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Géopolitique et développement durable

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MGiranSacré Michel ! Grâce à une séance homérique de hataha yoga au milieu de la caserne de Limoges durant 3 jours, il est parvenu à échapper au service militaire.Pour se mettre au service d’autres causes...

On en parlait souvent le samedi matin, au café des ‘Philosophes’ (Paris 11ème, près de Nation) et avec humour. D’où les 'nains de jardin' ; car Michel ne se prenait pas au sérieux. A propos des idées reçues que nous combattions, à propos des idées reçues sur la guerre et la paix, il faisait remarquer : mais enfin, Ben, si on les a reçus, cherchons à savoir qui nous les a donnés ?!
Le 21 décembre 2012, il était témoin à notre mariage, de Sylvie et moi. Sous la rubrique profession, il avait inscrit : ‘Tisseur de liens’. C’est ainsi qu’il aimait se présenter. Tisseur de liens, quel beau métier !
ORDI MGParmi les causes qu’il voulait défendre, Internet était la priorité.
Oui, Internet qui connecte les hommes pour le meilleur et pour le pire. Cette cause, il l’avait épousée de façon cosmique. C’était pour lui la matérialisation de ce désir d'unité qui existe chez la majorité des hommes et des femmes de bonne volonté. Et quel bilan ? "J'ai fait l'autre jour un calcul approximatif, écrivait-il : Cela représente environ 20 millions de visiteurs en 20 ans sur mes divers contenus ...avec une moyenne de 5 pages vues par visiteur". Et n’allez donc pas dire que la génération post-68 n’a rien fait !
NAIN de JARDIN mg

Des Nains de Jardin aux Frères de l'Espace

Ce tisseur de liens voulait être relié aux Terriens et aux autres. Au cosmos. Ses lectures de Vladimir Vernadsky, théoricien de la biosphère ont aidé. Parmi ses inspirateurs, il y a eu aussi l’astronome Carl Sagan et son programme sur l’intelligence extra-terrestre. 
D’ailleurs, dans l’un de ses derniers messages en provenance de l’institut Paoli Calmettes, Michel tente de prévoir la suite ..ou le matin...pour laquelle il se prépare : Sortie prévue avant l'arrivée de mes Frères de l'Espace ? Pas sûr !
Pas sûr en effet.
Pas sûr qu’il y aura demain l’avènement d’un ministre des Finances Honnêtes,
Pas sûr de connaître bientôt un ministère français de la Méditation, (comme il en existe en Inde
Ou l’équivalent français du Barefoot College qu’il a connu et nous a fait connaître à travers son fondateur Bunker Roy
Ou encore la création d’un fond pour les causes qui ne sont pas perdues pour tout le monde.
De toute façon..., comme aurait chanté avant lui John Lennon
You may say I'm a dreamer
But I'm not the only one ...
I hope someday you'll join us
And the world will be as one.

B.C., Vidauban, le 26 août 2017.

 

 

BarRILLOT expertBruno Barrillot, né le 9 avril 1940 à Lyon, a rendu son dernier souffle à l’hôpital du Taaone des suites d’une longue maladie. Comme le titre ‘TahitiNews’ le 26 mars : ‘Un homme de paix et de justice vient de nous quitter’.
Ce combattant pour la justice, la paix et…la vérité a eu un sacré parcours ! Du groupe ‘Objections en monde rural’ qu’il accompagna alors comme aumônier du MRJC (Mouvement rural de la jeunesse chrétienne) ; à ce renvoi collectif de papiers militaires auquel il participa en 1978 pour marquer son engagement aux côtés des objecteurs de conscience en proie à la répression….jusqu'à son poste de délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires. Un poste qu'il occupait déjà de 2009 à 2013, puis de nouveau depuis 2016. Un parcours de chercheur (aussi), avec des études sur les questions de défense au milieu des années 80. Dans le mémoire qu’il soutient à Lyon, il ne cède pas à la facilité. Il pointe l'embarras peu courageux de l’Eglise catholique à se positionner face à ce qu’on appelle alors la ‘menace nucléaire’. Dans la lettre pastorale intitulée ‘Gagner la paix’ (La Documentation catholique, 4 décembre 1983, n° 1863), où la dissuasion française est présentée comme un moindre mal, les évêques se montrent plutôt trop compréhensifs vis-à-vis de la politique de défense occidentale, cautionnent la realpolitik du Vatican, notamment au sujet de la dissuasion nucléaire ; et ce sera pour Bruno un motif de rupture.
LIVRE audit barrillotAu printemps 1984, Bruno B fait partie des inspirateurs et fondateurs (avec Patrice Bouveret et Jean-Luc Thierry) du Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits à Lyon, le CDRPC qui sera rebaptisé à partir dès 2008 Observatoire des armements. Si la critique des essais nucléaires sera un axe central de son action, il fera bénéficier beaucoup de monde de ses recherches : que ce soit sur le tritium à Valduc, (le premier rapport sur les déchets nucléaires militaires), le scandale du combustible usé des sous-marins (SNA) dans le port de Toulon (avec Greenpeace) et aussi le coût du programme des sous-marins SNLE de la génération ‘Le Triomphant. On lui doit la seule étude sérieuse et non partisane sur le coût global de l’armement nucléaire français, l’Audit Atomique

Bruno B. contribue à la mise en place en 1991 du collectif Stop Essais ! et de son bulletin mensuel. Dès le premier numéro daté de février 1991, il évoque les conséquences sanitaires et environnementales des tirs sur Moruroa et Fangataufa. Deux séjours en 1990 et 1995 en Polynésie chez Bengt et Marie-Thérèse Danielsson (qui recevront en 1991, le prix Right Livelihood, plus connu dans le monde francophone sous le nom de Prix Nobel Alternatif) lui donnent l’occasion de vérifier la valeur des témoignages recueillis par des médecins pour le compte de Greenpeace. A partir de là, il estime de son devoir de travailler sur les conséquences de ces essais pour les populations polynésiennes et algériennes à qui on n’avait rien demandé et à qui on avait menti. (tout comme on avait menti aux militaires qui étaient embauchés sur les sites). Le chercheur bienveillant dénonce, interpelle, tisse patiemment un réseau, pour que ‘Vérité et Justice’ soient rendues aux victimes des essais nucléaires. Grâce à Bruno et à Toshiki Mashimo, l’ONG Gensuikin (Japan Congress against A and H Bombs fut en mesure d’organiser en 2002 une conférence internationale qui a réuni des Hibakusha d’Algérie et de Polynésie. Son travail méticuleux d’investigation est à l’origine de la loi du 5 janvier 2010, dite loi Morin en faveur des victimes des essais nucléaires, une loi que les autorités ont tenté de manier à leur fin.
irradies150Le Nuclear Free Futur Award qui lui est décerné en 2010, viendra honorer son engagement.
Bruno B., engagé aux côtés des victimes et de leurs familles, désire plus que tout que soit édifié un centre de mémoire du nucléaire dans le Pacifique, un mémorial sur le modèle de celui qui fut érigé pour les Hibakusha. Ce projet lui tient à coeur mais Bruno B. n’en verra pas l'aboutissement. Comme le confia récemment le président de Moruroa e Tatou Roland Oldham "Je m'en veux, j'en veux au gouvernement, et un peu aussi aux Polynésiens. Nous n'avons pas assez jugé de l’utilité de ce projet, (...). Et, les gouvernements successifs n'ont pas su le concrétiser. C'est une catastrophe". En effet, faire la lumière sur cette part d'ombre de l'Histoire en honorant les victimes n'aura pas été un long fleuve tranquille. "Ce centre de la mémoire doit être financé par l'Etat, comme annoncé par François Hollande lors d’une récente visite : ce sera un musée où les écoles pourront venir s'informer, et je suis sûr que ça intéressera aussi les touristes" affirme avec un sourire Bruno Barrillot, lors des 50 ans du premier essai nucléaire à Moruroa ; mais "l'Etat joue la montre en attendant que les anciens travailleurs des sites nucléaires décèdent" comme le rapporte Roland Oldham.essais atomiques francais paris papetee Polynesie
JOHN DOOM et BRUNOLa disparition de Bruno B provoque un vide, tout comme celui du chercheur (du CIRPES) Jean-Paul Hébert et de John Doom, celui qui avait insisté pour que Hervé OTT intervienne comme formateur auprès de l’église évangélique de Polynésie en 1993-1994.

Tous ceux qui agissent au jour le jour pour que soient évaluées avec lucidité et exactitude les conséquences humaines, sanitaires, environnementales des expérimentations des munitions nucléaires de la "force de frappe", et pour que soit reconnu le droit des victimes pourront s’appuyer sur les investigations que Bruno a menées (aussi à Reggane et in Ekker). Ils pourront se référer aux ouvrages, rapports et articles qu’il a rédigés, aux documentaires (radios et télés) auxquels il a contribué (de France-Culture à France3) et ceux qu'il a inspirés. 
Les amis de Bruno en France, en Polynésie et ailleurs, tout comme ceux qui ne partageaient pas forcément ses idées lui sont ou seront reconnaissants ; d’avoir œuvré avec modestie, tenacité et intégrité pour faire émerger la réalité destructrice des essais atomiques français et les conséquences d’une bombe coloniale…bâchée par le tabou et le déni.
POLYNESIE MEMORIALL’avenir ? Dans l’ouvrage ‘Tahiti après la bombe’ publié en 1995 aux éditions L’Harmattan, le professeur Jean Chesneaux avait esquissé quelques traits : ‘Selon Gaston Flosse, (le même Flosse qui a démis Bruno de ses fonctions en 2013), le Territoire est menacé d'un cyclone économique et social si le Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) est mis en sommeil’. Mais pas seulement.
Pour Jean Chesneaux, la situation de ‘l'après CEP’ mérite quelques réflexions. Il prédisait il y a 22 ans : ‘La Polynésie rencontre peut-être, à la faveur de la nouvelle donne géopolitique mondiale (…) un moment de vérité qu'il lui faut saisir et mettre à profit.’
Inhumé à Papeari auprès de son ami et frère en résistance John Doom, Bruno va donc demeurer sur sa terre d’adoption, cette terre meurtrie pour laquelle il s’est battu comme un juste. 

Ben Cramer

 

 

 

5718 02 kutepova 2010Pour ne pas se fâcher avec Obama, Hollande a refusé d’accorder l’asile à Snowden. Soit. Et demain, pour ne pas fâcher Poutine, est ce que ce sera au tour de Nadejda Koutepova ?

N.K. Pour m’épargner 12 années de prison - la peine requise pour espionnage industriel- j’ai décidé de quitter la Russie cet été. Le 7 juillet 2015, j’ai débarqué à Paris, avec mes trois enfants sous les bras. J’ai demandé l'asile politique le 2 octobre.
Q. Tu dirigeais une ONG plutôt suspecte qui s’appelait « Planète des Espoirs » ?
N.K : Non, Planeta nadejd, Planète de l’Espoir. Et non pas Pas ‘planète desespoirs’… En mettant cette expression au pluriel, cela veut dire exactement le contraire. Faut se méfier de la langue française !
J’ai créé cette association il y a 15 ans. Mais chez nous, toute ONG qui s’implique dans des enjeux locaux et reçoit des soutiens financiers d’ailleurs est mal barrée. La nouvelle loi que Poutine a sortie en 2012 autorise le fisc de réclamer des milliers d’euros pour “non-paiement d’impôts sur les bénéfices”. Elle te condamne si tu ne paies pas. Depuis le mois d’avril de cette année, je suis listée en tant qu’'agent de l’étranger'. Au mois de mai, des chaînes de télévision ont mené une campagne contre moi avec reportage à mon domicile. J’ai dissous l’association.
Q. Rappelle-nous les objectifs de cette association….
N.K. Pour moi et mon équipe, il s’agissait de venir en aide aux victimes de la contamination radioactive. A l’origine, si j’ai d’abord été mannequin puis infirmière, j’ai fait ensuite des études de sociologie dans l’Oural, à Ekaterinbourg, et j’avais de bonnes raisons de m’intéresser aux victimes du nucléaire.
Je suis née en 1972 à Ozersk…du côté de Mayak, à 1000 km à vol d’oiseau de Moscou. Mon lieu de ma naissance se dénommait Tcheliabinsk-40 dès 1966 puis, jusqu'en 1994 Tcheliabinsk-65. Le chiffre n’est pas un code, c’est celui du code postal accolé au nom de la ville la plus proche. Ma grand-mère, ingénieure chimiste, que je n’ai pas connue, est morte d’un cancer en 1965. Mon père, 20 ans plus tard, d’un cancer intestinal. Sa mort est liée au travail qu’il a mené en tant que jeune membre des Komsomols dans un bataillon de liquidateurs pour tenter de secourir les victimes de l’accident de Kychtym. Kychtim ne dit peut-être rien aux lecteurs. C’est moins connu que Tchernobyl ou Fukushima, et pourtant…En 1957, 80 tonnes de déchets radioactifs prennent feu dans le centre de stockage à 15 km de Tcheliabinsk. Le nuage radioactif affecte près de 300 000 personnes, sur 23 000 km²... Vingt-deux villages sont évacués. Quant à moi, à la fin des années 90, je réalise que toute la zone est radioactive et en même temps que la population locale continue de cueillir des champignons et de pêcher au bord de la rivière (Techa) comme si de rien n’était.
Q . : Il a fallu attendre les années 80 pour que le drame de l’explosion - 6 sur l’échelle d’INES - soit reconnu. Mais si j'ai bien compris, ...pas vraiment ?
N.K. : Dans cette zone où les autorités font tout pour maintenir l’omerta, on m’a fait comprendre dès 2004 que mes recherches sociologiques pouvaient me coûter cher…, mais comme j’avais suivi des cours de droit, j’ai offert gratuitement mes conseils juridiques aux habitants de ces zones parmi les plus contaminées du monde. Nous nous sommes battus pour obtenir que le vrai lieu de naissance figure sur les cartes d’identité, que ce soit marqué quelque part dans les papiers officiels. Ca a l’air de rien, mais si tu tombes malade, en raison par exemple de ta localisation dans une zone à risques, il faut que tu puisses prouver d’où tu viens. Si tu ne peux rien prouver, qui va te prendre au sérieux, s’intéresser à ton cas, te dédommager… ? En cas de catastrophe nucléaire, dans un lieu qui n’existe pas, où sont les victimes ?! Même Orwell n’y avait pas pensé…

Lire la suite : Nadejda Koutepova

onusite160INES ou International Network of Engineers and Scientists for Global Responsibility a été fondé à Berlin en novembre 1991. C’est un réseau international multidisciplinaire créé dans le but d’encourager la communication entre scientifiques et ingénieurs qui cherchent à promouvoir la paix et la sécurité générale, la justice et le développement en vue d’une utilisation responsable de la science et de la technologie.
INES a publié deux études qui méritent d’être connues. Une étude du Professeur F. Schmidt (Allemagne) qui concerne la nécessité de mettre au point un ‘équivalent monétaire’ (currency equivalent) pour les dépenses écologiques. Il faut pouvoir chiffrer tout ce qui concerne les économies à attendre de la conservation/préservation de l’environnement. Une étude relative aux activités de l’International Network of Engineers and Scientists against proliferation ou INESAP. Il s’agit de la prolifération de armes, surtout nucléaires : prolifération horizontale (de nation à nation) ou verticale (dans un même pays).

 

We all know that science and technology are most important moving forces of modern societal development since the age of the enlightenment of the 17th and 18th century. This development is most impressive, indeed, and we are proud of it. But this development has, as we all know, a severe fault. It is not sustainable and connected with more and more and increasing risks. Science and technology are more involved in producing risks than in recognizing or even preventing dangers. But the proper aim of science is to produce knowledge. This role of science is generally esteemed to be constitutive of what is called the knowledge society, which is now proclaimed and prospected. That means that science is considered to be fundamental to our modern society.

Lire la suite : INES - The Urgent Need of Whistleblowing

jean marie mullerSi le lecteur croit, à partir du titre, qu'il va trouver un ènième pamphlet contre la bombe, qu'il se rassure vite : Jean-Marie Muller connaît les refrains des apôtres de l'atome et les connaît suffisamment pour pouvoir démonter toute la musique
La dissuasion ? Certes, c'est une sacrée construction intellectuelle. « : A la différence de la pile Wonder, qui ne s'use que si l'on s'en sert, la dissuasion nucléaire ne sert que si l'on ne s'en sert pas » ironise Muller. A partir de ce paradoxe, le militant de la non-violence, qui peut s'honorer d'avoir écrit le premier pavé sur la dissuasion civile, mène en moins de 200 pages son opération de « libération ». Le combat n'est pas gagné d'avance : primo, cela fait partie de l'identité nationale. Cela colle à la peau des Français. Ils ont intériorisé l'idée que la possession de cette force de frappe mystifiée apporte un surcroît de grandeur, de rayonnement. Secundo, face à une telle addiction, les raisonnements les plus rationnels sont les moins audibles. C'est à cause de toute cette complexité et/ou malgré elle que Muller prend sa plume à la façon d'un avocat déterminé à 'balancer' avec brio son plaidoyer. Cette audace est-elle payante ? En tout cas, l'actualité s'y prête et à plus d'un titre. D'abord, l'establishment militaire dans sa grande majorité est d'accord pour admettre que nos dirigeants seraient incapables aujourd'hui d'embarquer les Français dans une aventure nucléaire, comme ils l'ont fait (avec ruse, dissimulation, bluff et camouflage) dans les années 50.
D'autre part, l'épiscopat français qui a souscrit à cette idéologie païenne dès novembre 1983 dans le document « Gagner la Paix » en la qualifiant de « moindre mal » - , est plus disposé que jamais à réactualiser son discours.

Lire la suite : Jean-Marie Muller, apôtre du désarmement nucléaire