ATHENA21.ORG

Géopolitique et développement durable

logo athena

paulVIRILIOJe suis né à Paris, c'est une ville que j'aime (...) 'Je ne suis pas philosophe, je suis urbaniste, et puis y a pas de philosophe qui ne soit pas urbaniste, la philosophie est née dans la ville de la cité, son lieu est la ville (...) Toute philosophie a une philosophie de la cité. Je viens de l'immigration de mon père, immigré clandestin du côté d'Antibes et de ma mère catholique et bretonne. Je suis un créole de la Bretagne et de l'Italie, un fils de pauvre, ('sal macaroni'!).

Je viens aussi d'une autre contrée, la guerre, la  guerre totale et elle a été mon paysageredwhitepoppy d'enfance, (réfugié à Nantes) et je suis sorti de la destruction d'une ville qui a été avec Lorient et Brest, une ville martyrisée (...) je suis à la fois un étranger par mon père, (...) et je vis donc un dédoublement de la personnalité avec ceux qui nous libèrent qui sont ceux qui nous bombardent (...) Je vis avec ceux qui m'occupent, je suis étranger à ce monde et j'attends la libération du ciel, c'est dur pour un enfant de comprendre çà ...C'est du théâtre de transformation, on n'arrête pas à changer de décor (...) le petit théâtre de la réalité : ça rend philosophe.
Je veux être peintre (...) J'ai fait mes premiers dessins avec le pont de Nantes, un très grand pont, quand il a été bombardé, je me rappelle, j'ai reçu tous mes livres sur la tête en pleine nuit (...) J'ai alors commencé à réfléchir sur le paysage de la guerre ;

Lire la suite : Paul Virilio : de l'urbanisme à la pollution des distances

the man posterLaissons de côté la ribambelle de gens qui croient sauver le monde ou qui font semblant de le sauver ! Y en a tant qui le clament à tout-va. Y en a tant qui prétendent ou qui font semblant ! Mais voilà : il existe des sauveurs qui ne revendiquent aucun laurier et dont les exploits avec désobéissance ou insubordination - sont vite passés à la trappe de l’histoire. Flash sur la Russie où des circonstances tout à fait incroyables vont faire en sorte qu’un certain Stanislas P. sans fanfares ni trompettes ne va pas agir conformément à un certain formatage, ne va finalement pas faire ce qu’on attendait de lui. Nous sommes alors dans la nuit du 25 au 26 septembre 1983. Un homme de 44 balais prend son poste de garde, tout seul comme un grand, dans le bunker Serpukhov-15, situé à une centaine de kilomètres au sud de Moscou. Cet homme n’est pas un plancton. Il a étudié l’ingénierie à l’École supérieure de radiotechnique des forces armées à Kiev. Il a le grade de lieutenant-colonel des forces aériennes soviétiques. Son nom : Stanislas Petrov. Sa mission: être une bonne sentinelle nucléaire. C’est-à-dire : évaluer les données du système d’alerte satellite précoce, baptisé OKO. Le cas échéant, penser l’impensable, imaginer l’inimaginable et être prêt, prêt à tout en cas d’attaque nucléaire.
Ce soir-là, un peu après minuit, il voit sur ses écrans de contrôle radar cinq points représentant des missiles nucléaires intercontinentaux de type Minuteman en provenance de la base américaine Malmstrom, dans le Montana. L’alarme retentit. Difficile de rester zen. Le contexte international ne s’y prête guère : nous sommes en pleine guerre froide et les SuperGrands se menacent, de quoi faire pâlir les diatribes d’un Kim-Jung-Un. Trois semaines auparavant, sous l’autorité du premier secrétaire Youri Andropov, les supérieurs hiérarchiques de Petrov n’ont pas hésité à dégommer un avion de ligne KAL 007 qui avait violé l’espace aérien soviétique. Que faire ? comme dirait l’autre.
Malgré les sirènes hurlantes, un écran-rouge qui clignote et un message ‘LANCEMENT’, Petrov hésite …Certes, selon la procédure normale, il doit réagir vite, appliquer les consignes…Mais voilà : il n’est pas convaincu par la précision et la fiabilité de la technologie antibalistique. D’ailleurs, il y a un ‘hic’ : le système ne détecte que 5 missiles. C’est louche. Si par hypothèse Washington déclenchait une attaque nucléaire, au nom de quelle rationalité les Yankees balanceraient si peu de munitions ? Et pourquoi le radar anti-missile au sol ne corrobore pas ces informations ? Petrov se tâte. S’il confirme l’attaque présumée, l’état-major soviétique risque de riposter…et aucun lecteur n’aurait pu connaître la suite des événements. Petrov prend alors la décision de ne pas suivre les consignes : il prévient sa hiérarchie qu’il s’agit d’une fausse alerte. Il supplie le ciel d’avoir raison, ce qui n’est pas militairement correct.

stanislavtw 1Heureusement pour lui, heureusement pour nous, le 'Gaston Lagaffe de l’escalade nucléaire' ne s’était pas planté : il s’agissait bien d’une erreur technique. L’info, vite classifiée, n’est rendue public qu'en 1998, lorsque le général Yury Vontintsev, son supérieur, publie ses mémoires et le récit de cet incroyable épisode. Stanislav Petrov, lui, a tenu sa langue jusque-là. Motif ? Je pensais que cette erreur technique était une honte pour l’armée soviétique. Et il ajoute comme pour se justifier : ‘J’ai simplement fait mon travail’ .
PETROV vieuxEn 1984, Petrov quitte l’armée et, ironie de l’histoire, il obtient un poste d’ingénieur dans l’institut de recherche qui a mis au point le système de surveillance défaillant. Puis, Petrov décide de prendre une retraite anticipée et s’installe dans la banlieue de Moscou. On a appris sa mort à l'âge de 77 ans, le 18 septembre 2017. Mais selon son fils qui se moque de la célébrité autant que son père, sa disparition remonterait au 19 mai. Mort dans l’anonymat, donc, à l’image de l’anti-héros qu’il a été.
Ben Cramer

P.S. : Parmi ces anti-héros, Masao Yoshida. Ingénieur de formation, il est entré en 1979 chez Tepco, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi. Il a osé désobéir aux ordres de sa direction, qui lui demandait de ne pas utiliser d’eau de mer pour refroidir un réacteur qui menaçait d'exploser. En injectant de l’eau de mer malgré les consignes, Masao Yoshida évitera des réactions en chaîne qui auraient conduit à l’évacuation totale de la ville de Tokyo, le pire scénario alors envisagé par les autorités.

5718 02 kutepova 2010Pour ne pas se fâcher avec Obama, Hollande a refusé d’accorder l’asile à Snowden. Soit. Et demain, pour ne pas fâcher Poutine, est ce que ce sera au tour de Nadejda Koutepova ?

N.K. Pour m’épargner 12 années de prison - la peine requise pour espionnage industriel- j’ai décidé de quitter la Russie cet été. Le 7 juillet 2015, j’ai débarqué à Paris, avec mes trois enfants sous les bras. J’ai demandé l'asile politique le 2 octobre.
Q. Tu dirigeais une ONG plutôt suspecte qui s’appelait « Planète des Espoirs » ?
N.K : Non, Planeta nadejd, Planète de l’Espoir. Et non pas Pas ‘planète desespoirs’… En mettant cette expression au pluriel, cela veut dire exactement le contraire. Faut se méfier de la langue française !
J’ai créé cette association il y a 15 ans. Mais chez nous, toute ONG qui s’implique dans des enjeux locaux et reçoit des soutiens financiers d’ailleurs est mal barrée. La nouvelle loi que Poutine a sortie en 2012 autorise le fisc de réclamer des milliers d’euros pour “non-paiement d’impôts sur les bénéfices”. Elle te condamne si tu ne paies pas. Depuis le mois d’avril de cette année, je suis listée en tant qu’'agent de l’étranger'. Au mois de mai, des chaînes de télévision ont mené une campagne contre moi avec reportage à mon domicile. J’ai dissous l’association.
Q. Rappelle-nous les objectifs de cette association….
N.K. Pour moi et mon équipe, il s’agissait de venir en aide aux victimes de la contamination radioactive. A l’origine, si j’ai d’abord été mannequin puis infirmière, j’ai fait ensuite des études de sociologie dans l’Oural, à Ekaterinbourg, et j’avais de bonnes raisons de m’intéresser aux victimes du nucléaire.
Je suis née en 1972 à Ozersk…du côté de Mayak, à 1000 km à vol d’oiseau de Moscou. Mon lieu de ma naissance se dénommait Tcheliabinsk-40 dès 1966 puis, jusqu'en 1994 Tcheliabinsk-65. Le chiffre n’est pas un code, c’est celui du code postal accolé au nom de la ville la plus proche. Ma grand-mère, ingénieure chimiste, que je n’ai pas connue, est morte d’un cancer en 1965. Mon père, 20 ans plus tard, d’un cancer intestinal. Sa mort est liée au travail qu’il a mené en tant que jeune membre des Komsomols dans un bataillon de liquidateurs pour tenter de secourir les victimes de l’accident de Kychtym. Kychtim ne dit peut-être rien aux lecteurs. C’est moins connu que Tchernobyl ou Fukushima, et pourtant…En 1957, 80 tonnes de déchets radioactifs prennent feu dans le centre de stockage à 15 km de Tcheliabinsk. Le nuage radioactif affecte près de 300 000 personnes, sur 23 000 km²... Vingt-deux villages sont évacués. Quant à moi, à la fin des années 90, je réalise que toute la zone est radioactive et en même temps que la population locale continue de cueillir des champignons et de pêcher au bord de la rivière (Techa) comme si de rien n’était.
Q . : Il a fallu attendre les années 80 pour que le drame de l’explosion - 6 sur l’échelle d’INES - soit reconnu. Mais si j'ai bien compris, ...pas vraiment ?
N.K. : Dans cette zone où les autorités font tout pour maintenir l’omerta, on m’a fait comprendre dès 2004 que mes recherches sociologiques pouvaient me coûter cher…, mais comme j’avais suivi des cours de droit, j’ai offert gratuitement mes conseils juridiques aux habitants de ces zones parmi les plus contaminées du monde. Nous nous sommes battus pour obtenir que le vrai lieu de naissance figure sur les cartes d’identité, que ce soit marqué quelque part dans les papiers officiels. Ca a l’air de rien, mais si tu tombes malade, en raison par exemple de ta localisation dans une zone à risques, il faut que tu puisses prouver d’où tu viens. Si tu ne peux rien prouver, qui va te prendre au sérieux, s’intéresser à ton cas, te dédommager… ? En cas de catastrophe nucléaire, dans un lieu qui n’existe pas, où sont les victimes ?! Même Orwell n’y avait pas pensé…

Lire la suite : Nadejda Koutepova

onusite160INES ou International Network of Engineers and Scientists for Global Responsibility a été fondé à Berlin en novembre 1991. C’est un réseau international multidisciplinaire créé dans le but d’encourager la communication entre scientifiques et ingénieurs qui cherchent à promouvoir la paix et la sécurité générale, la justice et le développement en vue d’une utilisation responsable de la science et de la technologie.

We all know that science and technology are most important moving forces of modern societal development since the age of the enlightenment of the 17th and 18th century. This development is most impressive, indeed, and we are proud of it. But this development has, as we all know, a severe fault. It is not sustainable and connected with more and more and increasing risks. Science and technology are more involved in producing risks than in recognizing or even preventing dangers. But the proper aim of science is to produce knowledge. This role of science is generally esteemed to be constitutive of what is called the knowledge society, which is now proclaimed and prospected. That means that science is considered to be fundamental to our modern society.

Lire la suite : INES - The Urgent Need of Whistleblowing

shortcut big peace doves moUn monument dédié "aux 20 000 pigeons morts pour la patrie" existe. Il se trouve à Lille, à l'entrée du parc zoologique. Erigé en 1936, il honore la mémoire de tous ces chers coulons, auxiliaires anonymes de nos braves soldats et qui se sont sacrifiés contre leur gré durant la Grande Guerre. Des héros inconnus. En tout cas peu reconnus, bien qu'ils aient fait leurs preuves. Parmi eux, le fameux pigeon-soldat 'Le Vaillant', matricule 787.15, en mission le 4 juin 1916. Il est devenu célèbre pour avoir transmis, à son plumage défendant, un 'S.O.S'. suite à une attaque chimique lors du siège de Verdun . Ce fut sa dernière mission puisqu'il va rejoindre mourant son pigeonnier. Maigre consolation: Le Vaillant sera cité à l'Ordre de la Nation. Un fac-similé de cette distinction est toujours visible au colombier militaire du Mont-Valérien, la seule et unique unité en Europe qui a résisté à l'usure du temps, survécu aux délires de la modernité et qui nourrit et dresse encore 150 'pensionnaires'.

Lire la suite : Aux pigeons-voyageurs de 14/18, la nation reconnaissante