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Les Accords de Lancaster House

ob 1a1fe2 otan et ueDeux traités de coopération en matière de défense ont été signés par David Cameron et Nicolas Sarkozy le 2 novembre. L'un concerne la création d'une force militaire expéditionnaire conjointe. L'autre vise la mise en place d'un centre d'expérimentation/simulation des armes nucléaires à Valduc.

Le nouvel accord qui vient d'être signé fait couler beaucoup d'encre. Normal. Quand les caisses de l'Etat se vident, la dissuasion nucléaire a du plomb dans l'aile. Pas facile d'externaliser les coûts, même si l'on privatise les arsenaux, à défaut de privatiser le CEA ou sa branche militaire, la Direction des Applications Militaires (DAM).

En outre, la diplomatie atomique a ses règles : faire le moindre commerce d'armement nucléaire est interdit. Sauf à destination d'un autre Etat nucléaire et reconnu comme tel par les Traités (5 Etats sur les 9 qui ont la bombe et qui ne s'en cachent pas).

Amoureux de l'uranium, enrichissez-vous !

En l'enrichissant ? Certains verront surtout dans cet accord franco-britannique sa dimension commerciale, ses retombées économiques. En effet, à force de prospecter au Gabon, au Niger, de courtiser les débutants comme les Libyens, les Marocains ou les Saoudiens, notre réputation n'est plus à faire. Avec le site de Valduc, à 34 kilomètres de Dijon, là où la DAM fabrique, recycle et régénère les têtes nucléaires, (à l'aide de tritium), nous allons sacrément agrandir cette vitrine nucléaire de la France, pour reprendre l'expression d'Alain Houpert, le maire de la commune de Salives. Il aurait pu ajouter que la vitrine rayonne déjà. A La Hague, par exemple, là où l'on retraite sous le label d'Areva le nucléaire de tous ceux qui n'en veulent pas chez eux. Cette vitrine inclura aussi bientôt le site de Bure, un peu plus à l'Est, où des déchets nucléaires autres que français pourront être enfouis dans l'argile de la Meuse. Grâce à l'accord de 'coopération scientifique en matière nucléaire', nous allons pérenniser cette exception française. En accueillant dès 2014 à Valduc des matières nucléaires et des ingénieurs britanniques chargés de simuler l'effet des explosions nucléaires. Ce qu'on était censé faire avec le Laser Mégajoule au Barp dans les Landes, un projet qui a coûté 10 milliards de dollars (sur 12 ans), grâce à un accord de coopération discret avec les Etats-Unis. Le maintien d'une 'veille scientifique' a plusieurs ressorts.

Sauvons le marin britannique !

euros-qui-tombe-du-ciel-bleuMais tout n'est pas qu'affaire de 'vitrine'. De l'autre côté de la Manche, la situation est grave. Avec les coupes prévues dans le budget de la défense, soit 8 % de réduction en l'espace de 4 ans, le renouvellement des missiles Trident n'est pas assuré. Ca fait désordre. En France, un avion de combat ne peut s'entraîner qu'un jour sur trois. Alors, pourquoi ne pas innover avec des systèmes de rotation ? Deux marines ne peuvent-elles pas se répartir des zones de déploiement en haute mer ? C'est prévu sauf que les sous-marins britanniques patrouillent peu. L'un d'entre eux vient d'échouer dans la vase en Ecosse ; d'autres ont été immobilisés (en 2000) pour inspection suite à des problèmes d'avarie ; d'autres encore, officiellement déclassés rouillent dans les ports. Le matériel français est-il plus fiable ? En tout cas, la marine nationale a chargé la DCNS d'entretenir nos 6 sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) et de nos 4 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) pour un montant d'un milliard d'euros. Pour lancer de futurs programmes d'armement, tout le monde parie sur la mise en commun de ressources. En novembre 1994, Paris et Londres avaient – déjà ! – prévu de marier leurs efforts ; mais le projet de sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de nouvelle génération n'a pas décollé. Tant pis. Pour planifier les déplacements de ces submersibles, on n'a pas fait mieux. Dommage. Un peu plus de concertation nous aurait évité le fameux carambolage du 3 ou 4 février 2009. Ce jour là, quelque part dans le golfe de Gascogne, le SNLE (*) Le Triomphant et son homologue Vanguard – équipé chacun de têtes nucléaires qui représentent la puissance de 960 fois Hiroshima chacun - sont entrés en collision, victimes paraît-il de leur extrême discrétion. Le contribuable a fait les frais (200 millions) de la réparation du sonar du Triomphant.
Et demain ? Grâce à la future force aéronavale d'attaque intégrée, les Britanniques vont bénéficier du Rafale que la France (4ème exportateur mondial) a de la peine à écouler sur le marché international. Par la même occasion, nos partenaires vont s'épargner le ridicule d'avoir à leur disposition un porte-avions ...sans avion. Des appareils de combat des deux nations pourront indifféremment embarquer sur le Charles-de-Gaulle (qui a coûté 15 milliards U$) ou sur ses équivalents britanniques, 2 à l'origine.
Jusqu'où ira cette harmonisation ? Va-t-on bricoler d'autres arrangements ? Le doigt sur la gâchette nucléaire un jour sur deux ? Un dispositif de double-clef pour s'assurer que le bouton qui déclenche la salve nucléaire soit 'appuyé' de façon concertée ? Ne spéculons pas trop. Pour l'instant, la France de Sarkozy est prête à quelques entorses à notre dissuasion qualifiée par lui d''assurance-vie', ne serait-ce que pour éviter demain à la force nucléaire (maritime) de sa Gracieuse Majesté de décrocher ; d'entonner des refrains désarmants, de déconnecter Londres du courant pacifiste européen. C'est pourquoi David Cameron et Nicolas Sarkozy ont affirmé haut et fort que cette nouvelle coopération va renforcer l'OTAN, c'est-à-dire les Etats-Unis, et tous leurs alliés et amis de par le monde. On retiendra qu'il s'agit là des 3 puissances nucléaires occidentales et que les îles Falklands (Malouines) font partie des protégés. L'accord est aussi censé contribuer à la sécurité de l'Europe, enfin de l'Union Européenne, les 27 sur les 47 du continent.
Le temps du monde fini commence' avait prédit Valéry après Hiroshima ; avec cet accord dit historique, le temps de l'identité française basée sur l'atome est-il compté ? En tout cas, rien n'est plus comment avant : Il fut un temps où développer un arsenal nucléaire se faisait envers et contre tous. Aujourd'hui, pour se maintenir sur le ring nucléaire, il faut se serrer les coudes, coopérer, dealer, mutualiser les efforts, etc. Du moins entre puissances nucléaires de second rang, qui n'ont plus les moyens de leurs ambitions, même si elles dépensent entre 60 et 70 dollars par habitant (en 2009) pour leurs arsenaux.


(*) SNLE = sous-marin lanceur d'engin à ne pas confondre avec les SNA, sous-marins nucléaire d'attaque, une confusion qui a un peu plombé 2 candidats aux présidentielles, Sarkozy et Royal.