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Géopolitique et développement durable

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Réalité ou fake news ?
MERKEL BOMBUn article du politologue Maximilian Terhalle 'Europa- und die weltweiten Krisen. Nuklearwaffen gegen Russland. Deutschland braucht Atomwaffen publié dans le Tagespiegel du 23 janvier 2017, a suscité nombre d'interrogations et de commentaires. Eine deutsche Bombe. German are debating getting their own nuclear weapon. Maximilien Terhall, professeur associé à l'université de Winchester et Senior Research Fellow de la London School of Economics. développe un thème qui jusqu'ici était réservé soit au domaine de la science-fiction, soit était le sujet le plus tabou qui put émerger dans un discours de sciences politiques ; ce tabou faisait l'unanimité non seulement dans la classe politique mais dans les médias et dans l'opinion. Un sujet dont on ne discutait même pas tant il était brûlant. Le titre de l'article lui-même aurait, il y a peu, paru tellement insensé que personne n'aurait songé à le reprendre : Deutschland braucht Atomwaffen.

Selon Terhalle, le talon d'Achille de la politique de sécurité de l'Allemagne est que la politique russe de la Chancelière, en particulier les sanctions, ne peut avoir une réelle portée que dans la mesure où elle s'appuie sur la capacité militaire des Etats-Unis. Or, le président américain veut une relation avec Moscou qui soit moins teintée de transatlantisme. Si Trump poursuit sa politique pro-russe, c'est la base de la politique de sécurité de l'Allemagne qui va s'en trouver ébranlée à cause de la disparition de la dissuasion tant conventionnelle que nucléaire de l'OTAN face à la Russie. La conclusion de l'auteur est que l'Allemagne doit posséder des armes nucléaires. Il estime que les Allemands habitués au système de sécurité dans lequel ils ont grandi n'ont pas la moindre idée de ce que signifie la sécurité stratégique dont ils bénéficient. En l’occurrence, Terhalle justifie sa position par une nouvelle analyse de la menace. Celle-ci résulterait du déséquilibre stratégique et conventionnel lié à la disparition de la dissuasion. V. Poutine exploiterait alors ce déséquilibre en sa faveur pour favoriser l'évolution d'une Europe non démocratique et s'éloignant de l'économie de marché. D'abord en Ukraine, en effaçant le trauma de 1991, selon sa définition d'un ordre de paix européen de Vladivostok jusqu’à Lisbonne.
Si l'Allemagne veut contenir la puissance de la Russie de Poutine et recouvrer sa liberté de manœuvre dans le domaine de la politique intérieure et extérieure, elle ne peut le faire que militairement et en se dotant de l’arme nucléaire. L'Histoire prouve que les Etats sont loin d'être égaux et que les petits sont soumis à la puissance des grands.
Armement NucleaireL'auteur anticipe alors la réaction négative de ses voisins si l'Allemagne voulait se doter d'armes nucléaires, ce qui ferait à coup sûr avorter le projet. Néanmoins, argumente-t-il, ce n'est pas évident. Si l’on considère les réactions euphoriques suscitées par l'engagement de l'Allemagne dans l'OTAN pour répondre à la crise ukrainienne, il n'est pas du tout sûr que les pays de l'’Europe de l'Est’ feraient opposition à un projet nucléaire allemand. Berlin n'aurait pas non plus besoin de l'accord des 27 membres de l'UE.

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Depuis 2016, le concept d'autonomie stratégique de l'Union Européenne est devenu incontournable et rencontre un premier test de crédibilité dans les débats autour de la modernisation du système de dissuasion nucléaire de l'OTAN. Ce système sera-t-il remplacé par une coopération franco-allemande ? Ou bien sera-t-il renforcé au bénéfice de l'OTAN et des États-Unis ? L'article ci-dessous analyse les enjeux de ce débat stratégique et propose quelques scénarios sur son issue possible. Ce faisant, il dessine les contours d'une stratégie européenne de désescalade nucléaire qui doit demeurer un horizon souhaitable pour penser la dénucléarisation du continent.

 
En juin 2016, la Haute Représentante pour l’Union Européenne, Federica Mogherini, a présenté les contours de “l’autonomie stratégique européenne”, véritable pièce maîtresse de la stratégie globale de l’UE. Cette présentation fut relayée en 2017 par le président Emmanuel Macron, dans son discours à l’université de la Sorbonne sur le futur de l’Europe. Un consensus semble s’établir : l’Europe est contrainte de se défendre avec ses propres moyens, à faire valoir sa propre diplomatie pour négocier et peser sur la course aux armements. Elle ne peut plus se contenter d’être une simple puissance économique, forte de son ‘soft power’. 
Ces initiatives semblent plébiscitées. D’après un sondage réalisé par la Commission européenne, entre 60 % et 80 % des citoyens (membres de l’Union) estiment que l’UE doit définir sa politique étrangère de façon indépendante de celle des États-Unis. Cette montée en puissance de l’Europe de la défense, présentée comme contrepoids à la désinvolture de Washington, comporte un risque : la résurgence d’une certaine forme de militarisme européen. Dans ce contexte, quelle place pourrait avoir la puissance nucléaire dans la stratégie globale de l’UE ? Les États-Unis envisagent en effet de moderniser ou de retirer le système de partage des armes nucléaires (‘nuclear sharing’), installé sur le sol européen pendant la Guerre Froide. Si ce système leur permet depuis 1957 de garantir la crédibilité du dispositif américain de dissuasion nucléaire, un débat s’est engagé depuis l’année dernière pour déterminer s’il devait être maintenu ou remplacé par une coopération européenne en matière nucléaire. Le couple franco-allemand ferait un bon candidat pour prendre cette lourde responsabilité, assumée aujourd'hui par l’OTAN.

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suede brochure guerre 4Entre le 28 mai et le 3 juin, les autorités suédoises expédient la brochure ‘En cas de crise ou de guerre’ à 4 millions 800.000 foyers (pour 10 millions de Suédois). Objectif ? Expliquer aux habitants comment se comporter en cas de conflit. Ce livret fournit des instructions détaillées sur les moyens de satisfaire les besoins élémentaires (trouver de l’eau et de la nourriture, se chauffer) ainsi que sur l’attitude à avoir en cas de cyberattaques.
Comme l’explique une responsable de la Swedish Civil Contingencies Agency : ‘Toute la société doit être préparée en vue d’un conflit, pas seulement l’armée’. ‘Nous n’avons pas utilisé de mots tels que ‘défense totale’ ou ‘haute alerte’ depuis 25-30 ans ou plus. Donc, les connaissances parmi les citoyens sont très faibles’, fait remarquer l’Agence. En effet, la dernière fois qu’une telle initiative a eu lieu en Suède remonte à… 1961.

Le remake d’un scénario suisse

LIVRE ROUGE DEFENSE CIVILLes instructions et conseils de la brochure suédoise de 2018 font terriblement écho aux avertissements du petit livre de couverture rouge intitulé ‘Défense Civile’, distribué à tous les ménages suisses en 1969. Dans l'esprit de la Défense nationale spirituelle, il entendait enseigner au bon peuple les rudiments du comportement à adopter pour parer toute menace extérieure sur le pays. Conçu et rédigé par l'officier d'état-major Albert Bachmann, il fut publié par le Département fédéral de Justice et Police, (le même ministère). L’accueil qui lui fut réservé n’était pas prévu : la gauche cria au scandale, des exemplaires furent brûlés devant le Palais fédéral à Berne.
Mais n’exagérons rien : ces incidents n’ont pas empêché le Département militaire (DMF) de confier à Albert Bachmann dès 1973, la réorganisation des services secrets. Quant au manuel ‘Défense civile’, il a connu le succès hors des frontières helvétiques. Il en existe par exemple des versions japonaise et égyptienne. L’Espagne fasciste du général Franco a tenté d’acheter les droits de traduction malgré l'opposition d'Albert Bachmann, le ‘James Bond de la Suisse’, (pour reprendre l'Irish Times), mort à Cork en avril 2011. 

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Cover Book PeSDC Avril2017 light

Faciliter la recherche et l’innovation technologique de la défense, planifier les achats en commun, développer la mobilité militaire… c’est bien. Inciter les pays, les industriels, les instituts de recherche à coopérer entre eux, ce peut être souhaitable. Mais cela ne fait pas en aucune façon une Europe de la défense. Et c’est même dangereux, si cela devient la seule piste d’évolution.
Un déficit d’investissement inéluctable
Qu’il y ait un déficit de financement de la défense en Europe dans les États membres, c’est un fait, un fait inéluctable. Que l’industrie européenne soit clairsemée, fragmentée, c’est aussi un fait. Mais de là à prétendre que cette consolidation industrielle permettra à la fois de consolider la robustesse de l’Europe sur la place mondiale (pour qu’elle ne soit plus seulement un instrument du soft power) et à satisfaire l’opinion publique, il y a un pas qu’il est difficile de franchir. On semble, ici, confondre l’outil et l’objectif.

Que veulent les citoyens européens ?

Certes, la sécurité et la défense européennes figurent en bonne place parmi les priorités des citoyens. Mais on ne peut pas déduire de cette assertion que les citoyens réclament une industrie de la défense forte, qui exporte des armements de façon dynamique partout dans le monde (1). Ce qu’ils réclament, surtout, c’est de la sécurité.

Lire la suite : L’Europe, quel numéro de téléphone ?

Banksi Colombe 520x245Selon Gorbatchev, (cf. Time Magazine, dès janvier 2017), le monde est saturé et dépassé par les problèmes ; les hommes politiques semblent dans la confusion et perdus. Aucun problème n’est plus urgent aujourd’hui que la militarisation de la politique et une nouvelle course aux armements. Inverser cette course doit être notre priorité numéro 1.

La situation actuelle est trop dangereuse. Davantage de troupes, de chars sont acheminés vers l’Europe. L’OTAN et les forces russes autant que des armes qui furent hier encore déployées à une certaine distance sont désormais stationnées à des distances de tir.
Tandis que les budgets nationaux se débattent pour assurer les besoins sociaux élémentaires, les dépenses militaires sont en hausse. On débloque plus aisément de l’argent pour des armes sophistiquées dont le pouvoir de destruction est comparable à celui des armes de destruction massive ; ce qui est vrai pour les sous-marins dont chacune des salves est capable de réduire à néant un continent ; ou encore des systèmes de défense antimissiles qui minent toute stabilité stratégique.
Les leaders militaires tout comme les dirigeants politiques élèvent la voix de façon de plus en plus combative et les doctrines de défense sont de plus en plus dangereuses. Les commentaires et les personnalités des médias s’invitent à ce chœur belliqueux. On a vraiment l’impression que le monde se prépare pour la guerre.

Cela aurait pu se passer autrement

Lire la suite : Un spectre hante l’Europe : la peur