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Géopolitique et développement durable

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RENE DUMONTRené Dumont, (paraphrasé ici) est toujours d'actualité. Je ne suis pas un nostalgique, par principe, mais je crois savoir reconnaître des personnalités qui ont frayé un chemin et voulu éclairer la route. D'une certaine façon, Dumont fut un lanceur d'alerte. Et le mérite revient à Bernard Baissat de nous présenter le personnage sous toutes ces facettes.
Le livre que j'ai écrit (Guerre et Paix et Ecologie – les risques de militarisation durable aux éditions Yves Michel met en avant des personnalités de sa trempe. Il fait partie de ceux (et avouons qu'ils se comptent sur les doigts d'une main) qui ne dissocient pas les questions écologiques et les enjeux autour des conflits et de l'irénologie.

DUMONT UTOPIE ou MORTDumont est un échantillon représentatif, un militant qui a su se défaire de certaines œillères. Il a compris une évidence qui n'est pas évidente pour tout le monde comme quoi on ne peut pas appréhender le viol de la terre en zappant la militarisation ; qu'une base militaire qui exclut des habitants véhicule (aussi) une pollution mentale ; et que ces formes de militarisation qui plantent le décor de la répartition internationale de la menace de mort, ne peuvent pas se penser sans avoir un regard sur les rapports Nord/Sud. Que parmi les Etats qui se fixent un objectif de neutralité carbone figurent ceux dont les budgets d'armement sont dérisoires ou nuls comme le Costa Rica qui vient de fêter le 66ème anniversaire de son abolition.
Dumont, voilà un militant libéré du cloisonnement, ce cloisonnement qui fait que les écolos se sentent parfois (même souvent) éloignés des pacifistes alors que la guerre, cette « opération de police à une autre vitesse » comme dirait Paul Virilio se traduit par du gaspillage et de la pollution. Ce cloisonnement fait que les pacifistes peu ou prou obsédés par la paix ne prennent pas les écolos au sérieux en se disant que ces derniers s'accommoderaient bien de la présence d'un hélicoptère de combat à la condition qu'il était labellisé 'commerce équitable' ou d'un sous-marin nucléaire (à propulsion nucléaire) à la condition qu'il stationne dans le périmètre d'un parc naturel estampillé Natura 2000.

Ce cloisonnement aussi fatigant que stérile persiste ; à tel point que l'apparition de Dumont en 1974 dans le paysage politique nous paraît prophétique et plein de fraîcheur. Retenons juste une leçon : Avec plus de 40 ans de décalage, on doit se rendre à l'évidence que les défricheurs de l'écologie étaient plus ouverts que leurs descendants, plus branchés sur les affaires du monde que les nouveaux, plus 'politiques' d'une certaine façon... On a juste envie de se dire pour paraphraser notre héros du jour, que notre Europe est mal partie

DUONT 2Nous sommes « mal partis » dès lors que les tiersmondistes oublient de rappeler que les rapports nord-sud sont dominés par le commerce des armes ; que nos sauveurs du climat ne songent même pas à taxer les armes alors que leur usage est l'un des responsables du dérèglements du climat ; que l'exploitation des matières premières des sous-sols du continent africain (étain, zinc, alu et titane) servent encore et surtout à manufacturer des armements, y compris les avions de combat pour accroître la misère et la dépendance des humiliés.
Le cloisonnement qui montre une indéniable étroitesse d'esprit, fait que le monde n'est pas dans la tolérance ....Quand Dumont parle d'intolérance, de ce monde intolérable, il frappe fort et il frappe juste car la dimension éthique du combat écologiste ne devrait pas être zappée. Eh oui, comme disait l'écologiste américain Ian MacMilan, "Ce qui compte dans la sauvegarde des condors et de leurs congénères, ce n'est pas tant que nous avons besoin des condors, mais que nous avons besoin des qualités humaines nécessaires pour les sauver. Ce sont précisément celles-là même qu'il nous faut pour nous sauver nous-mêmes".
En réalité, refuser de privilégier un seul front représente le premier pas. Parce que les dégâts des automobiles devraient se comptabiliser au même titre que ceux provoqués par les missiles, les chars, ou les sous-marins ; parce que les écogestes ne sont pas plus importants que les stratégies à long terme à l'encontre des multinationales de l'armement; d'ailleurs, à propos d'écogeste, justement, je trouve que l'histoire du verre d'eau est emblématique. Le message est multidimensionnel entre le verre à boire, l'eau qui risque d'être impropre, l'eau qui risque de ne pas être disponible pour tous, l'eau qui renvoie aux zones hydro-conflictuelles...
Il n'y a pas de raison de privilégier un seul front, parce que la démilitarisation ou si vous préférez, la lutte contre la militarisation va de pair avec la protection de la biodiversité ...Il nous faut arrêter de compartimenter. La trajectoire de Dumont le montre bien : il y a interconnexion entre la préservation des sols, (du 'lourd' pour un agronome !), la protection des terres, l'espace qui nous permet de nous alimenter, et la nécessité de limiter les dégâts des ennemis de la Terre, ceux qui s'accaparent des espaces qui nous flinguent ; y compris les bases militaires...qui représentent à elles seules (du Larzac à l'île de Jeju) près 1 % de la superficie de la planète, soit l'équivalent de la France. On ne peut dissocier ce gaspillage ici et la pénurie là-bas...
Bref, se projeter dans l'avenir, c'est aussi travailler à un nouveau pacifisme lié au savoir écologique. Merci à Dumont de nous l'avoir rappelé.

B.C.


intervention durant la soirée organisée par Bernard Baissat le 10 juin 2015 et la projection du film ....