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MISTRAL gripDans toute transaction, tout est affaire de marketing. Il en va de même quand il s’agit de vendre de la quincaillerie militaire. Lorsque le vendeur se situe au 3ème rang mondial des marchands de canons, il est vite accusé de connivence fâcheuse avec n’importe quel dictateur un peu mégalo ou avec un fanatique de la religion des armes. Evidemment, ceci ne concerne pas, mais pas du tout, la livraison des avions de combat Rafale commandé par le maréchal Sissi au Caire. Notre sainte-Europe qui a promulgué dès 2008 une position commune en matière d’exportation d’équipements militaires, n’a pas trouvé matière à condamner le marché conclu ou ses retombées.
Dans le cas des deux navires porte-hélicoptères de classe Mistral, c’est différent : y a pas moyen de s’entendre sur les bienfaits de la transaction en cours. Voilà pourquoi deux BPC (acronymes pour Bâtiment de Projection et de Commandement) sont bloqués à Saint-Nazaire. Certes, ils en imposent : les dimensions avoisinent celle du porte-avions à propulsion nucléaire Charles de Gaulle. Que Moscou revendique ces Mistral pour redorer le blason de l’armée russe, c’est une chose, mais ce n’est pas la peine de les diaboliser. Les premiers à qualifier le Mistral de «navire de guerre » étaient les dirigeants birmans qui en 2008, lors du passage du cyclone Nargis, ont carrément refusé l’acheminement de 1000 tonnes métriques d’aide humanitaire. Navire de guerre ? En dehors de la couverture offerte par les hélicoptères, le Mistral dispose d’un arsenal de défense relativement limité : 2 canons de 30 mm, 4 lance-roquettes anti-sabotage et 2 systèmes des missiles antiaériens à très courte portée. Arrêtons donc de nous faire peur. Lorsque les négociations furent entamées avec nos partenaires russes, durant l’automne 2009, notre Mistral était présenté comme un simple ferry-boat dépourvu de véritable plus-value militaire pour son éventuel acquéreur… Certes, l’égo de la Marine interdit qu’on le compare à un pédalo, mais enfin, y a-t-il de quoi faire trembler les riverains de la Mer Noire ? En cas de livraison, un visa serait-il fourni aux Russes pour enflammer et ensanglanter les rives de la Mer Noire ? Pour dupliquer une manœuvre du style Forte Tempête que les Chinois avaient déclenchée en mars 2010 à l’encontre des Tibétains ? Restons zen : ce n’est pas le moment de se laisser perturber par ceux – nos alliés Européens le plus otanisés - qui brouillent toutes les cartes, y compris les cartes géographiques. Le Vladivostok une fois livré rejoindra la côte Pacifique. La Marine russe gesticulera dans la zone pour dissuader les Japonais de récupérer les îles Kouriles ; un enjeu qui devrait laisser les Baltes et les Polonais plutôt indifférents.

Si la finalité du navire est de projeter des forces au loin, il peut aussi projeter des secours. Vaut mieux le dire ou l’afficher. Les Mistral Vladivostok et Sébastopol sont outillés pour mener des opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU, voire des actions conjointes franco-russes pour combattre la piraterie au large des côtes somaliennes.
Pour des missions humanitaires, ou une mission d’évacuation en temps de crise, ils ont le profil. Le navire dispose d’un matos dernier cri, y compris un hôpital avec salle d’opération et 70 lits, pour assister des populations civiles en cas de besoin. De ce point de vue, le Mistral est un atout. D’ailleurs, nos interlocuteurs seraient réceptifs à ce message puisque le ministre russe de la défense occupait, il n’y a pas si longtemps, le poste de ministre des situations d’urgence.
Récolter des fonds pour racheter ce Mistral à la France et l’imposer comme icône d’une Europe de la défense paumée dans la brume d’une nouvelle guerre froide, est un vœu pieux émanant de députés à Bruxelles, qui savent bien que le boycott de la Russie a déjà coûté à l’UE plus de 21 milliards d’euros. Mais rien n’empêche de recourir demain au crowdfunding, via les réseaux sociaux, pour capitaliser les mérites d’un navire exceptionnel, capable de contribuer au choix – à une invasion humanitaire ou une paix post-conflit
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B.C. pour Charlie-Hebdo n° 1181, 'comment recycler les Mistral de Poutine, 11 mars 2015