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Géopolitique et développement durable

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pierartAh Pierre, j'aurais voulu que tu sois parmi nous ces jours-ci. Pourquoi ? Parce qu'il est beaucoup question de faire figurer l'atoll de Bikini sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Evidemment, les Français en dissertent moins que des sites d'Albi et de l'île de la Réunion. Tu ironiserais volontiers là-dessus, mais quand même : d'une certaine façon, les consciences bougent. Un débat est enclenché ces jours-ci sur la raison d'être de la guerre en Afghanistan, un autre via les médias, aux Etats-Unis même, par rapport au 65ème commémoration des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. D'ailleurs, tu sais ?, C'est en pensant aux deux villes martyres de l'atome (l'Occident n'en retient qu'une de préférence, comme par hasard) que je repense à la dernière fois que je t'ai vu à Mons. C'était, oui, pour célébrer cet évènement. L'un de ceux que tu avais pris au sérieux. L'un de ceux qui nous permet de « penser l'impensable »

Grâce à ton invitation, je suis venu à Mons, il y a 5 ans, j'ai assisté à la cérémonie au Parc Hibakusha qui se situe sur le campus de l'université (Mons-Hainaut). A cette occasion, tu m'as donné le livre que tu a co-écrit et qui s'intitulé D'Hiroshima à Sarajevo . Il mériterait d'être mieux connu.
Pierre MachaAh, Une pierre rare de pacifiste ! Un prof qui ne la « ramènerait pas » avec son savoir, un historien modeste, un militant anti-arrogance, pas bardé de certitudes, prêt à écouter l'avis des autres. Une attitude rare dans ce milieu. Ces derniers temps, tu scrutais un peu mieux les failles de l'OTAN, et à partir du combat politique mené en Allemagne, les perspectives de dénucléarisation du continent ouest-européen : un vieux combat que l'association internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire ou IPPNW était prête à relancer. Un combat qui rappelait le Plan Rapacki et d'autres tentatives de dénucléariser ici, sur une échelle qui dépasse une frontière nationale.
Bien sûr, tu ne te ferais pas trop d'illusions sur les nouveaux convertis au désarmement, ceux qu'on dénomme Les 4 chevaliers de l'apocalypse et que mentionne aussi ton ami Firket dans un papier écrit il y a tout juste un an.

Pour ceux qui s'en souviennent et surtout pour ceux qui ont zappé ces anecdotes, ou ces happenings médiatiques, rappelons qu'il s'agit de quelques grosses pointures dont Henry Kissinger, secrétaire d'Etat sous Nixon, George Shultz, chef de la diplomatie sous Ronald Reagan, William Perry, Secrétaire à la défense de Bill Clinton, et Sam Nunn ancien président de la commission du Sénat sur les questions de défense. Dans la seconde tribune qu'ils ont publiée – toujours dans le Wall Street Journal - ils tentent, avant la peoplelisation de Global Zero - d' injecter un nouveau momentum dans le processus de désarmement nucléaire qui se dessine en Occident. Les repentis de la dernière heure, c'est très à la mode. "Eh, dis ! Ce n'est pas faux ! Nous en avons 4 aussi en Belgique ! "disais-tu récemment. Tu faisais référence à cette démarche entreprise au mois de février (2010) d'une autre bande de Quatre , les deux anciens Premiers ministres belges, le chrétien-démocrate Jean-Luc Dehaene, le libéral Guy Verhofstadt, et les deux anciens ministres des Affaires étrangères, le libéral Louis Michel et le socialiste Willy Claes, ce dernier ayant eu - en supplément - la casquette de secrétaire général de l'OTAN – cette organisation qui s'invite un peu partout sur le globe, sauf dans l'Atlantique Nord.
Ironie de l'Histoire, le chiffre 4 s'est exporté. En France, un appel a fait mouche avec les signatures de Michel Rocard, Alain Juppé, Alain Richard et le général Bernard Norlain -
Aujourd'hui, enfin, ces jours-ci, on peut lire des papiers dans la presse qui s'interrogent sur le degré de représentativité des responsables américains à la prochaine cérémonie du 6 août....A Hiroshima. Les politiques, eux, vont calibrer le degré de mea culpa tolérable, imaginable et rentable....A ce sujet, tu aurais sûrement des remarques pertinentes à faire ...
Voilà donc mes regrets. Des regrets que je partage avec tant de compagnons de route. Ceux qui te diraient volontiers merci pour l'éclairage que tu nous as communiqué et qu'il nous appartient de transmettre à notre tour.

B.C, Paris, Juillet 2010