ATHENA21.ORG

Géopoli­tique et développe­ment durable

icone mail

PAN CHARLES DE GAULLEL’armée française est engagée depuis main­tenant une douzaine d’années dans un nom­bre gran­dis­sant d’opérations extérieures (Opex) — semble-​t-​il payantes en ter­mes de sondages — mais dont la cohérence stratégique devient de moins en moins claire. Que coûteront-​elles au final ?
Dans l’opération otani­enne en Afghanistan, décidée dans l’émoi du 11 sep­tem­bre 2001 3 600 sol­dats français ont été déployés en per­ma­nence jusqu’en 2014. A ce jour, l’engagement depuis 2001 a coûté près de 3 mil­liards d’euros pour les seules dépenses mil­i­taires et, à l’échéance de 2014, le sur­coût total lié à l’opération devrait avoisiner les 3,5 mil­liards, notent Philippe Meu­nier (UMP) et Philippe Nauche (PS).
Mais ces chiffres n’identifient que le sur­coût, soit les dépenses sup­plé­men­taires occa­sion­nées par un engage­ment extérieur (aug­men­ta­tion des sol­des, frais de trans­port, nou­veaux équipements, muni­tions con­som­mées, etc.) et les frais de retrait.
Selon Gérard Longuet, ancien min­istre de la Défense, la guerre en Libye, qui a duré env­i­ron deux cent quar­ante jours, avec un coût jour­nalier estimé à un peu plus de 1 mil­lion d’euros par jour, a donc coûté 300 mil­lions d’euros. Com­prenant le prix des muni­tions util­isées, qui représen­tent plus d’une cen­taine de mil­lions d’euros car leur con­som­ma­tion a été très forte du fait de l’absence de troupes au sol dans ce con­flit. La France effec­tu­ait encore près de 150 sor­ties aéri­ennes par semaine. Enfin, il y a les primes ver­sées aux sol­dats engagés.

Lire la suite : Les fac­tures des OPEX: c’est du lourd !

gardarem lo larzacOn croy­ait l’affaire du Larzac reléguée aux livres d’histoire. Ben non, les mil­i­tants vont repren­dre du ser­vice car l’introduction de légion­naires sur zone est de nou­veau à l’ordre du jour. Mais que dia­ble vont faire ces képis blancs pour manœu­vrer là où tout mil­i­taire fut écon­duit il y a 40 ans ?
La 13e demi brigade de la Légion étrangère — pronon­cez D-​B-​L-​E. n’a pas de chances. Après avoir ray­onné pen­dant près de 50 ans sous d’autres lat­i­tudes, elle a reçu l’ordre de sta­tion­ner dans le bourg de gar­ni­son dénommé La Cav­a­lerie au Larzac, dès cet été. Au nom d’une relo­cal­i­sa­tion des forces, 250 à 400 légion­naires sont sur le point de débar­quer dès cet été et ce chiffre va attein­dre 1 300 (mil­i­taires et per­son­nels) d’ici 2018.
Mais d’où vien­nent ces nou­veaux arrivants ? De la base d’Abou Dhabi. L’emplacement est cer­taine­ment plus exo­tique que les Causses, mais le sim­ple fait que nos chefs acceptent de se désen­gager du Golfe Per­sique mérite quelques applaud­isse­ments. Nous étions là-​bas parce que, du temps du ‘bling bling’ stratégique de Sarkozy, nous voulions asseoir une présence fran­coph­one dans une zone trop phago­cytée par l’oncle Sam. Et, par la même occa­sion, com­penser l’affront que représente la main­mise pro­gres­sive des Ricains, des Japon­ais et bien­tôt des Chi­nois sur le Camp Lemon­nier à Dji­bouti (ex-​confettis de l’Empire). Si ce rap­a­triement était le prélude à d’autres restruc­tura­tions, le Larzac devrait se pré­parer à abriter demain les troupes en prove­nance du Séné­gal, de Côte d’Ivoire, du Tchad, du Gabon, ou de Nouvelle-​Calédonie (grâce à un nou­vel accord de défense avec l’Australie), bref de toutes les bases qui nous con­fèrent un cer­tain rôle sur le plan inter­na­tional. Mais ce genre de repli sur l’Hexagone n’est pas au programme.

Lire la suite : Gar­darem Lo Larzac, encore une fois

sipriLa France est un des pays qui con­sacrent le plus de ressources aux dépenses mil­i­taires. Selon les don­nées du SIPRI (Insti­tut inter­na­tional de recherche sur la paix de Stock­holm), elle fig­u­rait en 2014 à la cinquième place mon­di­ale der­rière les Etats-​Unis, la Chine, la Russie et l’Arabie saou­dite.
La place de l’industrie d’armement dans l’économie française est impor­tante. Elle compte pour plus de 6 % des emplois de l’industrie man­u­fac­turière qui con­stitue le cœur de l’industrie. Son rôle est plus impor­tant dans cer­taines régions et bassins d’emplois : plus de 20 % des emplois indus­triels en région PACA plus de 10 % en Ile-​de-​France. En 2013, sur les 50 plus grands sites indus­triels exis­tants en France, 15 apparte­naient à des groupes engagés dans la pro­duc­tion mil­i­taire et act­ifs dans les secteurs aéro­nau­tique, naval, ter­restre ou nucléaire. Seule l’industrie auto­mo­bile fait mieux avec 17 usines classées.

La résis­tance opposée par l’industrie d’armement au délite­ment du tissu indus­triel local­isé en France est donc frappante.

Lire la suite : La pro­duc­tion d’armes : une spé­cial­ité française

missiles dans le corpsUne réflex­ion s’impose sur les mythes relat­ifs à l’arme nucléaire. L’ouvrage ‘Armes Nucléaires – 5 mythes à décon­stru­ire ’ de Ward Wil­son (pré­facé par Michel Rocard et traduit par Danièle Fayer-​Stern) que le GRIP vient de pub­lier à Brux­elles arrive à point. Je ne voudrais quant à moi en relever qu’un seul : ‘La bombe, le garant de la paix ’. Je pour­rais évidem­ment en citer d’autres : le mythe relatif au coût infime que cette arme allait représen­ter par rap­port à sa ‘force de frappe ’, sa puis­sance destruc­trice. Celui de trem­plin pour dis­poser d’un siège (ou strapon­tin) au Con­seil de Sécu­rité. Celui d’atout majeur pour être indépen­dant des blocs et coali­tions mil­i­taires, alors même que la France et le Royaume-​Uni s’accommodent fort bien d’être à la fois puis­sances nucléaires et mem­bres de l’OTAN ! Et que nul ne s’offusque à Paris ou à Lon­dres que ce soient les Etats-​Unis d’Amérique qui dis­posent du plus grand arse­nal nucléaire sur le con­ti­nent européen ! Mais je voudrais m’arrêter sur le pire d’entre eux : le mythe selon lequel l’atome ‘nous aurait évité la guerre depuis 1945 ’. Ce mythe — que des his­to­riens plus com­pé­tents que moi pour­raient aisé­ment réfuter — est le plus ravageur pour la sim­ple rai­son qu’il a rendu pos­si­ble, ici, chez nous, deux erreurs d’appréciation. Il a non seule­ment tron­qué notre his­toire depuis 45, mais il four­nit par la même occa­sion les clefs de l’impasse d’un cer­taine paci­fisme. De notre refoulé.

Lire la suite : La guerre, une réal­ité bien zappée

MISTRAL gripDans toute trans­ac­tion, tout est affaire de mar­ket­ing. Il en va de même quand il s’agit de ven­dre de la quin­cail­lerie mil­i­taire. Lorsque le vendeur se situe au 3ème rang mon­dial des marchands de canons, il est vite accusé de con­nivence fâcheuse avec n’importe quel dic­ta­teur un peu mégalo ou avec un fana­tique de la reli­gion des armes. Evidem­ment, ceci ne con­cerne pas, mais pas du tout, la livrai­son des avions de com­bat Rafale com­mandé par le maréchal Sissi au Caire. Notre sainte-​Europe qui a pro­mul­gué dès 2008 une posi­tion com­mune en matière d’exportation d’équipements mil­i­taires, n’a pas trouvé matière à con­damner le marché con­clu ou ses retombées.
Dans le cas des deux navires porte-​hélicoptères de classe Mis­tral, c’est dif­férent : y a pas moyen de s’entendre sur les bien­faits de la trans­ac­tion en cours. Voilà pourquoi deux BPC (acronymes pour Bâti­ment de Pro­jec­tion et de Com­man­de­ment) sont blo­qués à Saint-​Nazaire. Certes, ils en imposent : les dimen­sions avoisi­nent celle du porte-​avions à propul­sion nucléaire Charles de Gaulle. Que Moscou revendique ces Mis­tral pour redorer le bla­son de l’armée russe, c’est une chose, mais ce n’est pas la peine de les dia­boliser. Les pre­miers à qual­i­fier le Mis­tral de «navire de guerre » étaient les dirigeants bir­mans qui en 2008, lors du pas­sage du cyclone Nar­gis, ont car­ré­ment refusé l’acheminement de 1000 tonnes métriques d’aide human­i­taire. Navire de guerre ? En dehors de la cou­ver­ture offerte par les héli­cop­tères, le Mis­tral dis­pose d’un arse­nal de défense rel­a­tive­ment lim­ité : 2 canons de 30 mm, 4 lance-​roquettes anti-​sabotage et 2 sys­tèmes des mis­siles anti­aériens à très courte portée. Arrê­tons donc de nous faire peur. Lorsque les négo­ci­a­tions furent entamées avec nos parte­naires russes, durant l’automne 2009, notre Mis­tral était présenté comme un sim­ple ferry-​boat dépourvu de véri­ta­ble plus-​value mil­i­taire pour son éventuel acquéreur… Certes, l’égo de la Marine inter­dit qu’on le com­pare à un pédalo, mais enfin, y a-​t-​il de quoi faire trem­bler les riverains de la Mer Noire ? En cas de livrai­son, un visa serait-​il fourni aux Russes pour enflam­mer et ensanglanter les rives de la Mer Noire ? Pour dupli­quer une manœu­vre du style Forte Tem­pête que les Chi­nois avaient déclenchée en mars 2010 à l’encontre des Tibé­tains ? Restons zen : ce n’est pas le moment de se laisser per­turber par ceux – nos alliés Européens le plus otanisés - qui brouil­lent toutes les cartes, y com­pris les cartes géo­graphiques. Le Vladi­vos­tok une fois livré rejoin­dra la côte Paci­fique. La Marine russe ges­tic­ulera dans la zone pour dis­suader les Japon­ais de récupérer les îles Kouriles ; un enjeu qui devrait laisser les Baltes et les Polon­ais plutôt indifférents.

Lire la suite : Qui sème du mis­tral récolte la tempête