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2008 Mirage2000-BEAD-air-A-2008-009-ALa dissuasion nucléaire française est assurée par quatre SNLE, armés de 64 missiles M-51. Sa force de frappe est évaluée à une puissance équivalente à plus de 4.000 fois celle d'Hiroshima. Mais il faut croire que cette dissuasion dite minimale, de stricte suffisance (sic), ne suffit pas. La preuve ? Le dispositif de la dissuasion repose aussi sur une force de frappe aérienne. Pourquoi ? Pour des motifs qui échappent à un ennemi éventuel, ou/et à certains professionnels. D'ailleurs, la France a vécu d'autres mystères dans la répartition du pouvoir atomique : elle disposait d'une composante terrestre – les missiles SSBS du plateau d'Albion – et cette force fut paradoxalement confiée à l'armée de l'air. Pourquoi ? Pour éviter que les aviateurs ne souffrent d'un complexe d'infériorité par rapport aux marins.

Les bombardiers stratégiques ont été introduits dans la panoplie française car ils étaient les premiers à être capables de délivrer le feu nucléaire. Aujourd'hui, la France peut compter sur les escadrilles de 40 Mirage et Rafale équipées de missiles Air-Sol Moyenne Portée – ASMP - d'une portée de 400 km. Ce sont des reliques de la guerre froide, du temps où les pilotes étaient missionnés, (à l'instar de leurs petits camarades de la US Air Force aux commandes de leurs B-52) de pénétrer sous la couverture radar en Europe de l'Est pour délivrer une ultime frappe d'avertissement , selon la littérature consacrée. Si la guerre froide est finie, les aviateurs veulent toujours se montrer indispensables. Ils ont la gueule de l'emploi puisque le matériel investi leur assure un suivi dans la vigilance nucléaire : le Rafale est destiné à remplacer l'ensemble des avions de combat de l'armée de l'Air et de la marine nationale. Il devrait rester en service au moins quarante ans. Quel que soit son succès à l'exportation. La capacité nucléaire aéroportée est mise à jour : opérationnelle sur le porte-avions à propulsion nucléaire, le Charles de Gaulle depuis 2010. Les Rafale équipés de têtes nucléaires aéroportées, ont été livrés en 2011 ;

L'idée de réduire voire de supprimer la composante aérienne de la triade fait son chemin. Au Royaume-Uni, le feu nucléaire est concentré sur les sous-marins et depuis 2005, seulement sur eux. En France, ceux qui se prononcent pour sa suppression invoquent le coût. L'argument se tient : l'entretien des bombardiers coûte 250 millions d'euros par an . Un Rafale – aéronef sophistiqué construit en matériaux composites pour lui assurer une faible signature radar ou furtivité (à l'instar du bombardier B-1 américain), est estimé à plus de 100 millions d'euros pièce. Le tout, sans compter le coût du porte-avions à propulsion nucléaire, représente donc à peu près 7,5% du coût total de la dissuasion. S'il y a donc des motifs pour s'en débarrasser, tout le monde n'est pas de cet avis. A gauche (cf. les déclarations de François Hollande à Brest fin janvier 2012) comme à droite, d'aucuns estiment que cette composante a des atouts. Elle offrirait au décideur politique, c'est-à-dire au président de la République qui a symboliquement le doigt sur la gâchette nucléaire des capacités d'adaptation indispensables dans un monde si incertain et face à des acteurs en perpétuelle mutation. Traduisons : l'existence et donc le maintien de systèmes d'armes nucléaires tactiques –- qu'on dénomme élégamment pré-stratégiques depuis François Mitterrand - épargnerait à nos responsables des dilemmes redoutables : le tout-ou-rien. C'est pour cette raison que nos militaires avaient vanté l'introduction sur le champ de bataille européen (potentiel) des missiles à courte portée comme le Pluton et le Hadès. Il s'agit dans le fond d'échelonner la destruction. A l'instar de la riposte graduée de l'OTAN, voici une doctrine censée convaincre les peuples que la guerre nucléaire ne serait pas totale, extrême ; qu'ils pourraient dormir tranquilles. Aussi vaudrait-il mieux avoir plusieurs cordes nucléaires à son arc, y compris des munitions nucléaires embarquées. Et puisqu'un pilote est plus maniable qu'un missile, ne laissons pas toute la force de frappe entre les mains des missiles. L'argument se veut sérieux et apaisant. Sauf que l'irréparable est plus probable lorsqu'on s'imagine que la destruction est moindre.