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Géopolitique et développement durable

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Ak47 table

La guerre, il y a ceux qui la font, ceux qui la glorifient, qui ne sont d’ailleurs pas forcément les mêmes, et puis il y a ceux qui la subissent. Pas si simple… la relation qu’entretiennent les hommes avec leurs armes !

Pas simple non plus de jeter un regard pertinent sur ce qui représente ce mal-être de nos sociétés. Et les dégâts collatéraux de guerres qui nous dépassent ou de conflits que nous ne voulons pas reconnaître comme tels. Certes, les artistes s’en inspirent, pour faire du buzz, pour l’amour de l’art…. ou encore pour dénoncer la fascination que ce mal-être exerce. C’est le cas de la chaise au pied brisé, (de 12 mètres de haut) dessinée par l'artiste Daniel Berset, réalisée par le charpentier Louis Genève, imaginée par Paul Vermeulen, co-fondateur de Handicap International Suisse. Elle trône au cœur de Genève, à l’entrée du Palais des Nations (ONU). Elle ne symbolise pas le caractère boiteux de l’ONU, mais le combat contre les mines antipersonnel.
Dans la déco, Stark a innové dans le design intérieur. Celui pour qui la Kalach est ‘le plus grand succès du design industriel de l’histoire’, a créé une collection qui s’appelle ‘Gun’. Ses pieds de lampe en forme de fusil-mitrailleur ont fait le tour du monde et l’artiste n’a rien laissé au hasard : le pied est en couleur dorée, pour montrer la collision de la guerre et de l’argent. L’abat-jour est noir pour évoquer la mort. Les petites croix à l’intérieur sont là pour montrer que la mort individuelle n’est pas une entité abstraite. WEAPONS ETALAGEBref, sans crainte de banaliser cette arme de destruction peu sélective qui a franchi autant de frontières que le yaourt bulgare ou le lait en poudre Nestlé, Stark considère que la présence d’une « kalach » à la verticale dans la déco d’un salon est le meilleur moyen de rappeler que nous sommes complices de la production et de la vente de ces armes.
On ne va donc pas s’étonner que la tasse-pistolet, ou gun-mug se soit imposée dans le paysage quotidien avec le slogan ‘pour flinguer la morosité’. Sans avoir besoin de se creuser la tête, on se rend compte que ces armes - 640 millions d’armes de ce type sont en circulation, 14 millions fabriquées chaque année, un million volées ou détournées - sont devenues des objets de consommation courante.

A la galerie Guggenheim

Quitte à perturber le moral des civils, la vingtaine d’AK-47 et autres armes de poing en provenance de zones plutôt « sensibles » comme la RDC, les territoires palestiniens, ou l’Irak, ne sont pas là pour faire joli. Elles ont été exposées pour mettre en relief l’un des scandales de notre époque : ces 75,000,000 d’AK47 qui se sont répandus de par le monde depuis son entrée en service en 1947. Sans oublier la fabrication et circulation de 14 milliards de munitions : de quoi dégommer – par deux fois – tous les habitants de la Terre!
Karl McCrow qui fut à l’initiative de l’expo, a été le témoin des blessures d’un proche qui a perdu deux pieds lors d’une mission en Afghanistan. Il a ensuite rejoint les militants de l’ONG Mines Advisory Group (MAG) à Battambang au Cambodge. Depuis, il s’est rendu compte que le nombre de gosses qui sont familiarisés à ces armes (qui se négocient entre 13 et 20 dollars parfois) dépasse celui des mômes qui s’en servent comme joujou en plastic. Avec son âme de militant, l’artiste McCrow a monté l’ONG “projet AK47’. Ce projet vise à casser le succès de cette première arme de la guerre moderne. Grâce à un maniement simple, le matériel low cost est accessible aux plus petites mains, et on lui doit l’avènement du sinistre phénomène des enfants-soldats. Ce recrutement de gamins constitue, si l’on se réfère au Bureau International du Travail, l’une des formes les plus cruelles de l’esclavagisme contemporain.
En exposant cette quincaillerie sur les murs de la nouvelle galerie Hoerle-Guggenheim, au printemps à New York, (et jusqu’à la fin mai 2015), McCrow a voulu changer la façon dont le monde gère ses surplus qui provoquent un millier de morts par jour. C’est dans cette optique qu’il a fondé l’organisation ‘One less Gun’ (Une arme de moins). Pour tenter d’éliminer un million de ces flingues qui font parler la mort, il mise sur leur destruction, qu’il évalue à 5 livres sterling par arme. Le visiteur de L’histoire interrompue - l’ art du désarmement (titre de l’expo) est sollicité pour faire un don de dix dollars et recevoir en échange un bracelet avec le nom de série gravé de cette arme désactivée.
Les inventeurs de la Kalach n’ont pas réclamé des droits d’auteur.

B.C.