de Sellafield. Certes, des clients comme l'Allemagne et la Belgique veulent briser leurs chaînes, mais, au vu du stock de plutonium que détient aujourd'hui le Japon13 , au vu de ses retombées géopolitiques, la réputation de la Cogéma est acquise. D'ailleurs, c'est la technologie française qui a inspiré les architectes de l'usine de retraitement de Tokaïmura 14 . Enfin, concernant le Mox qui inclut du plutonium du retraitement, la France est aussi le premier pays à utiliser la technologie MOX de façon commerciale 15,  un tableau d'honneur qu'il faut relativiser puisque le premier chargement de combustible Mox dans un réacteur nucléaire, en 1963 une première mondiale, revient à la Belgique 16 .

Pour la gestion des déchets, la France est en pole position. Le concept français de stockage du site de Soulaines, ouvert en 1992, aurait servi de modèle à la conception du site de Elcabry (province de Cordoue) en Espagne. Avec l e site de Morvilliers dans l'Aube, ouvert dès l'été 2003 pour les déchets dits Très Faiblement Radioactifs, ou TFA, la France innove 17 . Mieux encore, ce site, qui ressemble à un hangar amélioré (et bâché), décrit comme  dépotoir de luxe  pour les opposants 18 , dont la paternité revient indirectement à Michèle Rivasi 19 , est considéré comme une première mondiale20 . Son statut est un peu particulier 21 . En effet, le site de Morvilliers évolue dans un vide juridique, puisqu'il n'est pas considéré comme une installation nucléaire de base (INB) 22 , mais comme une Installation classée pour la Protection de l’Environnement (ICPE), la seule sur le territoire national qui contient des déchets nucléaires. Comprenne qui pourra.

DECHETS-nucleairesLes vrais pionniers de la recherche sur terre

Si l'on exclut les TFA, la France n'est pas à l'avant-garde dans un secteur-clef : le stockage, le vrai, en formations géologiques profondes. Pourquoi ? Tandis que les concurrents potentiels prennent une certaine avance, dans la recherche, dans la formation, l'information ; deux Etats européens, focalisés sur la bombe :- le Royaume-Uni et la France – misent sur le  retraitement. Au-delà de cette spécialité qui consiste à recycler des matières non recyclables - l'une des grandes mystifications de l'aventure nucléaire – , Paris participe à cette frénésie pour  l'import-export  des années 70 et 80 en oubliant que La Hague n'est qu'un lieu de transit, un hébergement provisoire qui ne résout en rien l'accumulation des déchets.

Il ne faut donc pas s'étonner que les pays non engagés dans la fabrication des armes nucléaires aient été les premiers à se préoccuper des problèmes relatifs au stockage profond des déchets. Dès 1965, l'Allemagne, alors RFA, crée dans une ancienne mine de sel de Asse un laboratoire de recherche23 . A Mol en Belgique, un programme de site expérimental de dépôt pour les déchets de haute activité (Hadès-URF ) est lancé dès 1975. En Suède 24 , la première installation souterraine de recherche à Stripa (granite) date 1977 dans une ancienne mine de fer. Le fonçage du puits démarre dès 1980 et le laboratoire est en service depuis 1984 25 . Les Français, qui adorent faire bande à part avec Superphénix et la transmutation 26 , sont à la traîne : Fanay-Augères (granit) en service de 1980 à 1990, Mines d'Amélie (sel) en service de 1986 à 1992 et enfin Tournemire 27 en service depuis 1990. Mais ils ne sont pas inquiets, grâce à la bombe justement. Après tout, la France s'est dotée d'installations militaires pré-disposées et en nombre suffisant. Ainsi, parmi les sites explorés en France, les proches du BRGM et de l'Andra évaluent le sous-sol de Marcoule avant de l'exclure. Après 1995, les experts analysent les galeries souterraines du Plateau d'Albion 28 où l'Armée de l'Air a entretenu à grands frais des 18 missiles SSBS avant leur reconversion en Laboratoire Souterrain du Bas Bruit (LSBB). Mais ils s'aperçoivent qu'au-dessous du village de Rustrel, la surface souterraine totale de 12.000m2 laisserait peu de place au stockage lui-même, un stockage difficile à réaliser avec des galeries d'une largesse de moins de 4 mètres et le tout dans une roche calcaire fracturée, donc peu étanche 29 . Reste bien sûr d'autres zones de prédilection auxquels les autres européens ne peuvent pas prétendre : les ex-sites d'expérimentation d'ogives nucléaires. Pourquoi pas Moruroa 30 ou Fangataufa ? 31 Un inventaire original non exclusif. 32 . Mais pour les motifs exposés ailleurs 33 , cette dispersion géographique n'est plus de saison . Nul, pas même au CEA, ne voudrait remuer le couteau dans la plaie du Peuple Maohi qui a vécu le nucléaire d'un peu trop près 34

En revenant sur le continent européen où l'avenir du stockage va se jouer pour la France, comme pour les autres, on s'aperçoit d'abord que l'argile de Bure n'est pas forcément un atout. Dès le début des années 80, quand l'institution bruxelloise est baptisée Communauté Economique Européenne (CEE), et veut déjà jouer le chef d'orchestre et impulser la musique, la CEE-dispatche les recherches pour le stockage en profondeur. La coordination avec d'autres Etats européens, non adhérents à la CEE, se fait par l'intermédiaire du Conseil de l'Europe 35 . Les rôles sont distribués : le sel pour les Allemands, l’argile pour les Belges. le granit pour les Français 36 . Mais, quels que soient les conseils de Bruxelles et les préférences de l'Andra, le peuple français en a décidé autrement. Pour se consoler et neutraliser les adversaires qui invoquent la loi Bataille, Yves Le Bars 37 fait savoir que son agence est sur le point de réaliser un dossier pour initier une recherche de site dans le granite, comme cela se fait en Suède.

Pour ne pas se faire distancer, par des petits pays considérés comme moins talentueux, l'Andra compte sur la coopération internationale. D'ailleurs, elle existe. Sans vouloir entrer dans les détails, et abreuver le lecteur de noms, d'acronymes et de dates, dix pays membres de l'Agence de l'Energie Nucléaire de l'OCDE (sur 24) développent des laboratoires souterrains. Parmi les laboratoires européens spécifiques à un site potentiel, retenons le Finlandais Onkalo, la galerie de recherche d'Olkiluoto 38 dans le granit, l'allemand Gorleben dont les travaux sont aujourd'hui suspendus 39 , le suédois Aspö dans le granit aussi, en service depuis 1995, et puis enfin Bure, dans l'argile, décrit par l'AEN comme  site de dépôt potentiel  . Le lecteur non averti ignore peut-être l'Enresa, le Nagra, Nirex, SCK/CEN; l'Ondraf, le SKB, le Posiva, etc. Ce ne sont pas des noms de code, mais les sigles 40 des homologues européens de l'Andra. La NAGRA, c'est-à-dire l'Andra helvétique, exploite depuis 1984 son propre labo souterrain dans la région du Grimsel. Depuis 1996, l'Andra se base sur les expériences du site de Mont-Terri, (argile) dans le Jura suisse, pour  valider  Bure.

LIVRE-bure-MIMIBruxelles au chevet des artisans du stockage

La logique et l'état des connaissances scientifiques veulent que la question des déchets nucléaires soit envisagée dans un cadre multinational. L'Europe ne se croise pas les bras. La Commission européenne a présenté en novembre 2002 un paquet législatif sur l'industrie nucléaire. La proposition de directive – aujourd'hui contestée par la Finlande, la Suède, le Royaume-Uni 41 et l'Allemagne - entend soutenir et développer l'effort de recherche (que la Commission juge insuffisante) et mieux coordonner les programmes nationaux.

A ce propos, l'Union Européenne 42 tente, depuis 2003, d'imposer aux États membres, y compris la France, la mise en place généralisée de programmes nationaux de gestion des déchets radioactifs . Pourquoi ? Selon les eurocrates de Bruxelles, La proposition privilégie l'enfouissement géologique des déchets de haute activité - la technique la plus sûre, en l'état actuel des connaissances. L'Union Européenne est pressée d'harmoniser les méthodes et d'harmoniser le timing. La proposition de  directive  imposerait aux États membres d'adopter des programmes nationaux de stockage des déchets radioactifs comprenant, notamment, le stockage en profondeur des déchets de haute activité, selon un calendrier préétabli. Pour ces déchets, le choix du site de stockage (national ou régional) devra être arrêté en 2008,  au plus tard . Il devra être opérationnel au plus tard en 2018. On comprend mieux pourquoi l'Andra aime à souligner, par la voix de son directeur que 2006 – date butoir selon la loi Bataille -  constitue un point d'étape plus qu'une échéance43. .

Pourquoi tant de sollicitude de la part des Européens ? Avec 142 réacteurs en service, des fournisseurs d'électricité, ex-services publics, EDF compris, qui s'ouvrent à la concurrence, le paysage s'élargit. Avec des sites de retraitement comme ceux de La Hague ou de sa concurrente Sellafield, qui retraitent pour les voisins et des voisins négligents qui ne récupèrent pas leurs déchets une fois retraités, où en sera demain la traçabilité ? Rien que dans l'Union Européenne, il y aurait déjà 500 tonnes de ces déchets redoutables dans les stocks en attente de retraitement. A travers ces exemples, on voit bien que la question de la nationalité du stockage de ces matières est contraignante, restrictive, voire dépassée. A Bure, nos interlocuteurs insistent sur le fait que la loi interdit d'accueillir des déchets étrangers44 . Admettons. Si la mise en commun de sites semble prématurée, la recherche ou les recherches vont se conjuguer sans problème. Cette conjugaison d'efforts s'explique à plus d'un titre.

1. La recherche du consensus.

Si la communauté scientifique creuse son sillon, les politiques, quant à eux, se trouvent devant une impasse. Il ne suffit pas de trouver le procédé le plus abouti, il faut aussi qu'il soit consensuel. Or, Les exigences écologiques des citoyens sont revues à la hausse. En effet, où que ce soit dans le monde, des Etats-Unis (avec Yucca Moutain)45 , à Taïwan en passant par le Kazakhstan, tout projet d'emplacement fait scandale, quelle que soit la qualité géologique du sites de stockage sélectionné. La liste des projets avortés ou en suspens s'allonge de jour en jour. Suite aux protestations pour sauver le site archéologique prestigieux à Scanzano Jonico, les autorités italiennes déclarent forfait en novembre 2003 46. Cette victoire est retentissante, et le gouvernement italien s'est donné 18 mois pour trouver un autre site. Le site de Gorleben en Allemagne, à force de mobiliser d'imposantes forces de sécurité au moindre convoi, est en sursis. Les Suisses ne sont pas seuls à hésiter. Ainsi, explique Aude Le Dars du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA):  Les expériences au Japon, en Allemagne et en Belgique n'ont pas été analysées fautes d'avancées significatives dans le processus de décision ou dans la mise en oeuvre du dialogue social 47 . N'en déplaise à ceux qui vantent le  dialogue social, la  concertation , les bienfaits de la  transparence , on peut dire que le seul dénominateur commun entre Européens est leur méfiance à l'égard des déchets. En effet, d'après une enquête internationale de mars 1999, 71 % des personnes interrogées en France déclaraient n'avoir plutôt "pas confiance" dans la gestion des déchets nucléaires. Ce pourcentage atteint un niveau équivalent à celui observé en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni 48 . Selon un autre sondage réalisé en 1999 par Eurobaromètre 49 à la demande de la Commission Européenne, 3% seulement des Européens accepteraient de vivre à moins de 10 km d'un centre de stockage et 40% exigent que ce stockage soit au moins à 1000 km de chez eux Aucun concept d'évacuation à long terme de déchets commerciaux de haute activité n'a encore été approuvé dans aucun pays. Alors ? Il est souvent plus facile, pour rendre (le stockage) possible politiquement, comme dirait Christian Bataille 50 , de se référer à des instances internationales, des accords avec l'AIEA, l'Euratom ou tout simplement  l'Europe . Un procédé utile ? Une aubaine. Cela permet de  butter en touche  et de déléguer ses propres responsabilités, de renvoyer à ce qui échappe.

2. La recherche d'une coordination/synchronisation.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les Européens marchent en ordre dispersé. Tout le monde semble faire cavalier seul. Depuis, le sacro-saint principe du   NIMBY   51 fait réfléchir. Les Français, qui sondent les qualités de l'argile sont pressés, mais ils sont bien les seuls. Chez nos voisins d'outre-Manche, la gestion est au point mort. Après avoir essuyé un échec dès 1977, pour installer un laboratoire souterrain de qualification du site de Sellafield, rejeté en raison des incertitudes scientifiques 52 , la société privée britannique NIREX est éclaboussée par les scandale d' Omega Pacific dans les années 90 53 . Depuis, les Britanniques prospecteraient du côté de la Russie et seraient intéressés par les projets d'aménagement du site de stockage de la Nouvelle-Zemble 54, mais ces rumeurs n'ont pas été confirmées. Dans les milieux autorisés, on s'attache surtout à dire que l'évacuation géologique sera déterminée dans les 50 ans à venir et les autorités nucléaires se contenteront de stocker en surface, comme elles le font depuis un certain temps. Afin de parvenir à quelque décision sur un sujet aussi sensible, les autorités estiment devoir passer par un débat national et le gouvernement de Sa Majesté a nommé un nouveau Comité sur la Gestion des Déchets 55 qui aura pour mission de superviser cette consultation. Celle-ci devrait avoir lieu entre 2006 et 2007. D'ici là, Nirex n'entreprend aucune recherche où que ce soit en Grande-Bretagne. Chez nos voisins Belges, on temporise avec un centre d’  entreposage intermédiaire  de tous ses déchets nucléaires sur le site de Belgoprocess dans le nord du pays. Aux dernières nouvelles, le site Hadès-à Moll – dans l'argile comme à Bure - servirait de laboratoire et de laboratoire uniquement (...) jusqu'en 2048. En Espagne, où l'on ne recourt pas au retraitement, aucune décision concernant le choix d'un concept de stockage définitif pour les déchets HAVL ne sera prise avant 2010, après la remise des recommandations de l'Andra espagnole, Enresa 56.

3. La recherche d'une plus grande sécurité

ATOMS for PEACES'il y a un domaine toutefois où l'européanisation se manifeste, c'est, au-delà des rivalités politiques et commerciales, dans le domaine de la sûreté, de l'édification de normes de sûreté. La Commission finance ou co-finance (via le traité EURATOM) des programmes de recherches en matière de sûreté. Avec (les programmes) PHARE 57 et TACIS 58 , elle contribue au renforcement de la sûreté nucléaire dans les pays de l'Europe de l'Est . Elle travaille à l'élaboration d'une politique communautaire plus intégrée, notamment en matière d'harmonisation des pratiques de sûreté nucléaire. Cela se conçoit : il est difficile d'expliquer au citoyen européen qu'il existe une directive pour la sécurité des jouets ou les eaux de baignade mais que la sûreté nucléaire relève seulement d'une responsabilité nationale ! explique Jacques Repussard 59 le patron de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, l'IRSN. L'argument est légitime, mais précisons toutefois que cette volonté de normalisation a eu pour moteur l'accident de Tchernobyl 60 et ses retombées dans les environs dont la Biélorussie. Dès 1987, soit peu de temps après la tragédie du 26 avril 1986, 61la France met en place une échelle de gravité des événements nucléaires, dont l'AIEA s'est inspirée pour concevoir l'échelle  INES  62. Cette échelle est mise en application au plan international depuis 1991 et appliquée, de nos jours, par une soixantaine de pays. Le 18 mars 2004, 18 pays européens créent un réseau permettant de fédérer les recherches en matière d'accidents nucléaires graves : Sarnet. Ce sont les autorités de sûreté nucléaires d'Europe de l'Ouest (Allemagne, Belgique, Espagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, Suisse) qui, sous l'égide de l'association WENRA 63 ont créé un groupe de travail pour harmoniser les approches de sûreté concernant les déchets radioactifs 64.. Mais ne nous faisons pas d'illusions. Cette normalisation sécuritaire bute sur les intérêts économiques des principaux acteurs, les exploitants. Prenons un exemple : la durée de vie des réacteurs. Du point de vue de la sûreté nucléaire, une centrale est considérée comme  vieille  au-delà de 30 ans. La longétivité des réacteurs est donc fixée à 32 ans outre-Rhin. Mais ceci n'empêche pas les Russes (et avant eux les Soviétiques) d'avoir fait fonctionné leur première centrale à Obninsk durant 50 ans, et la compagnie française, EDF, de rallonger de dix ans la durée de vie de leurs 58 réacteurs. A nos risques et périls. Quand le patron de l'IRSN explique que La Commission s'est saisie de longue date du problème du différentiel de sûreté nucléaire entre les pays de l'Ouest et ceux de l'Europe de l'Est, notamment ceux qui entrent dans l'Union , il faut comprendre quele maintien en vie ou plutôt la réanimation artificielle de réacteurs obsolètes des pays dits  en transition  représente un marché dont l'Europe compte s'emparer.

Européanisation ou  mutualisation  ?

A un stade ultérieur, la Commission entend proposer, en accord avec les industries et les États membres, la création d'une entreprise commune, conformément au chapitre 5 du Traité EURATOM. Tout le monde ne serait pas contre, loin de là. Les petits pays du Bénélux par exemple n'ont pas la même disponibilité en termes de sites géologiques adéquats que les pays plus étendus. Ils sont donc les premiers à réclamer une gestion internationale du problème et la création de plusieurs centres internationaux. Et que dit-on à Bruxelles ? Afin de ne pas heurter certaines susceptibilités dont un refus suédois, la directive ajoute que Des solutions de coopération entre États membres sont envisagées sans que pour autant aucun État membre ne soit tenu d'accepter des importations des déchets radioactifs d'autres États membres. Au-delà de cette prose un peu trop diplomatique, la Commission suggère d'approuver la possibilité de transférer des déchets nucléaires d'un Etat membre à un autre ou vers un pays tiers. Certains aimeraient que les déchets radioactifs soient considérés comme une marchandise ordinaire, ignorant les frontières ; d’autres imaginent déjà des centres de stockage européens. Cette option n'existe pas dans la loi Bataille, mais enfin, rien ne nous permet d'exclure à court terme une modification de la loi. 65

La France ne verrait pas d'un mauvais oeil l'adoption du principe de  mutualisation  Il est préconisé par l'AIEA et François Jacq, aux commandes de l’Andra depuis l'an 2000, l'a évoqué récemment 66 . Nous pouvons donc nous permettre d'anticiper et prospecter. Soit le site de Bure se verra confier un rôle équivalent à celui qu'il a eu à La Hague en se préoccupant de gérer les déchets des voisins, moyennant finance. Soit Bure deviendra, à moyen terme, parmi les (rares) sites opérationnels après 2010, un site co-géré par deux ou plusieurs États. Après tout, cette forme de partenariat 67 , cette co-gestion  est dans l'air du temps. Le débat international sur le choix de l'implantation du site pour ITER représente, à cet égard, un test intéressant. 68 .

 

Ben Cramer & Camille Saïsset

Extraits - Chapitre VII de  La descente aux enfers nucléaires ,
Ed Esprit Frappeur, juin 2004


 

1. c'est nous qui soulignons, ndlr

2. cf. lexique

3.

4. Très Faiblement RadioActifs

5. cf. chapitre V

6. De son vrai nom Marie-Curie-Slodowska ; son mari Pierre est mort en avril 1906

7. Avec Marie Curie

8. cf. les exploits de l'amiral Hyman Rickover

9. cf. Conférence de Sèvres d'octobre 1956, confirmation par Simon Pérès ; confirmation par Mordechai Vanunu, cf. Pierre Péan « Les deux bombes », cf. aussi Janus Piekalkiewicz, Les servies secrets d'Israël, Jacques Grancher, Paris, 1977; cf. aussi Maurice Duval, A la recherche d'un secret : l'arme nucléaire israélienne, Défense Nationale, avril 1988

10. Où Cogéma est majoritaire

11. Ayant signé le Traité de Non Prolifération 24 ans après sa signature, soit en 1992.

12. Avec Framatome et quelques sociétés écran comme SGN...

13. qui lui permettait d'être demain une puissante nucléaire militaire redoutable. Ceci n'empêche pas Areva de parrainer une émission hebdomadaire sur Radio Classique intitulée « le journal du développement durable ».

14.  Le 30 septembre 1999, une fuite radioactive se déclenche dans l'usine de retraitement de combustible nucléaire de Tokaimura ; selon le Washington Post, l'incident peut être classé au niveau 5 de l'échelle international, le rapprochant de celui de TMI.

15. cf. Robert Dautray, L'énergie nucléaire civile dans le cadre temporel des changements climatiques, Rapport à l'Académie des Sciences, Paris, déc. 2001

16. Beglonucléaire qui a contribué à l'usine de coumbustible Melox

17. Selon le Figaro d'août 2003 « une première mondiale »

18. cf. Lettre n° 17 des collectifs Bure-Stop des opposants à l'enfouissement, mars 2000

19. Ex-député, auteur d'un rapport pour l'Office Parlementaire, aujourd'hui directrice de Greenpeace France

20. Boudé par les principaux producteurs de déchets qui ont refusé de financer les 40 millions d'euros.

21.  ses gestionnaires ne sont pas soumis à la TGAP

22. les déchets TFA ne contiennent ni plutonium ni uranium enrichi

23. Pour déchets de moyenne activité

24. La Suède mène un programme d'armement nucléaire discret, poursuivi en 1957 avec un réacteur de 65 MW à Agesta, au sud de la capitale que l'AIEA n'inspectera qu'en ...1994 .La Suède a signé le TNP en tant qu'étant non nucléaire en 1968. cf. Washington Post, 25 novembre 1994.

25. Le seul site où l'on étudie l'effet de la chaleur et du rayonnement sur l'argile ...

26. Une obsession du CEA

27. Ancien tunnel ferroviaire démarré par l'IPSN

28. Albion ....démantelés sur décision du président Chirac à partir de 1995.

29. Entretien avec Georges Waysand, responsable du LSBB, avril 2004

30. Si les autorités militaires préfèrent dire « Muru » ou « Mururoa, nous préférons Moruroa avec un « O » pour respecter le nom traditionnel de cet archipel des Tuamotu.

31. L'idée revient aux Etats-Unis : L'entreprise US Fuel & Security a plaidé en faveur d'un site dans les îles du Pacifique Sud. Bikini a été sur la liste.

32. Minatom, le ministère de l'Energie Atomique russe, et le gouverneur de la région d'Arkhangelsk, se sont mis d'accord pour construire un site de stockage sur l'île de Novaya Zemlya .

33. Cf. chapitre « internationalisation par étapes...

34. cf. Bruno Barrillot, L'héritage de la bombe, Etudes du CDRPC, Lyon, janvier 2002 ; cf. Muroroa et nous de Pieter de Vries et Han Seur, CDRPC, septembre 1997 ; cf. Bruno Barrillot, Les essais nucléaires français 1960-1996- Conséquences sur l'environnement et la santé, CDRPC, Lyon, février 1996

35. Conférence de Stockholm de septembre 1984; parmi les présents, Monique Sené, Didier Angers et Robert Galley

36. La Grande Bretagne, quant à elle, fait bande à part et opte pour les fonds marins, au large des îles du Cap Vert et des Caraïbes, avant de se résigner à respecter la législation internationale qui interdit l'immersion .

37. Un ancien responsable du BRGM

38. Avec recherche sur le stockage du combustible irradié

39. Mais les travaux d'exploration sont interrompus pour quelques années en vertu d'un moratoire décrété par le gouvernement allemand en date du 1er octobre 2000

40. cf. lexique en fin d'ouvrage

41. La Commission de Bruxelles n'apprécie guère que Londres depuis 1991, refuse les inspections d'Euratom ; or, les inspecteurs veulent faire la lumière sur les produits radioactifs du bassin de stockage B30 installé dans l'usine de Sellafield, cf. 'Le Monde' du 1er avril 2004

42. 25 États du continent européen dont sont exclus la Suisse, la Bulgarie, la Roumanie...qui disposent eux aussi de programmes nucléaires

43. Itv de François Jacq pour émission Vif du Sujet, France Culture, mars 2004, devant le site de Soulaines-Huys.

44. La même loi qui impose des laboratoires ; à noter qu'en 1992, une loi a été adoptée qui interdit d'utiliser le territoire russe pour stocker des déchets étrangers. On sait ce qu'il en est advenu.

45. Sans compter le WIPP ou Waste Isolation Pilot Plant dans une couche de sel près de Carlsbad pour les déchets dits de moyenne activité provenant des installations militaires

46. Grâce au référendum des 7 et 8 novembre 1987, l'Italie a abandonné le nucléaire, traumatisée par les effets de Tchernobyl.

47. cf. Aude Le Dars, Pour une gestion durable des déchets nucléaires, Le Monde & PUF, p. 216

48. Sondage IPSOS

49. Cité par Marie Hélène Labbé in « La Grande Peur du Nucléaire », op.cit p. 96

50. cf. Le Figaro 30/04/03

51. Not in my Backyard ou encore  « pas de çà chez moi »

52. Avec le concours de l'association les Amis de la Terre

53. Au Pays de Galles, à Trecwn, une compagnie anglo-irlandaise du nom de Omega Pacific aurait acheté un terrain avec l'intention d'en faire un centre de réparations pour moteurs à réaction. Ce site se serait révélé être un lieu pour enfouir des déchets dans 60 tunnels qui atteindraient, si l'on en croit la BBC et la revue écologiste belge Tam Tam (qui vient de fermer boutique après 27 ans de service) la profondeur de 4800 mètres

54. Novaya Zemlya qui se traduit par nouvelle terre où le peuple les Eventes a subi, à l'image des Maoris dans le Pacifique, les essais d'ogives nucléaires soviétiques depuis les années 50.

55. Le Committee on Radioactive Waste Management ou CoRWM

56.cf. lexique, fin d'ouvrage

57. cf. Poland Hungary Aid for Reconstruction of the Economy

58. TACIS = Technical Assistance to the Commonwealth of Independant States

59. cf. Les Enjeux, n° spécial ..

60. Un responsable de haut rang a été condamné à deux ans de réclusion pour avoir désinformé la population , pas en France mais ..en Bulgarie (le vice-ministre de la Santé L. Chindarov. !

61. Comme dirait Marie-Hélène Labbé « Il y a un avant et un après Tchernobyl dans l'histoire de l'énergie nucléaire » , cf. « La Grande peur du Nucléaire, Presses de Sciences Po, p. 42.

62. cf. lexique à la fin de l'ouvrage

63. Un organisme qui n'a pas d'existence officielle, c'est une sorte de groupe de pression tout comme European Atomic Forum, « Foratom ».

64. cf. Contrôle, Revue de l'Autorité de Sûreté Nucléaire, n° 151, mars 2003.

65. Ou un contournement de la loi comme on l'a vu avec celle qui oblige un Etat de récupérer ses déchets retraités...ou encore les premiers contrats étrangers de la Cogéma pour lesquels il n'existait pas de clause de retour.

66. Itv de François Jac; op.cit.

67. cf. la Russie et le Japon pour le retraitement

68. Une division équitable entre Japonais et Français : Rokassho Mura pour .les équipements de grande taille et Cadarache pour les analyses de données. cf. Le Monde 22 janvier 2004