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Géopolitique et développement durable

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MEN and MISSILESPeut-on dire que le Traité d'interdiction des armes nucléaires, ouvert à la signature le mercredi 20 septembre 2017 constitue un pas décisif vers la réalisation de cet objectif ? Compte tenu de l'importance du sujet, la cérémonie qui a eu lieu à New York, en présence du secrétaire général de l'ONU, aurait dû donner lieu à une fête planétaire. Or, cet événement fut accueilli presque dans l'indifférence. Cinquante Etats seulement, dont l'Algérie ont signé le traité, soit environ le quart des Etats membres de l'ONU, et en l'absence de tous les Etats nucléarisés. A titre de comparaison, le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Ticen, plus connu sous le sigle anglais CTBT ou comprehensive test ban treaty) avait fait le plein des signatures, en septembre 1996. Il avait recueilli en premier lieu celles des Etats dotés d'armes nucléaires de juré (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) et d'Israël (qui ne l'a pas encore ratifié). Ne manquaient à l'appel que l'Inde, opposant déterminé du CTBT, la Libye (?) et le Bhutan (qui est un protectorat indien). Pourquoi la cérémonie de signature n'a-t-elle pas mobilisé les foules comme on aurait pu s'y attendre en pareil cas à l'ONU, surtout que toute la planète était réunie à New York pour l'ouverture, la veille, de la session annuelle de l'Assemblée Générale ?

Rétrospective

Pour situer le nouveau traité dans son contexte, il convient de revenir un peu en arrière. Outre que la mise en oeuvre des instruments juridiques existants n'est pas satisfaisante, l'architecture juridique de la non-prolifération et du désarmement demeure incomplète. 

Non proliferation et désarmement

ONU ASSEMBLEE GENERALEPour que la non-prolifération et le désarmement atteignent l'irréversibilité, d'autres instruments doivent entrer en vigueur. Or, ils n'ont même pas encore été négocié : 

-un traité d'interdiction des matières fissiles (dit ‘cut-off) servant à la fabrication des armes nucléaires. Le lancement des négociations se heurte au refus des Etats dotés d’armes nucléaires (NWS) de jure et de facto d'inclure les stocks existants dans cet instrument. Or, lesdits stocks permettraient de fabriquer plusieurs dizaines de milliers de bombes.
-un traité sur les garanties négatives de sécurité qu'accorderaient les Etats dotes d’armes nucléaires (NWS) aux Etats non dotés de l'arme nucléaire (NNWS) pour compenser leur renonciation volontaire aux armes nucléaires. Il a toujours été rejeté par les puissances nucléaires pour préserver leur pouvoir de dissuasion.
-Un traité d'interdiction des armes nucléaires qui serait la clé de voûte de tout l'édifice de la non-prolifération et du désarmement. Sa négociation a toujours été rejetée par les Edan qui refusent d'appliquer l'article VI du TNP lequel constitue le seul engagement multilatéral en matière de désarmement. C'est ce traité qui a été adopté par l'Assemblée générale et ouvert à la signature, au Palais de verre de Manhattan, le 20 septembre 2017. (2)
Processus de négociation du Traité d'interdiction des armes nucléaires
Sans remonter plus loin dans le temps, il convient de rappeler qu'un Traité d’interdiction a été initié le 23 décembre 2016 lorsque l'Assemblée générale a décidé d'organiser, en 2017, une conférence des Nations unies pour la négociation d'un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète (résolution 71/258) (1). Le coup d'envoi fut donné le 27 mars 2017. Le jour-même, lors d'une conférence de presse, les Etats-Unis, suivis aussitôt de la France, s'opposèrent au processus engagé par les Nations unies. Ils douchèrent les ambitions des promoteurs du projet qui se recrutent essentiellement parmi les pays en voie de développement. Le processus suivit, néanmoins, son cours, porté par les ONG, jusqu'à la cérémonie de signature du 20 septembre 2017.

Lire la suite : Interdire les armes nucléaires ? L’exercice est un tir à blanc

BUREAUde VOTEMême si la guerre fait moins rêver les foules que la paix, même si le chemin vers l’Elysée est un chemin de croix, et pas uniquement pour Fillon, tous les prétendants (ou presque) ont bien d’autres chats à fouetter que le désarmement.
Marine Le Pen veut désarmer Macron. Hamon peine à désarmer Mélenchon. Mais pour le reste ? Nos candidats-vedettes ne préconisent pas la croissance zéro des efforts militaires. Ceux qui nous promettent le ‘changement’ ou ‘l’alternance’ ont la fâcheuse manie de se référer aux principes trop classiques de la dissuasion nucléaire, alors que ceux-ci furent conçus durant la guerre froide et ne se justifient pas 25 ans après. Ceux qui nous proposent une nouvelle constitution et une VIème République ont juste omis de revoir leur copie, alors que la Vème République et la force de frappe sont idéologiquement liées.
Si l’on regarde attentivement les programmes de défense de nos candidats, ils sont tous d’accord pour dire qu’il ne faut pas ‘baisser la garde’. Quelle unanimité !
Dans l’apprentissage du métier de président-chef-des-armées, disposer de nerfs d’acier face au bouton nucléaire dans le PC Jupiter ne suffit pas. Faut connaître les ‘fondamentaux’. Faut savoir par exemple que la guerre tue. Que le terrorisme tue aussi. Qu’une attaque terroriste ne signifie pas que le pays est en guerre. Reste maintenant, concrètement, à ne pas se planter sur le nombre exact de nos sous-marins nucléaires, et faire le distingo entre SNA(*) et SNLE (**) En 2007, Sarko et Ségolène Royal avaient échoué au test, en direct à l’antenne…

Lire la suite : Présidentielles : le ‘vivre ensemble’ avec la bombe

 

ELYSEE 2017Un programme présidentiel qui ferait l’impasse sur les enjeux internationaux serait aussi dénué de sens qu’une maison sans fenêtres, qu’un cavalier sans monture.
S'il est normal et, bien sûr, nécessaire que les candidats à la présidence de la République formulent leur programme en matière économique et sociale, âge de la retraite, nombre de fonctionnaires, durée du travail, fiscalité, minima sociaux, il est assez surprenant qu'ils n’aient rien à dire ou presque sur ce qui est pourtant de la compétence exclusive et essentielle du Président en vertu de l'article 15 de la Constitution : ‘Le président de la République est le chef des armées’ .

Le futur chef des armées, devrait intégrer le fait que les questions de guerre et de paix ne peuvent se restreindre aux rapports de la France avec la Russie de Poutine, ou les rapports avec Berlin...le partenariat stratégique avec l'Australie, la politique à l'égard de l'Arctique avec un Groenland indépendant ....Pour ne pas se planter d’époque et pour ratisser au-delà de sa chapelle, le candidat 2017 serait bien avisé de suivre les conseils qui suivent : 

Lire la suite : Présidentielles 2017 : Yes, We should! 

changer mondeFace au dérèglement géopolitique auquel l’électeur lambda peut assister, certaines questions s'imposent dans la mesure où le temps est venu d'axer la campagne présidentielle (2017) sur les enjeux internationaux et les enjeux de guerre et de paix. 
1 – L'OTAN veut rejouer la guerre froide  - Derrière cette question - Va-t-on se coltiner ici, en Europe, les conséquences d’une nouvelle guerre froide ? – s’en profilent beaucoup d’autres, notamment au sujet d’Alzheimer, c’est-à-dire les leçons qui ont malencontreusement échappé à certains suite à l'effondrement du Mur de Berlin il y a un quart de siècle. Cherchons l’erreur !
Humilier la Russie (ex-URSS-CEI) sous prétexte qu’elle avait officiellement 'perdu' la guerre froide, n’était pas la meilleure stratégie à adopter pour assurer l’avenir des relations pan-européennes, la relance d’une institution comme OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) en hibernation prolongée, la mutation du partenariat transatlantique symbolisé par des parapluies nucléaires aussi fiables que Trump, bref, troués et perméables. 
Dans ce décor, avec en arrière-fond un cloisonnement ‘comme au bon vieux temps du Mur de Berlin', il est sain et digne du principe de précaution de désigner les coupables, ceux ont préféré réarmer, se blinder, élargir les prétentions de l'Organisation du Traité l’Atlantique Nord (OTAN) afin que celle-ci se charge de tout sauf de …l’Atlantique Nord ! Parmi leurs complices,

Lire la suite : Guerres et Paix et …Présidentielles

Image victimeA menace globale il faut une riposte globale, déclare un responsable tunisien après les attentats de Tunis venant après ceux de Paris, de Copenhague, de Tunis... Certes, mais encore faut-il ne pas se tromper de menace si l’on ne veut pas que la riposte soit inadaptée ou pire contre-productive. Car si à l’évidence, nous sommes en présence d’un conflit mondial qui peut toucher n’importe quel pays à n’importe quel moment, qui concerne tout autant l’échelle planétaire que l’échelle locale de nos cités, il y a deux approches radicalement différentes de l’analyse et de la stratégie à mettre en œuvre.
La première est celle de la guerre de civilisation théorisée il y a quelques années par le penseur conservateur américain Samuel Huntington. C’est celle qui a conduit le gouvernement Bush à réagir par la guerre, le mensonge, la torture, et la restriction massive des droits à travers le Patriot Act.
Cette logique, si elle s’imposait aujourd’hui en Europe, nous mènerait droit vers des régressions comparables ou même pires et pourrait devenir source de guerre civile, ce qui signerait d’ailleurs la victoire de la logique terroriste dont c’est l’objectif à terme.
rose and bullets exlarge 169L’autre voie c’est au contraire celle qu’avait indiquée le Premier Ministre norvégien après l’attentat meurtrier d’un fanatique d’extrême droite dans l’ile d’Utoya en juillet 2011 : "J’ai un message pour celui qui nous a attaqués et pour ceux qui sont derrière tout ça : vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur (...) Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, d’ouverture et de tolérance." Cette seconde voie est celle de la logique de vie, du dialogue de civilisation, du refus de confondre violence et conflit. C’est celle de la Liberté face aux régressions sécuritaires, de l’égalité face à l’explosion des inégalités et bien sûr de la fraternité, cette grande oubliée de la République, face aux fanatismes et aux racismes de toute nature.
Tel est l’enjeu de ce conflit mondial qui n’est pas pour autant une guerre mondiale car son objet est précisément, dans un travail sur la paix, de substituer la logique du conflit entre adversaires à celle de la violence entre ennemis.

Lire la suite : P. Viveret : 'Ne nous trompons pas de menaces !'