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Géopolitique et développement durable

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BARRY COMMONER bBarry Commoner a rendu son dernier souffle (à 95 ans) le 30 septembre 2012, à New York, sa ville natale. Les hommages à la mémoire du professeur vont raviver opportunément la figure et le message de cet éminent scientifique non-conformiste qui, plus que tout autre, et en avance sur son temps, contribua à fonder l'écologie politique. Il a initié l'attitude de veille critique vis-à-vis des "techno-sciences" de la société industrielle avancée. Contrairement aux hippies qui rejetèrent en bloc les sciences modernes issues de la révolution scientifique de l'Europe des "temps modernes", Barry Commoner développa un genre de critique théorique et pratique qu'on peut appeler "scientifico-critique", car c'est au nom même de "l'intégrité de la science" qu'il s'en prenait à l'épistémologie dominante et au complexe scientifico-militaro-industriel.

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pierartAh Pierre, j'aurais voulu que tu sois parmi nous ces jours-ci. Pourquoi ? Parce qu'il est beaucoup question de faire figurer l'atoll de Bikini sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Evidemment, les Français en dissertent moins que des sites d'Albi et de l'île de la Réunion. Tu ironiserais volontiers là-dessus, mais quand même : d'une certaine façon, les consciences bougent. Un débat est enclenché ces jours-ci sur la raison d'être de la guerre en Afghanistan, un autre via les médias, aux Etats-Unis même, par rapport au 65ème commémoration des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. D'ailleurs, tu sais ?, C'est en pensant aux deux villes martyres de l'atome (l'Occident n'en retient qu'une de préférence, comme par hasard) que je repense à la dernière fois que je t'ai vu à Mons. C'était, oui, pour célébrer cet évènement. L'un de ceux que tu avais pris au sérieux. L'un de ceux qui nous permet de « penser l'impensable »

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FREUD EINSTEINCher Monsieur Einstein,

En apprenant que vous aviez l’intention de m’inviter à un échange de vues sur un sujet auquel vous accordez votre intérêt et qui vous semble mériter aussi l’attention d’autres personnes, je n’ai pas hésité à me prêter à cet entretien. Je présumais que vous choisiriez un problème qui fût aux confins de ce que l’on peut connaître aujourd’hui, et auquel nous pussions l’un et l’autre, le physicien et le psychologue, accéder chacun par sa propre voie, de manière à nous rencontrer sur le même terrain, tout en partant de régions différentes. Aussi m’avez-vous surpris en me posant la question de savoir ce que l’on peut faire pour libérer les humains de la menace de la guerre. J’ai été tout d’abord effrayé de mon — j’allais dire notre — incompétence, car je voyais là une tâche pratique dont l’apanage revenait aux hommes d’Etat. Mais je me suis rendu compte que vous n’aviez pas soulevé la question en tant qu’homme de science et physicien, mais comme ami des humains, répondant à l’invitation de la Société des Nations, tel l’explorateur Fridtjof Nansen lorsqu’il entreprit de venir en aide aux affamés et aux victimes de la guerre mondiale, privés de patrie. Je réfléchis aussi que l’on n’attendait pas de moi l’énoncé de propositions pratiques, mais que j’avais simplement à exposer le problème de la sauvegarde de la paix, à la lumière de l’examen psychologique.
Mais là-dessus encore, vous avez dit l’essentiel dans votre lettre et vous m’avez du même coup pris le vent de mes voiles, mais je me prête volontiers à voguer dans votre sillage et je me contenterai de confirmer ce que vous avancez, tout en y apportant mes digressions, au plus près de mes connaissances — ou de mes conjectures.
Vous commencez par poser la question entre droit et force. C’est là, assurément, le juste point de départ de notre enquête. Puis-je me permettre de substituer au mot force le terme plus incisif et dur de violence ? Droit et violence sont actuellement pour nous des antinomies. Il est facile de montrer que l’un est dérivé de l’autre, et si nous remontons aux origines primitives pour examiner de quelle manière le phénomène s’est produit tout d’abord, la solution du problème nous apparaît sans difficulté. Si, dans ce qui va suivre, vous me voyez exposer comme au tant d’éléments nouveaux, des faits généralement connus et reconnus, vous me le pardonnerez la filiation des données m’y obligeait.

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ANDREE-MICHEL 'Andrée M. considère la sociologie comme une arme, une arme au service de tous et de toutes. Au service de ces minorités, ces catégories, ignorées, méprisées, exploitées, sous-représentées si nombreuses ; parmi elles, les travailleurs manuels, les peuples colonisés, les femmes. Pour ces dernières, elle ajouterait volontiers 'mâl-représentées'. Andrée Michel a été de tous les combats (et d'abord contre la guerre d'Algérie). Le combat antimilitariste est aussi et surtout un combat de femmes car, explique la sociologue, docteure d'Etat de l'université de Paris, l'armée est une composante du système patriarcal.

Avec l'aventure nucléaire française que la IVe République a échafaudée et mise en selle, Andrée y détecte ce délire de grandeur des hommes qui prétendent concurrencer Dieu. (mythe prométhéen). A l'image de son amie Solange Fernex, elle saura lier combat féministe et combat pacifiste. En 1990, elle crée le réseau 'Citoyennes pour la paix' et découvre alors, non sans amertume, que les féministes les plus en pointe se sont ralliées à la cause de François Mitterrand. Le compromis politicard est vécu comme une trahison. Qu'importe, la déception ne mérite pas l'inaction. Nous sommes à la veille de la première guerre d'Irak. Mitterrand dépêche un porte-avions en Mer Rouge. Alors, Andrée se lance dans la course aux pétitions, aux signatures. A la suite d'une lettre ouverte au Président Mitterrand, Andrée reçoit le soutien de féministes arabes ; ce sont elles qui montent l'opération 'Un bateau pour la paix'

Ce bateau veut apporter un soutien alimentaire aux enfants victimes de l'embargo qui frappe l'Irak. L'embarcation de fortune – dont l'épopée fera la 'une' de journaux internationaux - quitte Alger à destination de Bassorah. Andrée décide de rejoindre l'équipage pacifiste et embarque à Tunis. La seule française à bord ! Plus tard, elle rencontrera l'écrivaine irakienne Nassra Al Satoum ; et pour que le récit soit connu ici, elle lui trouvera un éditeur.
Le combat contre le complexe militaro-industriel a valu à Andrée une réputation qui dépasse les frontières. (2) Le livre 'Surarmement, Pouvoirs , Démocratie, Harmattan, 1995) est un pavé. Ces 400 pages n'ont pas perdu de leur pertinence, même si les chiffres devraient être révisés à la hausse. Le seul problème, c'est qu'il n'est pas d'un accès facile. C'"est d'ailleurs pourquoi Andrée va décider de publier une version simplifiée et illustrée par une dessinatrice de talent, Floh : il s'agit de Citoyennes Militairement incorrectes (Harmattan, 1999)

has the world gone mad Le nombre d'ouvrages publiés ? A défaut d'en faire l'inventaire, Andrée ajoute avec un zeste de modestie "Oh, une vingtaine environ". Le listing exact ne compte pas. Après avoir pondu deux tomes sur la condition de la femme aujourd'hui, les Presses Universitaires de France lui proposent de rédiger un 'Que sais-je?' sur le féminisme. Elle accepte. Il se vendra bien puisqu'il en est à sa 8ème édition.

Andrée Michel méritait bien cette reconnaissance puisqu'elle est la première à avoir créé au sein du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), une unité de recherche sur le rôle des sexes (1), de la famille et du développement humain.
Si vous lui demandez sa nationalité, Andrée M. répond volontiers : je suis citoyenne de la planète, pas de la France'.

B.C.

 Paru dans le mensuel 'Planète Paix', 2009.

 


Notes
(1) On dirait aujourd'hui des « genres »
(2) The military system and violence against women paraît en anglais dans la revue Connections, publiée aux Pays-Bas. (mars 1998).

220px-Petra KellyAyant l'honneur de présider cette deuxième table-ronde, je voudrais d'abord rendre hommage ici à Petra Kelly. Et pour cause : nous siégeons aujourd'hui dans une salle du Parlement Européen qui porte son nom. Cette visionnaire a non seulement marqué toute une génération de militants écologistes, verts ; elle a réfléchi à l'articulation entre sécurité et environnement, et ce avant même la sortie du désormais célèbre rapport Brundtland, 'Notre Avenir à tous' ; elle a posé les jalons d'un 'écosystème de la paix'. Bien que leader d'un mouvement de paix pan-européen, focalisé sur les euromissiles, Petra Kelly avait entrevu la banqueroute écologique de la course aux armements comme une lanceuse d'alerte, elle avait mis en garde, et repris à son compte l'appel lancé à l'époque (1986) par son compatriote Willy Brandt : 'Nous nous trompons lorsque nous ne voyons la sécurité qu'en termes purement militaires comme si l'explosion démographique, la limitation des ressources et le viol de l'environnement étaient des risques de second ordre' . Je crois que, dans cette enceinte du Parlement Européen, nous nous rendons bien compte que ces risques dits 'de second ordre' vont devenir les sujets stratégiques du XXIè siècle ; que les enjeux d'environnement ne seront plus dissociés des questions géopolitiques ; que la gestion des crises à dominante environnementale ne passera pas forcément par des recettes puisées dans les poubelles de la guerre froide ; des recettes qui tentent vainement de combiner, dans une vision peu durable, un discours sécuritaire, une diplomatie qui n'a de 'sécurité collective' que le nom.

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